Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

prises de Milan , sera chargé du jugement définitif desdites contestations, qui pourront survenir dans l'étendue de notre royaume d'Italie.

10. Communication du présent décret, sera donnée par notre ministre des relations extérieures aux rois d'Espagne, de Naples, de Hollande et d'Etrurie, et à nos autres alliés dont les sujets sont victimes comme les nôtres, de l'injustice et de la barbarie de la législation maritime anglaise, * 11. Nos ministres des relations extérieures, de la guerre, de la marine , des finances, de la police, et nos directeurs généraux des postes sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l'exécution du présent décret. »

L'objet d'une telle mesure étant de perdre l’Angleterre , en la privant de toutes ses ressources qui consistent uniquement dans le commerce, il fallait que son exécution devînt générale. Elle l'était déjà au nord : la Suède, seule ayant voulu y échapper, avait été contrainte de céder, après une campagne malheureuse, la Pomeranie et l'ile de Rugen, aux troupes françaises. Au midi, il fallait d'abord s'assurer de l'Etrurie, de l'état de l'église, de l'Es. pagne et du Portugal. Napoléon , réunissant l'Etrurie à l'empire français, en alla lui-même prendre possession , dédommageant l'héritier présomptif de ce trône aux dépens du roi de Portugal, qui, à cause de ses liaisons intimes avec les Anglais , deyait enrichir du reste de sa dépouille , l'Espagne,

devenue ainsi partie intéressée dans les projets de la France.

L'état de l'église embarrassa davantage Napoléon. Après l'avoir bien observé, il conclut qu'il ne pouvait compter sur lui qu'en le soumettant immédiatement à ses lois. Cependant, là, le caractère particulier du souverain et le grand service qu'il avait rendu , imposait l'obligation de ménagemens incommodes. Le parti que prit Napoléon eut des suites affreuses, et le déconsidéra totalement.

Après différentes tergiversations , il fit proposer , en janvier 1808, au souverain pontife , d'entrer dans une ligue défensive et offensive , qu'il prétendait nécessaire pour sauver l'Italie de toute invasion étrangère. Pie VII refusa d'y accéder, disant qu'il ne lui appartenait pas, à cause du caractère sacré dont il était revêtu , de signer un traité qui eût pour objet une guerre d'aucune espèce. Napoléon voulut alors que le souverain pontife livrât les ports de l'état ecclésiastique à są garde : Pie VII répliqua qu'il n'était que l'administrateur du domaine de l'église ; qu'il n'avait le droit de le soumettre , même momentanément, à la puissance temporelle de nul prince, et qu'il offrait seulement de s'engager à ne point recevoir dans ses ports les ennemis de la France , sa mission essentiellement pacifique lui permettant cette marque de condescendance, qui tendait , par son résultat, à empêcher l'état romain de devenir le théâtre de la guerre. Suivirent de la part de Napoléon , qui ne savait plus s'arrêter une fois qu'il était engagé dans une discussion, des vexations de tous genres, et des propositions même ridicules, qui ne regardaient plus le temporel de l'église , mais bien son gouvernement spirituel. Il faut mettre du nombre celle d'abolir les ordres ecclésiastiques de l'un et de l'autre sexe, et d'autoriser le mariage des prêtres.

Les choses furent poussées à toute extrémité, Napoléon s'étant déjà emparé de l'état de l'église à propos de cette querelle , dont l'indécence et le scandale alla toujours en augmentant, il ne s'agit bientôt plus que de se saisir de la personne du saint Père. On le fit en ayant l'air d'affecter de braver toutes les convenances, et, on serait tenté de le croire, avec une barbarie dont on espérait peutêtre la mort de l'auguste personnage que Napoléon avait tant de raisons de respecter.

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, à une heure du matin, un détachement considérable de la garnison de Rome investit de toutes parts le palais Quirinal, que le saint Père habitait. Les murs du jardin et la partie du palais occupée par les personnnes qui composent la maison du pape, furent escaladés en même temps.

La garde suisse de sa sainteté ayant été désarmée sans résistance, puisqu'on lui avait défendu d'en opposer aucune , le général français qui commandait cette horrible expédition , monta chez le souverain pontife, le chapeau sous le bras. Les soldats qui le suivaient avaient le chapeau sur la tête. Il parait que le saint Père ne s'était pas couché. Quand le général entra dans la pièce qu'il occupait , il le trouva à son bureau , vêtu des habits qu'il porte quand il sort, c'est-à-dire , du rochet , du camail et de l'étole. Le pape écrivait : le général s'approcha pour lui signifier l'ordre qu'il était chargé d'exécuter, « Pourquoi venez-vous troubler ma demeure ? lui dit le saint Père en le regardant avec dignité. Que voulez-vous ? » A ces mots, les soldats, saisis de respect, ôtèrent tous en même temps leurs chapeaux. Le général déclara au papé qu'il venait lui proposer, de la part du gouvernement français , de consentir à l'abdication de sa souveraineté temporelle, sans qu'il fût question de la bulle d’excommunication qui avait été lancée à l'occasion des démêlés de la cour de Rome avec la France ; et il ajouta qu'à cette condition, sa sainteté pourrait rester tranquille à Rome. Le saint Père , levant les yeux au ciel, et le montrant de la main , répondit au général : « Je n'ai agi en tout qu'après avoir consulté l'Esprit Saint, et vous me mettrez en pièces plutôt que de rétracter ce que j'ai fait. Dans ce cas, lui dit le général, j'ai ordre de vous emmener hors de Rome. » Le pape se leva, mit son bréviaire sous son bras, et se livra

ainsi , donnant la main au cardinal Pacca , son secrétaire d'état. On les conduisit à la porte du palais qu'on avait enfoncée. Là se trouvait une voiture dans laquelle on les fit monter.

Hors de la porte du Peuple, où vient aboutir la route de Florence , des chevaux de poste avaient été préparés. Ils furent attelés sur-le-champ, et la voiture partit sous une escorte de gendarmes, le général étant assis sur le siége.

Les postillons romains avaient reçu l'ordre de faire la plus grande diligence possible. Arrivés à la Storta , premier relai de cette route, ces bonnes gens, dans une affliction profonde, et les yeux mouillés de larmes , allèrent se jeter aux pieds du saint Père, et lui demandèrent sa bénédiction. Il la leur donna avec l'air de douceur et de bonté qui le caractérise , et en leur disant : « Courage , mes enfans, courage et prière, » Le général, remarquant l'émotion des spectateurs, qui étaient en grand nombre , se hâta de faire partir la voiture, que l'on tint très-exactement fermée pendant la route , malgré la chaleur à laquelle le pape est extrêmement sensible. Les postillons , à leur retour, pleuraient encore en racontant ce qui s'était passé dans ce moment.

La voiture où était sa sainteté fut conduite en toute hâte aux frontières de la Toscane. Le jour même de l'enlèvement, elle arriva à Radicofani, premier village des états de cette province, Il était

« ZurückWeiter »