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aristocratique, et qu'à cet égard les provinces se modelèrent sur elle. « La société romaine, gouvernée d'abord par une aristocratie de naissance, ensuite par une aristocratie d'argent, n'eut jamais que du dédain pour les citoyens pauvres et pour les artisans, même aux beaux jours de la liberté républicaine. Il n'y eut pas davantage d'égalité pour les hommes libres des provinces, après qu'on leur eut concédé le droit de cité. L'empire effaça bien la différence établie entre le civis et le peregrinus, mais il la reporta entre le riche et le pauvre. » Des moeurs, ce mépris pour le pauvre passa dans la législation. Déjà, sous Auguste, le jurisconsulte Labéon interdisait l'action de dol à l'humilis contre celui « qui dignitate excellit ». Mais « cette inégalité n'est déterminée que par des conditions morales, vita emendatior ». Gaius va plus loin; il ne cherche plus dans l'ordre moral la distinction qu'il convient d'établir pour la pénalité; il veut celle-ci plus douce pour le magistrat ou le décurion, quel qu'il soit. » Puis des rescrits impériaux décident, contrairement à la loi Porcia, que les tenuiores homines pourront être battus de verges; ils les dépouillent ainsi d'un des privilèges du citoyen romain. Enfin le Digeste frappe d'incapacité légale, à côté des infames, tous les pauvres. « Il ne paraîtra pas téméraire, ajoute M. D., d'appliquer à la loi pénale le criterium qui, après avoir été appliqué à la loi politique, servait à la loi judiciaire, et de penser que l'homme déclaré indigne de paraître en justice comme accusateur devait, lorsqu'il y venait en accusé, être regardé comme indigne des adoucissements accordés au rang, à la dignité, à la richesse. » Or, pour être classé parmi les pauvres, il suffisait de posséder moins de 50 aurei, c'est-à-dire moins de 1,200 à 1,300 fr.; et un petit calcul de statistique comparée permet d'affirmer que cette catégorie comprenait « la plus grande partie de la population de l'empire ».

Le travail de M. Duruy, outre qu'il éclaire un intéressant point de droit, jette une vive lumière sur le caractère de la politique impériale, et fournit une rigoureuse démonstration de ce fait que les empereurs ne cessèrent de favoriser les progrès de l'aristocratie.

Paul GUIRAUD.

Rectification, - Dans le compte-rendu du Pascal de M. Molinier publié dans la Revue critique du 21 juin, il s'est glissé une erreur de fait que je m'empresse de rectifier. J'ai dit que l'édition de M. Havet avait été entreprise et exécutée à l'instigation de Victor Cousin, médiocrement satisfait du travail de M. Faugère. M. Havet a la bonté de m'avertir qu'il n'en est rien, et que Pédition de 1852 a été faite sur la seule demande de M. Dezobry, qui voulait avoir le Pascal nouveau pour la librairie classique. Ce n'est là qu'un détail, il est vrai; mais, pour le public lettré d'aujourd'hui comme, espérons-le, pour celui de demain, rien de ce qui Pascal et à ses premiers éditeurs ne saurait être indifférent.

to uche à

Salomon REINACH.

CHRONIQUE

FRANCE. Le docteur J. M. Rabbinowicz a publié chez Thorin les tomes II, III et IV de la Législation civile du Talmud, nouveau commentaire et traduction critique du Traité Baba Bathra; l'ouvrage complet formera cinq volumes; les tomes ler et Ve paraîtront prochainement.

La poésie alexandrine, quelque peu délaissée en France dans ces derniers temps, vient de trouver un historien consciencieux et habile dans M. Auguste Couat, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux. L'année dernière, M. Couat inaugurait une série très intéressante de travaux sur cette branche de la littérature grecque, en insérant dans l’Annuaire de l'association pour l'encouragement des études grecques en France (année 1877) un exposé de la Querelle de Callimaque et d'Apollonius de Rhodes. Les Remarques sur la date et la composition des Hymnes de Callimaque, qui figurent dans le volume nouvellement distribué du même Annuaire (année 1878) établissent que ces Hymnes avaient été officiellement commandés à Callimaque par Ptolémée Philadelphe, à différentes dates échelonnées entre 278 et 248 (dates que M. Couat parvient à préciser toutes), pour être récités publiquement dans des fêtes religieuses, soit à Alexandrie même (Hymne 1); soit dans des villes conquises ou alliées, où le roi envoyait des « théories » pour y consolider son influence par l'association des cultes, savoir : à Délos (Hymne 4), à Ephèse (Hymne 3), au Triopium de Cnide (Hymne 6), à Cyrène (Hymne 2). Au surplus, l'éloge de la divinité n'est dans ces poésies qu’une occasion pour introduire, parfois directement, parfois sous le voile d'une allusion discrète, l'éloge de Philadelphe. On retrouve là l'histoire des triomphes de ce prince; et son portrait moral, naturellement flatté, s'y reflète fidèlement. M. Couat promet de continuer cette suite de mémoires. On sait que, dans le premier numéro des nouvelles Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux (voy, le n° du 31 mai dernier, Variétés), il a donné un article intitulé : Le Musée d'Alexandrie sous les premiers Ptolemées, qu'il présente comme une introduction à l'ensemble de ses recherches sur la poésie à Alexandrie. Il s'y montre au courant des principaux travaux qui ont paru depuis un demi-siècle sur l'installation matérielle et le fonctionnement des grands établissements littéraires fondés par les premiers Ptolémées : le Musée et les Bibliothèques. Il dépeint très-heureusement le mouvement et la vie littéraire de cette époque. Pour ne pas diminuer la clarté de l'exposition, il n'a pas touché aux grosses difficultés du sujet, comme celles qui concernent la pinacographie et la stichométrie, les volumina commixta ou simplicia et digesta. Espérons que M. Couat se verra conduit à les approfondir.

