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treprises avaient été couronnées de succès : les habitans de Rochefort en étaient reconnaissans et ne craignirent pas de le témoigner. Je ne crois pas qu'il y eat parmi eux un seul individu qui n'éprouvât ce que nous sentions tous.

L'empereur voulait s'embarquer en arrivant à Rochefort; mais les officiers de marine lui firent observer qu'il leur fallait quelques jours pour embarquer ce qu'il emportait, et voir souffler les vents qu'on attendait.

Il s'établit à la préfecture maritime de la place, et il y resta jusqu'au 8 juillet, où tout fut prêt pour son embarquement. On était venu le voir, on lui avait fait des propositions de tous côtés : il les refusa, en observant que, s'il les acceptait, cela servirait de prétexte aux ennemis pour accabler la France. Il avait vu tous les esprits si abusés par la pensée qu'il était le seul obstacle à la félicité publique, qu'il voulait s'éloigner le plus promptement possible.

Il embrassa tous ses anciens compagnons d'armes, et vint s'embarquer à la rive droite de l'embouchure de la Charente, près d'un fort qui, je crois, se nomme le château de Fourras.

L'on avait su son départ; il y eut une affluence de peuple considérable au moment où il descendit de voiture. Les visages étaient tristes, et l'on entendait murmurer à demivoix : “ Se peut-il qu'un aussi graud homme soit abandonné “ à ce point?

L'empereur dit adieu à tous les chasseurs du piquet qui l'avaient accompagné, et monta dans le canot de la frégate la Saale, qui était venu l'attendre au château. Les canots de la Méduse reçurent les officiers, et tout ce qui l'accompagnait quitta le rivage avec lui le 8 juillet vers quatre heures après midi. Nous fùmes rendus à bord de la Saale un peu tard, parce que le vent était contraire et très violent.

Les frégates la Saale et la Méduse étaient celles qui de

vaient transporter l'empereur en Amérique. Il y avait sur la même rade deux autres bâtimens de guerre dont il était permis à ce prince de disposer ; c'étaient un brick et une corvette, la Bayadère, qui était en rivière de la Gironde. Les deux frégates étaient toutes neuves, la Méduse portait du 18, et avait déjà fait une sortie dans laquelle on lui avait reconnu une marche supérieure. La Saale était un peu plus forte; cependant je ne pourrais pas assurer qu'elle portât un calibre au-dessus du 18; elle était à sa première sortie, mais chacun s'accordait à dire qu'elle devait être excellente voilière. L'une et l'autre avaient des équipages composés d'anciens matelots qui étaient rentrés des prisons d'Angleterre depuis la paix de 1814.

Pendant les cinq ou six jours que l'empereur avait passés à Rochefort, on avait préparé et approvisionné un petit bâtiment danois qui se trouvait dans le port; on y avait même pratiqué une cachette en cas que la croisière anglaise le visitât. On proposa à l'empereur de gagner l'Amérique avec ce bâtiment; il s'y refusa et ne voulut pas courir une chance qui pouvait devenir fâcheuse. Il fit cependant descendre ce petit vaisseau dans la rade, sauf à aviser plus tard à ce qu'il conviendrait de faire.

CHAPITRE XI. .

Le général Donnadieu.-Singulière mission dont il est chargé.—Le duc de

Feltre.--Motifs probables qui l'avaient conduit en Angleterre.-Son anxiété et ses projets.-Mission à bord du Bellérophon. - Ignorance où étaient encore les Anglais.-Questions posées au capitaine Maitland. -Ses réponses. Il pense que l'empereur devrait aller vivre en Angleterre, et offre de le recevoir à son bord.

L'EMPEREUR était à bord depuis le 8. Nous étions au 11, et les passe-ports qu'on nous avait annoncés n'arrivaient point. Fouché nous avait prévenus que le gouvernement anglais nous les ferait probablement tenir par la croisière qui observait Rochefort; nous jugeâmes que l'on ne risquerait rien à aller s'assurer s'ils n'étaient pas à bord. Dans tous les cas, nous ne pouvions que gagner à la reconnaître.

L'empereur fut prévenu que des bâtimens américains qui avaient mis à la voile étaient déjà descendus à l'embouchure de la rivière de Bordeaux, et il les envoya visiter ; ils étaient effectivement au nombre de quatre et avaient à côté d'eux une corvette française au mouillage dans l'embouchure de la rivière.* On alla faire cette reconnaissance en même temps que l'empereur envoyait à bord de la croisière anglaise.

* Le général Lallemand, qui fut chargé de la reconnaissance, nous rapporta qu'en face de la Gironde se trouvait une corvette anglaise à bord de laquelle était Donnadieu. Ce général avait mission du gouvernement anglais de travailler dans l'intérêt du duc d'Orléans. Il essaya de se mettre en rapport avec le général Clausel, qui commandait à Bordeaux, et lui proposa d'agir dans ce sens.

En réfléchissant sur les grands et petits événemens de cette époque, et aidé par la connaissance que j'ai du caractère de plusieurs des hommes qui se trouvent sur la grande scène du monde, j'ai fait la remarque suivante :

Lorsque le roi quitta Paris pour se rendre à Lille, le duc de Feltre fut en

Ce fut M. de Las Cases et moi que l'empereur envoya parlementer.

