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tioo qui serait faite de ce palais pour porter la révolte dans Rome. Les dragons, rangés autour du palais de France, se continrent tant que les séditieux n'en franchirent pas l'enceinte. Ils leur avaient dit plusieurs fois: « Ne sortez pas, car nos ordres sont de vous repousser. » II» déplut au général Duphot de céder à une défense faite au nom du SaintPère* L'attroupement sortit sous ses ordres, et tout armé; alors les dragons chargèrent avec intrépidité les rebelles, et le général Dùphot tomba leur première victime. Il ne survécut que quelques instans à ses blessures. Plusieurs factieux périrent auprès de lui; les autres rentrèrent avec effroi dans le palais. Les dragons, emportés par une fatale ardeur de vengeance, les y poursuivirent, et les cours furent jonchées de morts et de blessés. Tandis que les soldats se réjouissent de leur victoire, le malheureux pontife en voit et en déplore les terribles résultats. Il sait que Duphot devait épouser, sous peu de jours, une des sœurs de Bonaparte. Quelle sera la fureur du général, auquel il doit tout ce qui lui reste de puissance, en apprenant la mort de l'un de ses plus chers compagnons d'armes ! Le SaintPère s'occupe d'abord de veiller à la sûreté

1798. de l'ambassadeur, qui tremble maintenant dans ce palais, d'où la révolte tout à l'heure allait sortir. Joseph Bonaparte est à peine rassuré sur ses périls, qu'il songe à la vengeance. En vain le cardinal - ministre et le Saint-Père lui-même cherchent à le désarmer par tous les genres d'excuses et de soumissions; il sort de Rome, la menace à la bouche; il vient rapidement à Paris irriter les ressentimens de son frère et du Directoire. On ne manqua pas de répéter toutes les imprécations que la Convention avait lancées eu apprenant la mort de Basse-ville. Le plus saint des pasteurs ne fut plus représenté que comme un chef de meurtriers. La révolution ne reconnaissait nulle part le droit de résistance. Le courroux allumé par la mort de Basseville s'était perdu dans d'horribles et inutiles menaces, puisque l'armée française n'avait point encore franchi les Alpes; maintenant elle occupait le centre de l'Italie. La Réveillère-Lépeaux saisit,avec autant de rage que de joie, l'occasion de porter un coup mortel à la religion chrétienne, dans la personne du successeur de saint Pierre. Plus de traité, plus de respect pour l'âge, le malheur, les vertus les plus pures, il faut marcher sur Rome. C'est au général Berthier que le Di- 1798rectoire a confié sa vengeance ; ami de Bonaparte, et plus sincèrement attaché que lui peut-être à des principes de modération, Berthier ne peut réussir .qu'à empêcher l'effusion du sang; les troupes se déploient sur les hauteurs de Rome, et ce sont celles qui reviennent des champs d'Arcole et de Rivoli. Berthier a ïa puissance de les contenir pendant un jour, et d'arrêter une irruption subite, qui pouvait renouveler toutes les horreurs du sac de Rome par les soldats du connétable de Bourbon. Les Français contemplent avec admiration ces palais, ces grands monumens, où demain ils doivent régner en maîtres. Le ministre espagnol Azara vient encore une fois se présenter en médiateur; mais qu'obtient-il? pas la moindre garantie pour le SaintPère et son gouvernement. Il est convenu que lesFrançais occuperont le château Saint-Ange., et le pape est obligé de licencier ses troupes fidèles; il est à la merci des délégués du chef des théophilanthropes. On a choisi, pour déposséder l'auguste vieillard, le vingt-troisième anniversaire de son exaltation au pontificat.

Le i5 février, Rome s'éveille en tremblant au cri de liberté! La crainte a d'a

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'798- bord commandé le plus vif enthousiasme j le plaisir d'un grand changement et d'un spectacle nouveau y prête bientôt quelque vé-* rité; les Romains se croient rajeunis de deux; mille ans; il ne leur en coûte que d'arborer une cocarde tricolore, que de planter les arbres de la liberté, pour se croire non seulement les fils, mais les égaux-des Publicola et des Brutus; leurs chefs les" conduisent vers l'antique Forum, et leur annoncent la délibération la plus auguste. Le silence prescrit et obtenu, l'un d'eux demande, d'un ton solennel : Est-ce la volonté du peuple romain d'être libre? Vingt mille voix répondent : Oui; la demande est encore répétée, et obtient le même assentiment. Alors, cinq notaires s'avancent et rédigent l'acte par lequel le peuple romain rentre dans tous les droits de l'homme, se déclare libre et souverain, renonce au gouvernement du pape, et prétend vivre et mourir libre. Cependant ceux des Romains qui portaient au fond de leur cœur quelque sentiment et d'indépendance et d'orgueil natio^ nal, versaient des larmes, eu abjurant des lois douces et respectées qui allaient faire place à des lois de sang et de pillage. Ces larmes étaient interprétées comme celles de la joie. Un assaisonnement nécessaire à cette 1798fête, c'étaient des blasphèmes contre le pape, les prêtres, et la religion elle-même. La crainte fit à Rome, comme elle avait fait parmi nous, des fanfarons d'incrédulité; on fit quelques apprentissages de sacrilége, et le cœur du Saint-Père fut percé par les cris d'une impiété factice et forcée, qu'il entendait du haut du Vatican désert; puis on suivit Berthier au Capitole. Ce militaire, peu fait pour de pareilles saturnales, affectait en vain l'air de la joie et du triomphe; la gêne perçait dans ses mouvemens, dans ses discours; il savait trop à quel prix le Directoire vendait la liberté. Le lendemain commença le pillage régulier et continuel de toutes les églises, et bientôt de tous les palais de la grande métropole de la chrétienté. Comme le pape, suivant la fiction de la veille, avait été dépossédé du pouvoir souverain, sa garde suisse fut relevée par une garde française; le général Cervoni vint le sommer de renoncer à son autorité temporelle, et de se contenter du pouvoir spirituel. Pie VI répondit:

« Je tiens mou autorité temporelle de « Dieu, et de la libre volonté des hommes, « je ne puis, ni ne veux y renoncer; j'ai quatre

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