- L'ouvrage de M. de Mas LatviE sur l'ile de Chypre, que nous avons récemment annoncé (l'ile de Chypre, sa situation présente et ses souvenirs du moyen age. Paris, Didot, 5 fr ), renferme trois parties : 1° la situation présente de l'île; conditions physiques et agricoles, districts de l'île, industrie, commerce, gouvernement(p. 1-118); 2° la construction de la carte de l'ile (réimpression d'un mémoire paru en 1863 dans la Bibliothèque de l'école des Chartes, 5° série, t. IV, p. 3, avec quelques compléments et quelques rectifications dans le texte et les notes, p. 118-203); 3° les souvenirs historiques : 1° Relations de l'ile de Chypre avec l'Asie-Mineure au moyen âge (p. 204340); 2o Inscriptions du moyen âge (p. 340-402); 3° Etat des principaux fiefs et des

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terres du domaine royal sous les Français et les Vénitiens (p. 402-430). La carte de l'île, jointe au volume, est la carte dressée par MM. Didot pour leur édition des Petits géographes grecs.

La Collection des principaux cartulaires du diocèse de Troyes par M. l'abbé LALORE, dont quatre volumes ont déjà paru (Cp. Revue critique, chronique, n° 23, p.425), comprendra neuf volumes ; le cinquième (Cartulaire de Saint-Pierre de Troyes et Chartes de Saint-Urbain de Troyes) et ile sixième (Cartulaire de l'abbaye de Montiéramey) sont sous presse. (Thorin.)

– La notice de M. Casati sur le musée du château de Rosenborg, lue l'an dernier devant l'Académie des Inscriptions, vient de paraître en volume. (Notice sur le musée du château de Rosenborg en Danemark, concluant à la création d'un musée historique de France. Paris, Didier. In-8°, 62 pages, 5 francs). On sait que le château de Rosenborg (construit de 1606 à 1625) a été transformé en musée sous le nom de collection chronologique des rois de Danemark (De Danske Kongers Kronologiske Samling); en le parcourant, dit M. C., on parcourt toute l'histoire du Danemark, représentée par des monuments de l'époque, et l'on traverse successivement tous les règnes des souverains danois, depuis Christian IV. M. Casati passe en revue les objets d'art que renferme le musée de Rosenborg (le plus curieux et le plus ancien est la corne d'Oldenbourg), et propose la formation d'un musée historique semblable : ce musée d'archéologie nationale, bien distribué et disposé par ordre chronologique, c'est, dit-il, l'histoire en action, l'histoire saisissant les yeux en même temps que l'esprit; il croit que les Tuileries seraient « un cadre très-bien approprié à une collection de ce genre. » Des notes complémentaires ajoutées par M. C. à son étude conce nent le musée du Prinzen-Palais, des faiences danoises inédites, les vases à boire aux xiv et xv° siècles, etc. M. Casati s'est beaucoup servi du catalogue descriptif du château de Rosenborg publié en danois par M. Carl Andersen.

