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de bataille , et la capitulation a été violée ( la capitulation de Baylen). Vous , M, Morla , quelle lettre avez vous écrite à ce général ? Il vous convenait bien de parler de pillage, vous qui , étant entré en Roussillon, avez enlevé toutes les femmes, et les avez partagées comme un butin entre vos soldats ! Quel droit aviez-vous, d'ailleurs, de tenir un pareil langage ? la capitulation vous l'interdisait. Voyez quelle a été la conduite des Anglais qui sont bien loin de se piquer d'être rigides observateurs du droit des nations : ils se sont plaints de la convention du Portugal; mais ils l'ont exécutée. Violer les traités militaires, c'est renoncer à toute civilisation ; c'est se mettre sur la même ligne que les Bédoins du désert. Comment donc osez-vous demander une capitulation, vous qui avez violé celle de Baylen ? Voilà comme l'injustice et la mauvaise foi tournent toujours au préjudice de ceux qui s'en sont rendus coupables. J'avais une flotte à Cadix ; elle était l'alliée de l'Espagne, et vous avez dirigé contre elle les mortiers de la ville où vous commandiez, J'avais une armée espagnole dans mes rangs : j'ai mieux aimé la voir passer sur les vaisseaux anglais , et être obligé de la précipiter du haut des rochers d'Espinosa, que de la désarmer ; j'ai préféré avoir sept mille ennemis de plus à combattre , que de manquer à la bonne foi et à l'honneur. Retournez à Madrid. Je vous donne jusqu'à demain, six heures du matin. Revenez alors, si vous n'avez à me parler du peuple que pour m'apprendre qu'il s'est soumis ; sinon, vous et vos troupes, vous serez tous passés par les armes,»

Ce discours fit beaucoup d'impression sur les deux députés, et par contre-coup sur les habitans de Madrid. Les mutins prirent la fuite , et le reste de la population consentit à se rendre. Le lendemain, à six heures. du matin, cette nouvelle fut apportée au camp français par le général Morla et le général don Fernando de La Vera , gouvernieur de la ville. A dix heures du matin, le général Belliard entra dans la ville et en prit le commandement. Napoléon fit proclamer un pardon général, à quelques exceptions près, qui ne portaient que sur des personnes alors absentes de Madrid. En peu d'heures on vit la plus parfaite sécurité s'établir dans la capitale de l'Espagne : les boutiques s'ouvrirent; les habitans, qui avaient crenelé le haut de leurs maisons, barricadé et dépavé les rues; se hâtèrent de remettre tout en ordre.

La prise de Madrid coûta peu de monde à l'armée française; il n'y eut que douze soldats tués, et cinquante blessés. Le général Bruyère, au moment où on cessait le feu , fut renversé mort d'un coup de fusil. Le général de brigade Maison était au nombre des blessés. L'artillerie, suivant sa coutume, rendit les plus grands services, et se distingua éminemment."

Dans le moment de l'attaque, on vit se faire

une action digne de remarque. Un vieux général espagnol, retiré du service, avait son logement dans la rue d'Alcala. Voyant la maison qu'il habitait, envahie par des soldats français, il se présenta à leur officier, tenant sa fille par la main : Je suis un vieux soldat, dit-il, je connais les droits et la licence de la guerre. Voilà ma fille : je lui donne neuf cent mille francs de dot; sauvez-lui l'honneur, et soyez son époux. Cette noble confiance d'un militaire envers un militaire a quelque chose qui touche l'âme , et la repose agréablement des scènes terribles de la guerre.

On trouva dans la ville deux cents milliers de poudre , dix mille boulets, deux millions de plomb, deux cents pièces de canon de campagne, et cent vingt mille fusils , la plupart de fabrique anglaise. Le désarmement des habitans fut ordonné; il s'exécuta paisiblement. Le roi don Joseph forma, de ceux des soldats espagnols qui se rendirent à lui et de quelques Allemands qui désertèrent aussi la cause des insurgés , un régiment portant le titre de Royal-Etranger. Il trouva aussi moyen de composer un régiment sủisse , d'une partie des hommes de cette nation qui étaient anciennement au service du roi Charles IV.

Le 15 décembre, une députation de la municipalité et des différens corps et corporations de Madrid, était venue présenter l'adresse suivante à Napoléon :

ceux des Français qui combattaient déjà en Espagne. La guerre y était générale et terrible. Alors que le sort de ce pays se décidait à Bayonne, il y avait eu un premier combat à Madrid, entre les troupes françaises commandées par le grand duc de Berg , revêtu du titre de lieutenant-général du roi Charles IV , et les Espagnols qui s'opposaient au départ de l'infant don Carlos et de la reine d'E-' trurie et de son fils. On avait cru que cette tentative de résistance, malheureuse dans son issue, n'aurait point de suites; elle en avait eu néanmoins d'infiniment importantes : à peine Joseph avait-il été déclaré roi, que de toutes parts des milliers d'insurgés, secondés par la majorité des troupes de ligne, avaient entrepris de défendre et de faire triompher les droits du prince des Asturies, proclamé sous le nom de Ferdinand VII.

Napoléon avait trop compté sur l'apathie, depuis long-temps citée , des Espagnols. Il n'avait pas assez de troupes dans le pays, quand on s'occupa de l'insurger. Les mécontens purent former des rassemblemens sur différens points , et alors tout fut perdu : on pensa que l'on pourrait résister, et il ne s'agit plus que de s'arranger de façon à combattre avec ayantage, et de s'assurer des ressources pour réparer ses pertes , à mesure qu'on en ferait.

Les premiers insurgés qui se montrèrent furent cependant battus partout, et les Français commençaient à se flatter de l'espérance qu'ils parvien

draient bientôt à pacifier l'Espagne, quand le général Dupont , qui commandait leur armée d'Andalousie , se laissa engager , à Baylen , dans un mauvais pas où ses troupes furent forcées de mettre bas les armes. Par suite de ce désastre, le roi don Joseph quitta Madrid le 1 er, août. · Un manifeste d'une junte nationale assemblée à Séville fera connaître, mieux que tout autre documenı, quels étaient à une certaine époque les avantages obtenus par les Espagnols, et par quels motifs ce peuple se croyait obligé à la guerre.

« Nations, peuples de l'Europe , princes qui les gouvernez, hommes de bien de toutes les classes et de tous les états , dit-on dans ce manifeste, la nation espagnole , et en son nom la junte suprême, à qui l'autorité a été confiée depuis l'injuste et perfide captivité de son roi, va manifester à vos yeux la série de malheurs et d'outrages qu'elle a soufferts. En vous faisant une peinture fidèle de sa situation et de ses desseins, elle réclame avec confiance et votre compassion sur son infortune , et votre intérêt sur son sort futur.

» L'univers est témoin de l'attachement constant que l'Espagne a eu pour la France. La guerre, la paix, les alliances, les relations, tout était commun entre elles. La révolution a rompu ces liens... A une guerre désastreuse succéda une honteuse paix, et à cette paix une alliance inégale,

» Depuis ce moment l'Espagne , attachée au

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