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HISTOIRE DE FRANCE.

308 : Histoire de FRANCE. 1811. tranquillité aux provinces d’Alava, de Guipuscoa, de Biscaye, de Navarre, et à une partie de l'Aragon.

En janvier 1810, les armées françaises avaient partout en Espagne l'ascendant de la victoire, quelque préjudice que leur eût porté, dès le commencement de l'année précédente, la guerre d'Autriche. Le septième corps s'était affermi dans la possession de la Catalogne par la prise de Girone ; le général Suchet contenait la province d'Aragon, et se préparait à enlever à l'ennemi les places dont il était encore maître sur le Segre et sur l'Ebre; le sixième corps observait Ciudad-Rodrigo et la frontière du Portugal, où sir Arthur Wellesley, créé pair d'Angleterre , sous le titre de comte de Wellington , commandait, il est vrai , une armée considérable; le maréchal Victor, tenait l'Estramadure en échec; le général Bonnet occupait Saint-Ander et les positions principales de la Montana et des Asturies : la route de Bayonne à Madrid était libre pour tout ce qui venait de la France, Débarrassé de la guerre d’Antriche, Napoléon semblait disposé à tenter de nouveaux efforts pour pacifier la péninsule au profit du nouveau roi qu'il y voulait établir,

Il pensa , avec raison, que ce qui donnait une force véritable aux noinbreux ennemis de son frère, était la présence des Anglais en Portugal, et songea conséquemment, avant tout, à les en faire chasser par un corps d'armée particulier, tandis que d'autres troupes seraient employées à conquérir l'Andalousie , et les royaumes de Murcie et de Grenade; à achever de soumettre les provinces qui avaient déja subi en partie le joug du vainqueur, et à maintenir dans la soumission celles qui reconnaissaient entièrement le nouvel ordre de choses.

Une armée de soixante mille hommes, destinée à envahir le Portugal, ne tarda donc point à se rassembler dans les environs de Salamanque. Pendant ce temps les troupes réservées à soumettre, et à occuper les Espagnols, remplissaient avec succès , sur tous les points leur mission, et s'établissaient victorieusement dans l'Andalousie. . Le commandement de l'armée qui se réunissait ainsi pour tenter une conquête de laquelle dépendait peut-être le sort de la péninsule entière , avait été donné par Napoléon au maréchal Masséna , nommé depuis la campagne d'Autriche , duc d'Essling. Cet officier jouissait d'une réputation d'habileté non contestée; mais il avait des difficultés de tous genres å vaincre dans son expédition, et c'était entre autres choses une nuée d'ennemis qu'il lui fallait combattre. Pour premiers adversaires le lord Wellington avait à lui opposer trente-cinq mille anglais et cinquante mille Portugais, enrégimentés depuis plus de deux ans, bien armés, bien équipés, commandés par des officiers Anglais, et sachant déjà faire la guerre. Venaient ensuite les milices. On en distinguait de deux espèces : la première était organisée en bataillons réguliers, armés et menés à la manière des troupes de ligne; la seconde se composait du reste de la population, distribuée et armée à peu près comme l'étaient les paysans de rios provinces de l'ouest lors de la guerre de la Vendée et des chouans. Une partie avait des fusils; mais le plus grand nombre ne pouvait combattre qu'avec des piques, des faulx et des bâtons ferrés. Pour la formation de cette milice , qui , incapable de tenir en ligne , pouvait cependant beaucoup nuire à une armée envahissantç, on avait mis chaque canton sous les ordres d'un chef nommé Capitanmor. Tous les habitans lui devaient obéissance sous peine de mort. A son ordre, transmis verbalement par un messager dans chaque village, tout le monde devait prendre les armes, et se rendre au rendezvous indiqué avec des vivres pour quelques jours, On devait faire de ces miliciens inexercés, des partisans qui se jeteraient tantôt sur les flancs, tantôt sur les derrières de l'armée française, attaqueraient les convois, massacreraient les traîneurs, et couperaient toute communication avec l'Espagne. Des officiers supérieurs anglais devaient présider à leurs mouvemens. On savait déjà par expés rience quelle utilité on en pouvait tirer ; ils avaient beaucoup contribué à la première expulsion des Français du Portugal, et ils venaient, tout récemment, d'aider puissamment à repousser le maréchal, duc de Dalmatie, qui, après ses succès à la Corogne, avait tenté une pointe en Portugal.

Le lord Wellington avait étudié le pays avec soin , et le connaissait parfaitement, avantage trèsimportant, et auquel la disposition locale , particulière au royaume dont on allait se disputer la possession, donnait encore un plus grand prix.

Le prince d'Essling employa tous les stratagêmes qu'il put imaginer pour attirer son adversaire sur un champ de bataille où les chances fussent plus égales ; mais inutilement : le lord sentit trop bien, que presque sûr de la victoire en Portugal, il risquerait de la voir passer sous les drapeaux ennemis, s'il descendait dans les plainesde la province de Salamanque. Là, le prince d'Essling n'aurait plus rien à craindre de ses milices, de ses levées en masse, réellement redoutables dans les montagnes de la Lusitanie , et le général français, supérieur en nature de troupes réglées, pourrait déployer une cavalerie incomparablement plus nombreuse que celle de l'armée anglo-portugaise.

L'armée française se détermina donc à avancer, résolue de commencer la campagne par le siége de Ciudad-Rodrigo. On pouvait encore espérer que le prudent allié des Portugais entreprendrait de troubler ce siége qui devait mettre entre les mains de son adversaire, une ville, qui,

.. par sa position et sa force, deviendrait pour lui une excellente place d'armes. On savait même que le lord avait promis au gouverneur de le secourir lorsque le moment en serait venu : il n'en fit cependant rien. '

Ciudad - Rodrigo avait une garnison de sept mille hommes, il était, de plus, défendu par un grand nombre de paysans des environs, qui s'y étaient, à dessein, renfermés ; approvisionné en vivres pour un an, il possédait une quantité im-. mense d'armes et de munitions de guerre. Le voisinage de l'armée espagnole aux ordres du marquis de la Romana, et de celle de lord Wellington, donnait à ses défenseurs de l'ardeur et même de l'audace.

Le duc d'Elchingen (le maréchal Ney) chargé de faire le siége, avec le sixième corps, composé de trois divisions d'infanterie , eut rassemblé, dans les premiers jours de juin, l'artillerie et les munitions nécessaires. Le deuxième corps, commandé par le général Reynier, et le huitième aux ordres du duc d'Abrantes (le général Junot), eurent cominission de couvrir le siége, en se postant de ma

nière à pouvoir se réunir facilement pour faire tête · à l'armée anglo - portugaise, dans le cas où elle se

présenterait. Le gros de cette armée était alors dans les environs d'Almeida; son avant-garde se trouvait à Carpio, et son quartier-général à Visen.

La place fut investie le 6 juin, et dans la nuit du

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