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surdre, lorsque des paroles de paix sorties de la bouche de leurs magistrats les arrêtèrent et les désarmerent.

» Le combat cessa , et une scène d'horreur lui succéda. Les Français occupèrent militairement tous les postes de Madrid , arrêtèrent tous les citoyens qu'ils trouvèrent sous les armes, et les fusillèrent la nuit suivante.

» Ce fut sous de tels auspices qu'on nous fit connaître notre nouveau roi et notre nouvelle constitution.

» Mais la nation, outragée dans la personne de son prince, trahie dans sa confiance, et cruellement payée de l'hospitalité qu'elle avait accordée , éleva tout à coup un cri terrible, et tous les peuples coururent aux armes.

» Cette résolution généreuse une fois prise , les provinces proclamèrent de nouveau le roi auquel elles avaient juré d'obéir, et s'avancèrent à la rencontre des phalanges françaises qui se répandaient de tous côtés.

». Rien ne put résister à notre première impétuosité. Vingt-trois mille hommes, commandés par un de leurs meilleurs généraux, sont mis en déroute dans les plaines de Baylen, et forcés de se rendre prisonniers. Les murs de Valence soutiennent le choc du maréchal Moncey, qui est obligé de se retirer en désordre sur Madrid. Maurella et Girone sont l'écueil des divisions envoyées pour les

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réduire. Saragosse, ouverte de toutes parts , sans autre défense que le courage de ses habitans, résiste au courroux de Napoléon, qui, semblable à une divinité infernale , lançait de Bayonne le carnage et la désolation sur un peuple pacifique , dont tout le crime était d'avoir été fidèle à son roi.

» Telle est l'origine de la guerre atroce que les Français font en Espagne. Outragés, assaillis d'une manière aussi barbare qu'inattendue, nous restaitil d'autre parti à prendre que de nous défendre, que de vaincre ou de mourir?

» Il faudrait que nous fussions encore plus méprisables que le tyran lui-même, si nous oublions ce que furent nos ancêtres et ce que nous devons être. Nous n'avons pas voulu dégénérer , ni devenir la risée de l'Europe, en devenant les esclaves de Napoléon.

» Il ose nous qualifier de rebelles et d'insurgés : étrange abus du pouvoir! A qui fera-t-il croire que la résistance à une injuste agression soit une insurrection ? A qui persuadera-t-il que notre fidélité au sang de nos rois soit une révolte? Personne en Europe ne peut être dupe de cette logomachie.

» C'est en vain que les journaux qui lui sont dévoués nous ont représentés comme livrés aux horreurs de l'anarchie , et agités par les convulsions d'une liberté fanatique ; c'est en vain qu'ils nous traitent d'esclaves vils et rampans, Ses soldats, en entrant chez nous, ont trouvé des hommes....... des hommes résolus de mourir, plutôt que de se soumettre à så tyrannie."

» L'Espagne n'est pas le seul pays à qui il importe de soutenir cette lutte terrible. *** « L'Italie , la Suisse, la Hollande , la Prusse et l'Autriche , tour à tour vaincues et tyrannisées par lui, ont le même intérêt que nous à briser les fers qu'il veut nous donner. Leur salut est lié au nôtre; et la cause que nous défendons est celle de l'univers.

» Monarques et peuples du continent, sachez imiter notre constance et nos efforts ; et l'univers, menacé de devenir la proie d'un monstre, recou-" vrera son indépendance et sa tranquillité. »

Quand les renforts qui précédaient Napoléon arrivèrent , les troupes françaises, concentrées dans la Castille, avaient été forcées d'évacuer le Portugal , occupé par une armée combinée d'Anglais et de Portugais de près de quarante mille hommes. On attaqua bientôt les Espagnols sur tous les points, Le premier mouvement porta l'armée sur Burgos, où les gardes walonnes et espagnoles furent entièrement défaites.

Au même moment, le duc de Bellune ( le général Victor ), battait à Espinosa un autre corps d'armée. Le marquis espagnol de La Romana , qui commandait des troupes espagnoles auxiliaires à l'armée française en Prusse , en avait déserté avec elles, et avait été transporté par les Anglais dans sa patrie, prit part à cette affaire. L'ennemi était posté sur des hauteurs qu'il croyait inexpugnables: le général Pacthod, à la tête des 940 et 95€ de ligne , gravit ces hauteurs, culbuta les Espagnols, et les jeta dans les précipices. ..

Le maréchal Soult marchait de succès en succès; il ne tarda point à s'emparer de St.-Ander: Poursuivant sa marche, il laissa le commandement de cette ville au général Bonnet qui s'y conduisit avec tant de sagesse, que les habitans lui firent don d'une épée d'or portant cette inscription : la ville de Saint-Ander reconnaissante, au général Bonnet, son libérateur.

Bientôt il ne resta plus que des débris des armées insurgées d'Estramadure et de Galice. Napoléon se porta sur l'armée de Castanos , la seule qui pût opposer encore quelque résistance. Le 23 novembre, on livra bataille à l'ennemi que l'on trouva retranché à Tudéla. Castanos avait environ quarante-cinq mille hommes sous ses ordres. Quoique moins forte , l'armée française remporta sur lui une victoire complète, Sept drapeaux , trente pièces de canon avec leurs attelages et leurs caissons ; douze colonels, trois cents officiers et trois mille soldats furent faits prisonniers dans cette journée : quatre mille restèrent sur le champ de bataille, ou se noyèrent dans l'Ebre. Les Français eurent à peine soixante hommes tués et quatre cents blessés. Parmi ces derniers on compta le général Lagrange, atteint

d'une balle au bras. Ayant eu pour commission d'attaquer l'aile gauche de l'ennemi, cet officier avait formé sa division par échelons , et à la tête du premier échelon que composait le vingt-cinquième régiment d'infanterie légère , il avait, si vivement, abordé les Espagnols, que, dans la première charge, deux cents avaient été tués à coups de bayonnettes.

Napoléon, après cette brillante affaire, établit son quartier général au village de Boseguillas. Il n'était plus qu'à peu de distance de Madrid ; mais, pour s'en ouvrir le chemin, il fallait forcer la position de Sommo-Sierra. 15000 Espagnols la défendaient , et ils l'avaient garnie de seize pièces d'artillerie. Ils en furent néanmoins chassés avec une grande perte , le 30 novembre. Les chevau-légers polonais de la garde de Napoléon se distinguèrent dans cet engagement où le général Montbrun les commanda. Les seize pièces de canon des Espagnols, dix drapeaux, trente caissons, deux cents chariots de toute espèce, les bagages et les caisses des régimens ennemis restérent au pouvoir des vainqueurs. Le nombre des prisonniers fut grand , et parmi eux se trouvèrent tous les colonels et lieutenans-colonels des corps de la division espagnole.

Le 2 décembre, Napoléon marcha en personne sur Madrid. Entouré de sa garde et d'une division de dragons , il s'arrêta sur les hauteurs qui dominent cette ville. Cette date du 2 décembre , célèbre dans sa vie, lui rappelait, à la fois , son couron

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