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par des circonstances plus fortes que les hommes, ne peut constituer à la fois ni la durée, ni la force, ni le bonheur d'un grand empire.

» Nous n'indiquerons pas, citoyen premier consul, le mode qu'il serait le plus convenable d'adopter pour l'accomplissement de notre vou. Nous nous confions, à cet égard, dans la sagesse des premières autorités de l'état, et dans votre propre sagesse,

» Mais, craignons de nous le dissimuler, le moment presse. Nos implacables ennemis nous observent. Nous savons de quels affreux projets ils se sont montrés capables ! Ils ne cesseront de méditer notre ruine que lorsque des institutions fortes, généreuses et durables les auront enfin convaincus que notre ruine est impossible. »

Les grandes dignités de l'empire ayant été déclarées être celles de grand électeur, d'archichancelier de l'empire, d'archichancelier d'état , d'archi-trésorier, de connétable et de grand-amiral ; Joseph Bonaparte, premier frère du nouvel empereur, fut nommé grand électeur; Louis Bonaparte, son second frère, connetable; le général Murat, son beau-frère, grand-amiral; le second consul Cambacérés, archichancelier de l'empire, le troisième consul Lebrun, architrésorier; Eugène Beauharnais, fils de l'impératrice, archichancelier d'état.

Parmi les grands officiers de l'empire se trouvaient seize maréchaux. Les premiers militaires

appelés à ressusciter dans leur personne, l'institution la plus honorable peut-être de l'ancienne monarchie, furent les généraux Moncey, Jourdan, Masséna, Augereau, Bernadote, Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney, Davoust, Bessières, Kellermann, Lefebvre, Pérignon , Serrurier.

Saisi de la puissance impériale, Bonaparte voulut préparer les Français à son couronnement par tout ce qui peut disposer un peuple à regarder l'autorité souveraine comme un bienfait. On vit Vadministration s'améliorer et se perfectionner ; tous les genres de vertu, de mérite et de talent, furent noblement soutenus et encouragés; de nouvelles routes et de nouveaux canaux s'ouvrirent pour le commerce; des monumens et des embellissemens projetés de tous côtés, et se rattachani à de grandes idées de morale ou de politique promirent que la capitale de l'empire, qui semblait destinée à régler le monde entier, serait bientôt, sous tous les rapports, la première ville de l'univers : à tout ce que l'on voyait, à tout ce que l'on entendait, et là et dans le reste de la France devenne immense, l'on dut croire enfin que les règnes d’Auguste et de Périclès allaient cumuler toutes leurs grandeurs, rassembler tous leurs avantages, pour verser sur notre patrie rappelée à son antique illustration, des flots de gloire et de prospérité,

Mille choses purent donner cette idée : une seule y eût suffi; nous voulons parler de l'institution de

i la légion d'honneur. Cette institution pourvoyait à tout , était un encouragement universel présenté à toutes les classes, à toutes les professions, pour l'intérêt de la société qui profite de tous les efforts que provoque de la part du génie et du talent, Pappât des honneurs et des' distinctions. Une simple étoile rappelant aux légionnaires comment ils sont devenus tels, et pour quels objets sacrés ils doivent, jusqu'au dernier moment de leur vie, rester prêts à s'immoler, forme la décoration affectée à la légion. Un ruban couleur de feu sert à l'attacher; symbole heureux de l'ardeur qui doit enflammer chacun de ceux qué des marques honorables appellent, en reconnaissance d'anciens services, à servir d'exemple au reste des citoyens (Note 2).

La première distribution d’étoiles de la légion se fit à Paris aux invalides, le 15 juillet. Bonaparte y présida lui - même. Les étoiles, avant qu'on les distribuật, étaient placées dans les casques de Bayard et de Duguesclin portés par de vieux militaires qui avaient long-temps honoré l'armée française. La seconde eut lieu au camp de Boulogne , et fut l'occasion d'une de ces grandes scènes morales et politiques qui se rencontrent de loin en loin dans l'histoire pour l'instruction des rois et des peuples.

L'idée d'un camp emporte naturellement celle de la guerre. Nors ne jouissions plus en effet de la paix générale. Le traité d'Amiens avait été

rompu en 1803, l'Angleterre ayant refusé de remettre l'île de Malte aux chevaliers de l'ordre. Bonaparte, en conséquence de cette rupture, avait d'abord' fait occuper militairement l'électorat de Hanovre, appartenant à la maison royale d'Angleterre. Il s'était ensuite conduit comme un homme persuadé que la guerre pouvait se terminer par un coup de main exécuté sur la Grande-Bretagne elle-même: paraissant croire qu'une descente suffirait pour lui soumettre ce pays, et sans s'occuper du retour en cas de revers, il songeait seulement à glisser au premier temps favorable, entre les grands vaisseaux des Anglais et jusqu'à leurs côtes, une armée française sur des bateaux plats et des chaloupes canonnières. Cette expédition était plus téméraire encore que celle dont l'effet avait été de nous faire conquérir un moment l'Egypte sur des hordes indisciplinées, pour mettre ensuite nos troupes à la merci de ceux de nos ennemis qui tenaient la mer.

La flottille nécessaire au projet de Bonaparte, avait été construite çà et là, même sur les bords de la Seine, et se rassemblait alors dans le port de Boulogne. Ce port est formé par l'embouchure d'une petite rivière nommée la Ljane , qui se fraye un passage à travers les dunes que les vagues et le Yent ont amassées à l'ouverture d'une vallée bornée de chaque côté par de hautes falaises. Des batteries formidables, établies sur ces dunes et ces falaises, commandent la mer à une certainę distance. Au fond du port, sur la rive droite de la Liane , s'élève la ville : elle est disposée en amphithéâtre, et couronnée par des remparts et un ancien château fort. Du côté de la mer, à gauche, on aperçoit les forts du Musoir et de l'Heurt ; å droite, le fort en bois et celui de la Crèche : ces trois derniers sont situés à trois cent cinquante, cinq cents et deux cents toises de la côte, et entourés d'eau à pleine mer.

L'armée de terre était partagée en plusieurs camps assis surles hauteurs qui se trouvent derrière, à droite et à gauche de Boulogne, composés de baraques; eť portant les noms d'Outrau, de Boutogne, de Wimille et d'Ambleteuse. La Baraque de l'empereur était en avant du camp de droite. · Ce fut non loin de cette baraque, que le nouveau souverain fit, le 15 août, jour anniversaire de sa naissance, une seconde distribution solennelle d'étoiles de la légion, non-seulement à des militaires de l'armée, mais encore à un grand nombre de fonctionnaires civils appelés à Boulogne pour cet objet. Cette cérémonie imposante eut un caractère tout particulier : pour être plus certain d'en offrir un tableau fidèle à nos lecteurs, nous ferons ingé"nuement, passer sous leurs yeux celui qu'en a fourni le livre des victoires et conquêtes; ce tableau plein de force et de grarideur, est d'ailleurs circonstancié de manière à donner lieu de croire

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