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Asturies , que l'on savait être l'ennemi de Godoï, et que le gouvernement accusait de conspiration, acheva de porter l'exaltation à son comble , et le 18 mars 1808, Aranjuez, lieu de la résidence royale , fut le théâtre de la plus terrible émeute. Le prince de la Paix y courut d'horribles dangers, et le roi Charles IV ne se sauva qu'en abdiquant la couronne , que prit aussitôt le prince des Asturies. Après le danger, le vieux roi protesta contre son abdication, et appela Napoléon à son secours.

La querelle du père avec le fils, malgré les représentations d'un ministre français, regardé comme le plus grand homme d'état de son temps, (Note 6.) donna à Napoléon , l'idée de s'emparer de l'Espagne, comme il s'était emparé du royaume de Naples, en plaçant la couronne sur la tête d'un de ses frères. Ce moyen était encore plus propre que la possession des Pyrénées à soumettre exactement les côtes d'Espagne et de Portugal au fameux système anti-britannique. Napoléon intervint donc perfidement, comme médiateur , dans les démêlés des deux princes espagnols, et les invita à se rendre à Bayonne , où il deviendrait le juge de leur différend. Le nouveau roi d'Espagne se fia à Napoléon , dont il se croyait alors sur le point d'épouser une parente, et vint à Bayonne ; mais là il fut traité comme un fils rebelle , et placé dans l'alternative d’abdiquer, ou d'être attaqué par les troupes françaises aussitôt qu'il aurait été reconduit aux avant-postes espagnols. Il abdiqua entre les mains de son père , qui , ressaisi du trône, le rétrocéda lui-même à Napoléon. L'Espagne apprit bientôt de ce dernier, qu'elle obéirait désormais au roi Joseph, celui des frères de l'empereur des Français qui régnait depuis quelque temps à Naples, et qu'on fit demander , pour la forme , par une junte de gouvernement établie à Madrid pendant l'absence du roi, par le conseil de Castille et les autorités de la capitale. Pour la forme de l'administration publique, les Espagnols surent aussi de Napoléon , qu'elle serait réglée par une junte extraordinaire des notables du royaume, dont la session devait s'ouvrir le 15 juin, à Bayonne.

L'empereur des Français fut - il ou ne fut - il pas l'instigateur des troubles d’Aranjuez, qui préparèrent l'usurpation du tròne d'Espagne ? c'est ce qu'on ne peut encore décider! aucune preuve n'a été fournie à cet égard. Cependant on sait qu'il ayait une vieille rancune contre le roi Charles IV et son ministre.

Depuis le traité de paix conclu à Saint-Ildephonse , le 18 août 1796, l'Espagne se trouvait porter un fardeau beaucoup trop au-dessus de ses forces.Privée, par son état de guerre avec la GrandeBretagne , de tout commerce extérieur, et de toute communication avec ses possessions d'outre-mer, source véritable de sa richesse , il n'en fallait pas moins qu'en cas d'attaque elle nous secourût, au

minimum, d'une escadre de cinq vaisseaux, six frégates et quatre corvettes, et d'une armée de terre de vingt-quatre mille hommes avec une artillerie correspondante. Depuis le gouvernement de Napoléon, ce secours avait été converti en un subside de six millions de francs, qu'il fallait payer chaque année, car nous n'étions ni souvent', ni long-temps, en paix. L'Espagne supportait cependant ce fardeau , sans murmurer , lorsque la campagne s'ouvrit contre la Prusse et la Russie en 1806. De fortes apparences pouvaient faire penser que bientôt nous aurions aussi à combattre l'Autriche. Tout à coup on vit paraître de la part du prince de la Paix, cet appel aux Espagnols :..

« Dans des circonstances moins dangereuses que celles où nous nous trouvons aujourd'hui , les bons et loyaux sujets se sont empressés d'aider leur souverain par des dons volontaires et des secours proportionnés aux besoins de l'état; c'est donc dans la situation actuelle qu'il est urgent de se montrer généreux envers la patrie. '

» Le royaume d'Andalousie , favorisé par la nature dans la reproduction des chevaux propres à la cavalerie légère , la province de l'Estramadure, qui rendit en ce genre des services si importans au roi Philippe V, verraient-ils avec indifférence la cavalerie du roi d'Espagne réduite et incomplète faute de chevaux? Non, je ne le crois pas. J'espère, au contraire, qu'à l'exemple des illustres. aïeux de la génération présente , qui servirent l'aïeul de notre roi actuel par des levées d'hommes et de chevaux, les petits - enfans de ces braves s'empresseront aussi de fournir des régimens ou des compagnies d'hommes habiles dans le maniement du cheval, pour être employés au service et à la défense de la patrie , tant que durera le danger actuel. Une fois passé, ils rentreront, pleins de gloire , au sein de leurs familles. Chacun se disputera l'honneur de la victoire : l’un attribuera à son bras le salut de sa famille , l'autre celui de son chef, de son parent ou de son ami; tous enfin s'attribueront le salut de la patrie.

» Venez , mes chers compatriotes , venez, vous ranger sous les bannières du meilleur des souverains; venez, je vous accueillerai avec reconnaissance. Je vous en offre dès aujourd'hui l'hommage, si le Dieu des victoires nous accorde une paix heureuse et durable , unique objet de nos vœux. Non, vous ne céderez ni à la crainte , ni à la perfidie ; vos cours se fermeront à toute espèce de séduction étrangère. Venez; et si nous ne sommes pas forcés de croiser nos armes avec celles de nos ennemis, vous n'encourrez pas le danger d'être notés comme suspects, et d'avoir donné une fausse idée de votre Toyauté, de votre honneur , en refusant de vous rendre à l'appel que je vous fais.

.» Mais si ma voix ne peut réveiller en vous les sentimens de votre gloire , soyez vos propres instigateurs devant les pères du peuple au nom duquel je vous parle ; que ce que vous lui devez vous fasse souvenir de ce que vous vous devez à vousmême, à votre honneur et à la religion sainte que vous professez. »

Cette espèce de proclamation, datée du 30 octobre 1806, excita l'attention de Napoléoni, qui la prétendit secrètement dirigée contre lui. Il en fit demander l'explication au prince de la Paix, qui ne put que se rejeter , sans espoir d'être cru , sur la crainte d'une attaque de l'empereur de Maroc. On vit néanmoins se resserrer plus tard , par le traité du 27 octobre 1807, les liens d'amitié qui paraissaient unir la France et l'Espagne. En admettant qu'alors Napoléon se souvînt encore de l'échaufourée du prince de la Paix, et en conservật dụ ressentiment, il faudrait regarder ce traité comme un appât traîtreusement présenté à la cour de Madrid. L'abbé de Pradt assure avoir entendu Napoléon dire , après la cession du trône d'Espagne à Bayonne : « Ils ont voulu me jouer en 1806, et dès ce temps-là je jurai que je saurais bien m'en venger. »

Quoi qu'il en puisse être, il parut croire d'abord, qu'il lui avait suffi de vouloir la grande révolution qu'il avait envie de faire en Espagne , pour qu'elle s'accomplît sans difficulté. A peine eut-il fait partir le prince des Asturies et son frère le prince D. Carlos, pour Valençay, ainsi que Charles IV, la reine

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