Angleterre, quoiqu'il partxgeât l'opinion de ceux qui le croyaient entouré de dangers. Il y vit les membres du gouvernement.

On a dit qu'il avait une mission du roi; si cela est, son voyage est tout expliqué. J'ai cependant rencontré en Angleterre une personne très respectable qui m'a rapporté y avoir vu le duc de Feltre fort attristé et mécontent. Il lui dit qu'il regardait la cause royale comme pleinement perdue, qu'il en désespérait au point qu'il cherchait à se rapprocher de l'empereur et balançait entre Paris et Gand.

S'il est allé à Londres de son propre mouvement, je suis porté à croire qu'il n'y a été que pour savoir ce que comptait faire le gouvernement, auquel il aurait peut-être proposé de présenter le duc d'Orléans à la nation française, en observant au ministère que la cause de la branche aînée était perdue sans ressource (comme c'était l'opinion de tous ceux qui avaient été favorables à son retour, ou qui s'y étaient attachés depuis, sans en excepter même Marmont); mais que la branche cadette (le duc d'Orléans) avait un fort parti.

Ce qui me donne cette opinion, c'est la circonstance de l'individu qui avait été à Lille pour dire au duc d'Orléans de ne pas se faire voir dans les armées ennemies, mais de se retirer en Angleterre, et d'y attendre (selon l'expression dont il s'est servi) que l'empereur Napoléon fût usé, ce qui arriverait rite. Dès-lors, ce serait naturellement lui que l'on appellerait.

Je pense que, dans ces circonstances, le duc de Feltre ne pouvait être prêt qu'à servir le duc d'Orléans, ayant été attaché au père de ce prince avant et pendant la révolution.

En rapprochant le départ d'Angleterre du général Donnadieu pour l'embouchure de la rivière de Bordeaux de l'époque où le duc de Feltre a été en Angleterre, je pense qu'il a été lui-même chargé de proposer cette mission à Donnadieu, lequel, quoiqu'ayant accompagné madame la duchesse d’Angoulême en Angleterre, n'avait à Londres aucun moyen d'inspirer ce genre de confiance au ministère anglais, ni aucun antécédent avec le parti d'Orléans. S'il n'a pas donné la mission, il n'a pu du moins l'ignorer, et dès-lors, il n'y a pas été étranger. Il n'est retourné à Gand que pour attendre les événemens qui devaient décider du parti que prendrait le ministère anglais.

La bataille de Waterloo ayant mis la France à la disposition de celui-ci, le duc de Feltre se trouvait de toute manière en bonne position.

Si cette bataille eût été gagnée et que l'empereur se fût consolidé, il avait encore un moyen de rentrer en grâce, en disant qu'il n'avait fait marcher les troupes à sa rencontre que parce qu'il connaissait leurs sentimens pour

M. de Las Cases avait une lettre du général Bertrand pour le commodore de la station. Le grand-maréchal lui mandait que des passe-ports devaient arriver de Londres pour l'empereur, et s'informait si effectivement ils lui étaient parvenus.

Nous étions chargés de donner à ce commodore les explications dont il aurait besoin, en cas qu'il n'eût encore rien reçu. Quoique M. de Las Cases parlât très bien anglais, il fut convenu qu'il n'en ferait rien paraître. Nous étions tous deux vêtus en fracs ; nous ne portions aucun signe de distinction.

Nous partîmes de la frégate la Saale le 11 juillet, avant le jour, pour nous embarquer sur une petite goëlette, et profiter de la retraite de la marée, qui devait nous porter en dehors de la pointe de Chassiron, à l'extrémité de l'île d'Oleron, où le vaisseau anglais se tenait en croisière.

Il était sept ou huit heures du matin, lorsque nous arrivâmes à son bord. Ce vaisseau était le Bellérophon, com

lui, et qu'il avait entouré le roi de dangers pour l'engager à quitter Paris et la France, afin d'éviter la guerre civile. Quant à lui, après avoir fait tout ce qui était en son pouvoir, il avait été en Angleterre attendre les événemens.

Une partie de ces argumens lui aurait même été favorable dans le cas où il aurait fallu servir le duc d'Orléans.

Je crois d'autant plus qu'il avait participé au projet de mettre ce prince sur le trône, que j'ai connu toute l'animosité du duc de Feltre contre le général Dounadieu, à l'époque où celui-ci était devenu l'objet d'une surveillance spéciale.

J'ai vu le duc de Feltre faire des rapports fulminans qui ont été la cause de bien des désagrémens pour Donnadieu, qui n'en soupçonnait pas la source, et qui l'a cherché long-temps là où elle n'était pas. Pour que le duc de Feltre le fit nommer commandant à Grenoble, il fallait qu'il eût un grand intérêt à le satisfaire ; car, malgré l'esprit de réaction, Donpadieu se trouvait loin de cette faveur. Mais une divulgation de sa part pouvait compromettre le duc, qui avait besoin de son silence dans un temps où il faisait décitaer l'armée pour établir son crédit.

TOME IV.—2nde Partie.

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