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jours proclamée comme une vertu de l'homme et comme un devoir du citoyen. Mais ceux qui conspirent blâment-ils si hautement ce qu'ils n'approuvent pas? Tant de franchise s'accorde mal avec les attentats de la politique. . .

» Si j'avais voulu concevoir et suivré un plan de conspiration, j'aurais dissimulé més opinions ; j'aurais sollicité tous les emplois qui m'auraient replacé au milieu des forces de la nation. ...

» Pour me tracer cette marche', au défaut d'un génie politique que je n'eus jamais, j'avais des exemples connus de tout le monde, et rendus imposans par des succès : je n'ignorais pas que Monck ne s'était pas éloigné des armées lorsqu'il Foulut conspirer; et que Cassius et Brutus s'étaient rapprochés du coeur de César pour le percer.

» Magistrats , je n'ai plus rien à dire : tel a été mon caractère , telle a été ma vie entière. Je proteste , à la face du ciel et des hommes, de mon innocence. Vous savez vos devoirs , la France vous écoute, l'Europe vous contemple, et la postérité vous attend. »

"Le lendemain, chacun dans Paris se répétait.ce discours, en y ajoutant des réflexions désobligeantes pour le gouvernement. . ! · Le tribunal condamna à mort les accusés, Georges Cadoudal, Bouvet de Lozier , Russillion, Rochelle, Armand Polignac, d'Hozier, de Rivière, Louis du Corps, Picot, Lajollais, ancien général républicain, Coster Saint-Vietor, Deville , Armand Gaillard, Joyaut, Burban, Lemercier, Lelan, Cadoudal, Mérille et Roger; à deux ans de prison, le général Moreau, Jules Polignac, Léridant, Roland , et la fille Hizay,

in Le général Moreau, en particulier, avait été l'objet d'une longue délibération entre les juges dans la chambre du conseil. La majorité, relativement à lui, s'occupait beaucoup plus du gouvernement que de son affaire. « L'acquittement, disait un d'entre eux, serait un signal de guerre civilė ; les puissances étrangères attendent ce jugement pour reconnaître l'empereur des Français. Ceci esé une affaire politique plutôt qu'une affaire judiciaire, et il faut quelquefois des sacrifices nécessaires à la sûreté de l'état. » Cette manière étrangé, et on peut même dire révoltante, de raisonner, chez des ! juges, trouva, pour l'honneur de l'humanité, des contradicteurs parmi les collègues de ceux qui, égarés, séduits ou terrifiés, ne rougissaient pas d'en faire la règle de leurs discours. Ces hommes, plus dignes des fonctions augustes qu'ils étaient appelés à remplir, représentèrent que la justice doit toujours marcher dans une indépendance abso lue de la politique ; qu'un juge ne doit jamais voir que la loi et l'équité, et frapper ou absoudre, suivant qu'elles commandent l'une ou l'autre de cés deux actions. Enfin, un des membres de l'assemblue, entraîné toujours par les considérations polie

tiques que je rapportais tout-à-l'heure, et que la conscience d'un magistrat de cet ordre ne doit cependant pas admettre, proposà de déclarer Moreau coupable, mais excusable, et de lui appliquer quelques mois de prison. La majorité se rallia à cet avis, qui devint la base du jugement.

La condamnation à mort de Moreau eût été indubitablement le signal d'une révolte générale. On assure que la plupart des personnes qui composaient l'auditoire du tribunal criminel et spécial, avaient des armes cachées sous leurs habits. Plus de cinquante mille habitans de Paris erraient autour du palais, dans une agitation violente , et en laissant même échapper , de temps en temps, des menaces. Les soldats, de leur côté, ne semblaient pas disposés à abandonner leur général aux bourreaux. Il était quatre heures du matin quand on prononça le jugement. Toute cette foule se dispersa, en criant avec joie : il est sauvé ! il est sauvé ! Bonaparte crut même qu'il était dangereux de laisser subir, à ce nouveau Bélisaire, ses deux années de prison. Il l'exila indefiniment en Amérique, et le fit partir sur-le-champ pour cette con- , trée lointaine, ayant encore soin que, dans l'exécution de cet ostracisme, le général Moreau fût

traité avec les égards convenables. '; ;' . ! Bonaparte fit grâce de la peine capitale à plu

sieurs condamnés; ils furent enfermés: Boudet de Lozier et Armand Gaillard, au château de Bouillon;

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le général Lajollais, à Bellegarde; Russillion et Cliarles d'Hozier, à Lourdes.; Rochelle, au château d'If; de Rivière, au château de Joux; Armand de. Polignac, avec son frère Jules, au château de Ham. Les autres périrent sur l'échafaud le 25 juin.

Legouvernement consulaire publial'entreprise des ; royalistes vers le milieu du mois de février, et le 14 mars il fit saisir le duc d'Enghien aụ château d'Etteinheim : de ces deux circonstances, et d'un des principaux chefs d'accusation avancés contre le duci dans son procès, ne peut-on pas conclure qu'il était le prince français qui devait paraître à une certaine époque, à Paris, au milieu de ces royalistes ? Le gouvernement consulaire n'aura point alors osé produire . le prince devant le peuple , de peur que sa présence, it jointe à celle de Pichegru et de Moreau , n'amenât une révolution, en faisant reconnaître comme grande dans son but :et noble dans ses moyens, une entreprise qu'il ne voulait donner que pour un misérable coup de tête qui devait aboutir uniquement au meurtre du premier consul. Il aura donc disjoint la cause, et fait périr obscurément le chef de l'en- , treprise dans les fossés du château de Vincennes, ; tandis qu'il se préparait à faire juger avec éclat au sein de la capitale, ceux qui devaient agir sous ses ordres. Cette conjecture a beaucoup de vraisem

blance; et.elle satisfait bien mieux l'esprit que l'idée · que Bonaparte, en faisant périr le duc d'Enghien, ¿

n'ait songé qu'à donner un gage de ses principes

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aux hommes de la révolution, ou à se venger du mépris avec lequel le prince parlait de ses talens militaires.

. . . . . Ce fut le 30 avril, qu'on fit dans le tribunat la proposition formelle de donner à Bonaparte la qualité d'empereur des Français, sous le prétexte de détruire toutes les espérances des sujets fidèles de S. M. Louis XVIII, et d'ôter tout crédit aux agens secrets et publics, de ce prince. Guelque temps auparavant, le sénat avait pris l'initiative, en lui faisant porter les paroles suivantes par le second consul , Cambạcérès : . « Citoyen premier consul, vous êtes pressé par le temps, par les événemens, par les conspirateurs; par les ambitieux; vous l'êtes, dans un autre sens, par une inquiétude qui agite tous les Français : vous pouvez enchaîner le temps , maîtriser les événémens, mettre un frein aux conspirateurs, desarmer les ambitieux, tranquilliser la France entière, en lui donnant des institutions qui cimentent notre édifice, et prolongent, pour les enfans, ce que vous fites pour les pères. Citoyen premier consul, soyez bien assuré que le sénat vous parle ici au nom de tous les citoyens; tous vous admirent et vous aiment, mais il n'en est aucun qui ne songe souvent, avec 'anxiété, à ce que deviendrait le vaisseau de la république., sil avait le malheur de perdre son pilote: avant d'avoir été fixé sur des ancres inébranlables,

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