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SECOND CHAPITRE SUPPLÉMENTAIRE.

M. Villoutreys.-Sa réclamation.--Ma réponse.

Les journaux viennent de publier une réclamation au sujet de la relation que j'ai donnée de l'affaire de Baylen ; cette pièce contient des assertions que je ne puis laisser sans réponse.

J'étais, à l'époque dont il s'agit, chargé de diriger les opérations des divers corps qui occupaient l’Espagne ; je n'avais par conséquent aucun intérêt à imputer å l'un les fautes que l'autre avait commises ; car, quel que fût celui qui les avait faites, les conséquences pour moi en étaient les mêmes.

Je n'appris le malheureux événement de Baylen que par le rapport de M. de Villoutreys, qui m'apporta, à Madrid, cette triste capitulation. Ce fut par lui que je reçus les détails que j'ai rapportés. Il est vrai qu'il eut le soin assez naturel de taire alors quelques circonstances qui ne sont pas propres à le recommander, mais ce fut cette réserve même qui appela les révélations. J'avais transmis le rapport tel que je l'arais reçu ; l'empereur le trouva obscur, insuffisant, et voulut savoir ce qu'on cherchait à lui cacher. Il chargea le général Nansouty de prendre les informations qui lui manquaient. Premier écuyer du souverain, celui-ci manda son subalterne, et le soumit à un interrogatoire en forme. Nous étions à Saint-Cloud. L'empereur, impatient de connaître tous les détails de cette fâcheuse affaire, me pressait de questions, auxquelles je ne pouvais répondre que par les renseignemens que je tenais de M. de Villoutreys.

Comme ils ne résolvaient, n'expliquaient rien, l'empereur m'envoya assister à l'interrogatoire que subissait dans ce moment-là même celui qui me les avait donnés. Je m'y rendis en effet. Les questions étaient claires et précises ; M. de Villoutreys ne put éluder, et convint de toutes les circonstances qu'il nie aujourd'hui. Ses aveux furent tels qu'après les avoir reçus, le général Nansouty crut devoir lui demander sa démission. Or, comment concilier cet acte rigoureux avec la version que fait aujourd'hui M. de Villoutreys ? Si la part qu'il a prise à la honteuse transaction de Baylen se borne à une transmission d'ordres, pourquoi les réticences de Madrid, l'abandon de Saint-Cloud et l'expulsion qui l'a suivi ? Mais laissons là les questions, et voyons s'il est vrai que le rôle de l'écuyer ait été avssi simple qu'il le prétend.

Le général Dupont se trouvait, avec une de ses divisions, séparé des deux centres de son corps d'armée par la position qu'avait prise le général espagnol Reding. Il essaya de le déposter, n'y réussit pas et eut recours à la voie des négociations pour se tirer d'affaire. Il ignorait, quand il se mit en communication avec les Espagnols, le mouvement que faisait Vedel pour venir le dégager ; il devait supposer, à la vérité, que le bruit de son canon serait parvenu à son lieutenant, et que celui-ci accourrait à son secours ; mais enfin il n'avait reçu aucun avis qui pût lui donner cette sécurité, ainsi il ne devait compter que sur lui-même pour se tirer de la triste position où il se trouvait.

Il venait en conséquence de conclure un armistice avec le général Reding. Or, que pouvait le plus redouter le général Dupont dans une situation déjà si malheureuse, si ce n'est que le général Castaños, qu'il avait laissé à Andujar, ne fût informé de l'embarras où il se trouvait, et ne vint mettre le conible à son infortune, ainsi que cela est arrivé? Je le demande aux militaires de toutes les nations, et particulièrement à ceux qui ont connu le général Dupont: est-il possible d'admettre que, dans un tel état de choses, il ait envoyé lui-même un de ses officiers d'état-major prévenir le général Castaños de ce qu'il lui importait le plus de ne pas divulguer? Cela choque la raison, et jusqu'à ce que j'en voie l'ordre signé du général Dupont lui-même, je ne pourrai y croire, et m'en tiendrai aux aveux que j'ai entendu faire à Saint-Cloud ; aveux qui rentrent dans le sens de ce qui m'avait été dit à Madrid, et que corrobore l'ordre naturel des choses ; car enfin Dupont a dû envoyer sur la route d’Andujar pour s'assurer si Castaños arrivait, et se conduire en conséquence.

Sans cette excursion insensée près de M. de Castaños, Dupont, qui venait d'obtenir de repasser avec armes et bagages la Sierra-Morena pour revenir à Madrid, aurait pu forcer le général Reding à exécuter l'engagement qu'il avait pris. Il l'aurait fait avec d'autant plus d'avantages, que l'arrivée de Vedel avait changé l'état des choses, et que la position de l'Espagnol était aussi pénible que celle où se trouvait Dupont avant la jonction de son lieutenant, La marche de Castaños changea de nouveau la face des affaires.

Tout ce que M. de Villoutreys dit de la prétendue connaissance qu'avait le général Castaños de ce qui se passait à Baylen, et surtout de l'arrivée de Vedel, est d'une fausseté qui saute aux yeux. D'après la position que tenait Dupont, Reding ne pouvait communiquer d'une manière certaine avec Castaños que par Mangibar et la rive gauche du Guadalquivir. M. de Villoutreys annonce que celui-ci n'est arrivé que le 20 à Baylen. Or, comment supposer qu'il serait resté inactif à Andujar, sachant que la division Reding pouvait d'un instant à l'autre étre obligée de mettre bas les armes ? Cela suffirait pour donner la mesure de la confiance que mérite la version de M. de Villoutreys.