La librairie Trübner a fait paraître la première livraison de l'Hortus deliciarum de l'abbesse Herrade de Landsperg (Hortus deliciarum, par l'abbesse Herrade de Landsperg, reproduction héliographique d'une série de miniatures, calquées sur l'ori. ginal de ce manuscrit du xiro siècle, texte explicatif par le chanoine STRAUB). On sait que l'Hortus deliciarum, dédié par Herrade aux religieuses de Hohenburg, était une vaste compilation, composée de citations tirées des Saintes Ecritures, des Pères de l'Eglise, des historiens sacrés et profanes, etc. L'abbesse y avait déposé la somme des connaissances de son temps. Ce manuscrit était orné de précieuses miniatures qui en faisaient comme une galerie de tableaux du xiro siècle. Il a été détruit pendant le bombardement de Strasbourg (nuit du 24 au 25 août 1870). Mais on savait qu'à des époques différentes un grand nombre de calques avaient été exécutés sur l'original. La Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace a eu l'heureuse idée de réunir ces fragments et de reconstruire ainsi, autant que possible, le manuscrit perdu. En ajoutant les calques retrouvés aux reproductions déjà publiées dans le livre d’Engelhardt, Herrad von Landsperg und ihr Werk (Stuttgart et Tubingue, 1878), on est arrivé au chiffre de 160. Tous ces calques sont reproduits dans l'ouvrage (tiré à deux cents exemplaires) que la librairie Trübner publie aujourd'hui, au nom de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace; cet ouvrage formera probablement six ou sept livraisons; chaque livraison coûte 12 fr. 50 (plus 1 fr. 25

pour frais d'emballage). M. RISTELHUBER est sur le point de publier une nouvelle édition de l'Apologie pour Hérodote d'Henri Estienne. On trouvera dans l'introduction des pièces curieuses tirées des archives de Genève. Ainsi, Léon Feugère prétendait que « le rigorisme

de Genève avait été offensé d'une audace qui, comme une épée à deux tranchants, blessait amis et ennemis à la fois; à travers les papistes, il lui sembla que le christianisme était frappé; peu s'en fallut que le Consistoire et le Conseil ne punissent cette satire protestante avec fureur. Au moins, ils la désavouèrent; des suppressions furent exigées et depuis ce temps Henri, suspecté et surveillé, passa dans la république de Calvin pour un auxiliaire compromettant ». M. Ristelhuber communique un document daté du 12 novembre 1566, dans lequel on lit que les ministres ont vu le livre; mais, comme « il y a certains feulletz où il y a des propos villains et parlans trop évidemment des princes en mal », ils ont arrêté qu'« on luy commande de réparer lesdites feuilles avant que l'exposer en vente ». Henri Estienne s'exécute et, sept jours après, le 19 novembre 1566, obtient « permission d'exposer en vente » son ouvrage, « attendu qu'il l'a corrigé jouxte l'advis des ministres ». Mais ayant imprimé sans licence l'Avertissement, il est emprisonné, puis élargi, et enfin, pour punition, privé de la cène. C'est ce que prouvent d'autres pièces, extraites des archives d'Etat et du Consistoire de Genève par M. Ristelhuber (Supplication de Henry Estienne produite le xxixo april 1567; liste de vingt-quatre questions à adresser à M. Estienne; responces de Henry, filz de feu Me Robert Estienne, bourgeois de Genève, imprimeur, le vicio de may 1567, etc., pages xx1-xxx de l'Introduction).

Sous le titre de Vicente Noguera et son discours sur la langue et les auteurs d'Espagne (Halle, Max Niemeyer, 38 p.), notre collaborateur M. Alfred Morel-FaTio publie la biographie d'un Portugais qui contribua « par sa situation sociale et ses relations à la culture des lettres nationales et à leur diffusion à l'étranger »; Noguera, (né en Lisbonne en 1586, mort à Rome en 1654) a été l'ami du cardinal Francesco Barberino et le correspondant du président de Thou et de Peiresc. Les notes biographiques dont M. Morel Fatio a enrichi son travail sont curieuses et instructives : on trouvera dans cette étude de nombreux renseignements non-seulement sur Noguera, mais sur les écrivains nommés dans le Discurso sopra la lingua e li autori di Spagna.

Le récent ouvrage de M. le vicomte de Meaux sur les luttes religieuses en France au xvie siècle (Plon) renferme les chapitres suivants : I. Introduction du protestantisme en France sous François jo' (p. 1-38); II. Répression et propagation du proteslantisme sous Henri II (p. 38-66); III. Première guerre et première paix de religion, (p. 66-133); IV. Suite des guerres de religion, la Saint-Barthélemy (p. 133-170); V. La France catholique aux Etats de Blois, paix de Poitiers (p. 170-201); VI. La Ligue et Henri IV (p. 201-276); VII. Le protestantisme en France sous Henri IV (p. 276-332); VIII. Renaissance catholique en France sous Henri IV (p. 332-389). Dans les Documents et éclaircissements (p. 389-409), on trouvera une lettre inédite de François (er « touchant quelques détenus en prison pour fait d'hérésie », des instructions inédites données par Philippe II au marquis d’Ayamonte, etc. Un de nos collaborateurs rendra compte de ce volume très prochainement.

