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depuis le commencement de la bataille , je suis abandonné; mais j'ai bien fait mon devoir. -Gé- . néral , disait un troisième , vous devez être content de vos soldats.

La garde, vers le milieu de l'engagement, était au désespoir de n'avoir encore pu donner, et deman- : dait à faire quelque chose : « Réjouissez-vous de -ne rien faire, lui répondit Napoléon, vous devez donner en réserve; tant mieux si aujourd'hui on n'a pas besoin de vous.

La mort du général Valhubert, blessé grièvement dès le commencement de la bataille, fut d'un bel et grand exemple. Vu la grande supériorité numérique de l'ennemi, on avait défendu de dégarnir les rangs sous prétexte d'emmener les blessés. Des soldats voulurent néanmoins enlever le général que nous venons de nommer; il refusa de les souffrir : Souvenez-vous de l'ordre du jour, ditil, si vous revenez vainqueurs, on me relevera áprès X la bataille; si vous êtes vaincus, je n'attache plus de prix à la vie. Cet officier écrivit les mots suivans à Napoléon, avant de mourir : « Sire, j'aurais į voulu plus faire pour vous; je meurs dans une heure. . Je ne regrette pas la vie , puisque j'ai participé à une victoire qui vous assure un règne heureux. Quand vous penserez aux braves qui vous étaient dévoués, pensez à ma mémoire. Il me suffit de vous dire que j'ai une famille; je n'ai pas besoin de vous

la recommander. » Les colonels Morland , Lacuée et Mas, qui succombèrent aussi, ne pensaient pas différemment.

Du côté des Français on perdit une seule aigle, encore fut-ce par accident; nous allons en donner la preuve. Cette aigle appartenait au quatrième régiment de ligne. Quelques jours après la bataille, Napoléon pasșa ce régiment en revue. Arrivé au premier bataillon, il dit : « Soldats, qu'avez-vous fait de l'aigle que je vous ai donnée? Vous aviez juré qu'elle vous servirait de point de ralliement, et que vous la défendriez au péril de votre vie; comment avez-vous tenu votre promesse ? » Le major répondit, que le porte-drapeau ayant été tué dans une charge au milieu de la plus forte mêlée , la fumée avait empêché qu'on s'en aperçût; que cependant la division ayant fait un mouvement à droite, le bataillon avait appuyé ce mouvement; que ce n'était que long-temps après, qu'on s'était aperçu de la perte de son aigle; que la preuve qu'il avait été réuni, c'est qu'un moment après, il avait culbuté deux bataillons russes, ét pris deux drapeaux, dont il faisait hommage, espérant que cela lui vaudrait qu'on lui rendît une autre aigle, Napoléon parut hésiter; puis il dit : « Officiers et soldats , jurez-vous qu'aucun de vous ne s'est aperçu de la perte de son aigle, et que si vous vous en étiez aperçus , vous vous seriez précipités pour la reprendre, ou que vous auriez péri sur le champ de

bataille ? car, un soldat qui a perdu son aigle, a tout perdu. » Mille bras se levèrent à la fois : « Nous le jurons; cria-t-on de toutes parts , nous jurons de défendre l'aigle que vous nous donnerez, avec la même intrépidité que nous avons mise à prendre les deux drapeaux que nous vous présentons ! En ce cas, dit en souriant Napoléon, je vous rendrai done votre aigle. »

Les alliés s'étaient vaill amment battus , officiers et soldats. Le commandant de l'artillerie russe , était emmené prisonnier, après s'être vu enlever toute son artillerie. Il rencontra Napoléon : Sire, lui dit-il, dans son désespoir , faites-moi fusiller, je viens de perdre toutes mes pièces. -Jeune homme, lui répondit Napoléon, j'apprécie vos larmes , mais on peut étre battu par mon armée, et avoir encore des titres à la gloire. - Ce fut l'empereur d'Allemagne qui, le premier, fit demander, par l'intermédiaire du prince Jean de Lichtenstein , une entrevue à Napoléon. La conférence eut lieu, le 4 décembre, au bivouac de ce dernier. » Je vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux mois, dit Napoléon à l'empereur d'Allemagne. » Le monarque allemand répondit en souriant : « vous tirez si bon parti de votre habitation, qu'elle doit vous plaire, » On convint d'un armistice, et l'on arrêta les premières conditions de la paix. L'empereur d'Allemagne demanda une trève pour les restes de l'armée russe. Napoléon lui

objecta qué cette armée était cernée; « mais, ajoutat-il, je désire faire une chose agréable à l'empereur Alexandre : je laisserai passer son armée , j'arrèterai la marche de mes colonnes; mais Votre Majesté me promet-elle que l'armée russse retournera en Russie, et évacuera l'Allemagne et la Pologne autrichienne et prussienne ? - C'est l'intention de l'empereur Alexandre , je puis vous en assurer; d'ailleurs, vous pourrez vous en convaincre par vos propres officiers. » Le général Savary fut chargé de suivre l'empereur d'Allemagne, pour recevoir la parole de l'empereur Alexandre. Quand l'empereur d'Allemagne se fut éloigné, Napoléon dit à ses officiers : « cet homme me fait faire une faute, car j'aurais pu suivre ma victoire, et prendre l'armée russe et autrichienne; mais enfin quelques larmes de moins seront versées. ».

Le général Savary arriva, vers minuit, à l'armée russe. Elle était dans le plus grand désordre etcernée par le général Davoust. « Dites à votre maître , lui cria l'empereur de Russie aussitôt qu'il l'aperçut, qu'il a fait des miracles; que la journée d'hier a accru mon admiration pour lui; que c'est un prédestiné du ciel ; qu'il faut à mon armée cent ans pour égaler la sienne. Mais puis-je me retirer en sûreté ? - Oui, Sire, si Votre Majesté ratifie ce que les deux empereurs de France et d'Allemagne ont arrêté dans leur entrevue. — Et qu'est-ce? - Que Votre Majesté fera retirer son armée par les journées d'étape qui seront marquées par l'empereur, et qu'elle évacuera l'Allemagne et la Pologne autrichienne. A cette condition j'ai ordre de me porter à nos avant-postes, et d'y donner des ordres pour protéger votre retraite, l'empereur voulant respecter l'ami du premier consul. Quelle. garantie vous faut-il pour cela ?- Sire, votre parole. Je vous la donne. » Cet officier alla aussitôt pourvoir à tout. L'empereur de Russie lui avait demandé quelques détails sur la bataille : « vous étiez inférieurs à moi, et cependant vous étiez supérieurs sur tous les points d'attaque. - Sire, c'est l'art de la guerre, et le fruit de quinze ans de gloire ; c'est la quarantième bataille que l'empereur donne. - Cela est vrai; c'est un grand homme de guerre. Pour moi c'est la première fois que je vois le feu : je n'ai jamais eu la prétention de me mesurer avec lui. — Sire , quand vous aurez de l'expérience, vous le surpasserez peutêtre. Je m'en vais donc dans ma capitale. L'empereur d'Autriche m'a fait dire qu'il est content; je le suis aussi. » Dès le lendemain, ce prince donna à son armée, l'ordre de retourner en Russie. Il reprit lui-même, en poste, la route de Saint-Pétersbourg. Napoléon lui renvoya sa garde-noble et ses chevaliers-gardes, sans rançon,

Le 6 un armistice fut signé entre la France et l'Autriche. Le 26 on conclut un traité de paix à Presbourg. Par ce traité, la souveraineté de la Bas vière et du Wurtemberg fut reconnue; Venise se

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