Une autre obserration : cet officier quitta Dupont pour se rendre près du général Castaños; l'armistice était conclu, mais rien n'annonçait l'arrivée prochaine de Vedel, qui n'eut lieu que dans l'après-midi du même jour. Vedel attaqua Reding tout en arrivant; comment dès-lors les succès qu'il

obtint auraient-ils été connus au quartier-général espagnol quand M. de Vil• Joutreys s'y présenta, puisqu'il était parti de Baylen avant l'arrivée de Vedel,

et qu'il s'était rendu à Andujar par la route directe ? L'officier au contraire que Reding est supposé avoir dépêché à Castaños n'a dû se mettre en route qu'après le combat ; il a dû passer par Mangibar, suivre la rive gauche du Guadalquivir, et cependant il est arrivé avant M. de Villoutreys. Une assertion semblable se détruit d'elle-même.

M. de Villoutreys se plaint de n'avoir pu obtenir satisfaction ; satisfaction de quoi ? De ses bons services ? qu'il s'adresse à Castaños. Des sentimens , qu'il m'a inspirés ? sa conduite les justifie. De la sévérité de l'empereur qui

le fit chasser de sa maison ? qu'il s'adresse à la police de Bordeaux, qui fit connaitre que cet officier, envoyé en toute hâte à Madrid, perdit cependant vingt-quatre heures à échanger de l'or d'Espagne et à se procurer des traites sur Paris. De telles choses n'étaient pas propres à le recommander, car l'empereur savait fort bien que le payeur ne payait pas en quadruples, et que payât-il avec de telles espèces, il n'en donnait pas à un officier subalterne de manière à l'embarrasser. M. de Villoutreys sait d'ailleurs que, l'eussé-je offensé, je n'étais pas le premier en date; il se rappelle sûrement M. R***, et le traitement qu'il en reçut; que n'allait-il d'abord à lui ?

Au 'reste, je le déclare, jamais je ne reçus les cartels que prétend m'avoir adressés M. de Villoutreys. S'il eût porté l'inconvenance jusque là, si un modeste officier d'état-major se fût permis de provoquer, comme il se vante de l'avoir fait, son général en chef, alors il faudrait en convenir ; la haine que je lui porte depuis vingt ans m'occupait bien peu, ou je ne suis pas homme à me prévaloir de ma position pour satisfaire mes vengeances personnelles ; car si j'avais voulu peser sur M. de Villoutreys, j'en avais, je crois, suffisamment les moyens.

M. de Villoutreys en appelle à l'armée ! mais qu'a-t-il de commun avec elle ? Entré par ordre dans nos rangs, il en fut presque aussitôt chassé pour la part qu'il avait prise à un acte inouī dans nos annales. Nos revers livre. rent l’armée à ses complices. Il fut rappelé, affublé même du titre d'officier supérieur, et se signala de nouveau par une action digne de son début. Commissaire officieux de Castaños à Baylen, transfuge à Waterloo, de quel droit M. de Villoutreys se confond-il avec les braves qu'il abandonna au moment du danger? A quel titre se prévaut-il d'une sorte de fraternité d'armes qu'il ne partagea jamais ?

Au surplus M. de Villoutreys n'est pas vrai dans ses plaintes, car il ne peut avoir oublié que la seule fois que je l'ai revu depuis ces affaires (juillet 1808), ce fut lui qui me demanda une audience (j'étais ministre alors) pour me prier de le faire sortir de la pénible situation dans laquelle il se trouvait par suite de cette affaire ; et assurément si j'avais fait usage de tous les détails dont je viens de parler, près du procureur impérial de la hautecour devant laquelle il a passé, les choses auraient bien pu se terminer diffe.. remment pour lui. L'empereur avait aussi recommandé qu'on ne se prévalût 274

MÉMOIRES DU DUC DE ROVIGO.

pas des aveux que l'écuyer avait faits au général Nansouty ; il les regardait comme des aveux de confiance, et défendit qu'on en fit usage. Tout cela ne respire pas trop les sentimens dont se plaint M. de Villoutreys. Il me semble que de la part du souverain comme de celle du ministre, il y eut une sorte de longanimité que celui qui en fut l'objet n'aurait pas dû méconnaitre. Quand on est placé dans l'opinion comme il s'y trouve, il y a une sorte de pudeur qui devrait rendre mesuré sur les termes dont on fait usage et les choses qu'on rappelle. Il serait bon avant d'accoler le nom de l'empereur à un outrage, de se rappeler sur quel pied, avec quels antécédens on avait été admis près de lui; il serait bon de ne pas oublier quel incident fächeux transforma un modeste écuyer en officier d'état-major. Un prince moins bon, moins indulgent n'eût pas jugé la transformation possible ; il se méprit, envoya l'officier in-promptu en Espagne. Mais ce n'est pas à M. de Villoutreys à lui reprocher une erreur semblable ; il ne doit pas non plus se plaindre qu'il ait si promptement borné le cours de ses services. Son début avait été trop brillant pour qu'on ne se hâtât pas de dire : c'est assez.

FIN DE LA SECONDE PARTIE DU TOME QUATRIÈME ET DERNIER.

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LONDRES:
DE L'IMPRIMERIE DE G. SCHULZE, 13, POLAND STREET.

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