M. de Falloux a publié chez Didier un livre intitulé l'Évêque d'Orléans. (In-8°, 210 p. 2 fr. 5o.) Ce livre n'est, dit-il dans l'avant-propos, qu'un chapitre de Mémoires destinés à une publicité posthume. Il comprend trois parties où nous relèverons ce qui peut intéresser l'historien : 1° 1848-1849 (p. 1-69, nomination au ministère de l'instruction publique de M. de Falloux, qui n'accepte que sur les instances de l'abbé Dupanloup; débats de la commission de vingt-quatre membres, chargée de preparer une large réforme législative sur l'enseignement primaire et sur l'enseignement secondaire); 2° 1854-1856 (élection de l'évêque d'Orléans et de M. de Falloux à l'Académie française; conversations très curieuses

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sur la révolution de Juillet au château d'Angerville, où se trouvaient réunis MM. Berryer, Thiers, de Falloux, de Montalembert, de Salvandy et l'évêque d'Orléans) ; 3° 1871-1878 (dernières années de l'évêque d'Orléans, ses polémiques, et une lettre intéressante de M. Thiers, postérieure à Sadowa et faisant allusion à la statue de Voltaire érigée vers la fin de l'empire).

La librairie Lemerre publie des livres d'histoire à l'usage des classes (chaque volume de la collection, 2 fr. 50), elle a fait paraître en deux volumes l'Histoire de la littérature française jusqu'à la fin du xvino siècle par M. Gidel, une Histoire grecque par M. Petit DE JULLEVILLE, une Histoire romaine par M. TALBOT, une Histoire ancienne des peuples de l'Orient par M. GAFFAREL, une Histoire du moyen age par M. Gosset; elle vient d'éditer le premier volume d'une Histoire d'Israél par M. LEDRAIN (jusqu'à la chute des Omrides, 887 ans avant J.-C., avec un appendice par M. OPPERT), et annonce la prochaine publication d'une Histoire de la littérature française, depuis la fin du xville siècle jusqu'à nos jours, d'une Histoire de France et d'une Histoire des temps modernes.

Un des bibliophiles les plus infatigables de notre temps, PhiLOmNESTE JUNIOR, vient de publier des Recherches sur les Imprimeries imaginaires clandestines et particulières (Bruxelles, Gay et Doucé : in-12, 113 pages) : parmi ceux qui avaient établi des imprimeries particulières, il nomme Agrippa d'Aubigné, Frédéric II, Beaumarchais, le prince de Ligne, etc.; il énumère les imprimeries particulières des couvents, des collèges, des sociétés savantes, des différentes administrations ; il donne la liste des imprimeries clandestines et d'un grand nombre de leurs produits (1’Epistre au tigre de la France, les Mazarinades, les Lettres écrites à un provincial, etc.).

La Société de l'école des chartes distribuera prochainement à ses membres le Cartulaire de Conques, par M. Gustave DESJARDINS (IIo volume des Documents historiques publiés par la Société). La même Société est sur le point de publier un recueil de fac-similé de documents relatifs à l'histoire de France; l'ouvrage comprendra dix livraisons et cent planches ; l'éditeur est M. Quantin, le graveur M. Desjardins.

- D'après plusieurs journaux, M. le comte Charles Walewski, fils du ministre de Napoléon III, s'occuperait, en ce moment, de la publication des mémoires laissés par son père.

Dans un mémoire adressé au ministre de l'instruction publique, M. Alcan ainé propose d'élever une statue à Ulrich Géring, l'introducteur de l'imprimerie à Paris; cette statue serait érigée sur la place de la Sorbonne. On sait que l'imprimerie d'Ulrich Gering était située non loin de là, dans la maison du Soleil d'Or, rue Saint-Jacques.

Parmi les thèses soutenues pour le doctorat ès-lettres devant la faculté des lettres de Paris, nous signalons celles de M. SARRADIN, professeur de seconde au lycée de Versailles; de M. BERTIN, ancien élève de l'Ecole normale supérieure; de M. Rover, professeur de seconde au lycée de Dijon, et de M. GUIRAUD, notre collaborateur, professeur d'histoire au lycée de Carcassonne. Les sujets de ces thèses étaient : (M. Sarradin, 10 juin) De Josepho Iscano belli Trojani XII. post Christum sæculo poeta et Etude sur Eustache des Champs; (M. Bertin, 3 juillet) De Plautinis et Terentianis adolescentibus amatoribus et Les mariages dans l'ancienne société française, particulièrement d'après les mémoires de Saint-Simon ; (M. Royer, 21 juin) De vita secundum Aristotelem et Etude sur l'Araucana d'Ercilla; (M. Guiraud, 30 juin) De Lagidarum cum Romanis societate et Du différend entre César et le sénat.

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