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arrivée , doit l'effrayer. Je ne veux rien sur le continent; ce sont des vaisseaux, des colonies, du commerce, que je veux, et cela vous est avantageux comme à nous. » Le général Mack ayant répondu que l'empereur d'Allemagne avait été forcé à la guerre par la Russie : vous n'êtes donc plus une puissance, lui répondit Napoléon. .

Dans la capitulation d'Ulm furent compris trenteneuf généraux, dont onze feld-maréchaux, et dixhuit généraux majors.

Les troupes françaises montraient, depuis le commencement de la campagne, la plus vive ardeur. Elles ne se plaignaient que de ne pas voir assez souvent l'ennemi, et de ne pouvoir se mesurer avec lui, dans une bataille rangée. On se préparait à amputer la cuisse au nommé Brard, soldat du soixante-seizième régiment de ligne : je sais que je n'y survivrai pas , dit ce brave; mais n'importe, un homme de moins n'empêchera point la soixante-seizième de marcher à l'ennemi, labayonnette en avant. .

L'archiduc Ferdinand n'avait point attendu les Français dans Ulm. Avant leur arrivée autour de cette place, il en était sorti avec un corps de troupes qu'il fit battre en retraite sur la Bohême. Le général Murat, devenu beau-frère de Napoléon et prince, fut chargé de le poursuivre à la tête d'une grande partie de la cavalerie, à laquelle se joignit le régiment de chasseurs à cheval de la

garde impériale. L'archiduc évita avec habileté des engagemens généraux, qui eussent perdu les soldats qu'il commandait; mais il ne put épargner à son arrière-garde, des combats partiels. Ces combats devinrent pour un officier français, le sujet d'une des actions les plus heureuses et les plus hardies que la guerre puisse offrir. Dans un moment où les chasseurs à cheval de la garde formaient tête de colonne, le lieutenant Desmichels, commandant l'avant-garde de ces chasseurs, forte de trente hommes, rencontra devant Nuremberg, l'ennemi, dont l'arrière-garde, à cause des défilés que présente, à chaque pas, la route de Bohême, était composée, ce jour-là, de trois cents hommes d'infanterie environ. Le commandant de cette troupe, croyant n'avoir rien à craindre sur le territoire prussien qu'il foulait alors, se gardaitmal : le lieutenant Desmichels, profitant de sa sécurité, fondit sur lui à l'improviste , et fit toute sa troupe prisonnière.

Animé par ce premier succés, cet officier, ayant chargé deux de ses chasseurs de conduire les prisonniers à son régiment, continua de s'avancer. Au-delà de Nuremberg, il aperçut un gros bataillon qui, comptant sur l'arrière-garde, mar

chait sans défiance. Le peloton de chasseurs s'é· lança aussitôt sur ces nouveaux ennemis, et sabra tout ce qui ne se pressait point assez de mettre bas les armes; quatre cents prisonniers et deux drapeaux furent le résultat de cette charge. Cependant quelques fantassins avaient eu le temps de faire feu; au bruit de cette fusillade , quatre cents dragons de Latour, qui marchaient immédiatement avant cette infanterie, revinrent sur leurs pas, et la tête de leur colonne chargea assez vivement le peloton de chasseurs. Ceux-ci, dont le front, vu la disposition des • lieux, était égal à celui de l'ennemi, coururent; quoique vingt fois moins nombreux, au-devant de cette attaque : ils culbutèrent le premier peloton de l'ennemi; celui-ci entraîna le second, et ainsi de suite, jusqu'à la queue de la colonne. Les dragons, renversés de cette sorte , ne cessèrent de fuir pendant deux lieues, dans le plus grand désordre, abandonnant au pouvoir de leurs adversaires, vingtcinq pièces de canon, tous leurs chariots de munitions et une caisse militaire ; ils eurent, de plus, cinquante hommes tués, et laissèrent sur le champ de bataille cent cinquante prisonniers, dont un officier supérieur et trois autres officiers.

En sortant du long défilé où s'étaient accomplis ces exploits, qui sembleraient fabuleux s'ils n'étaient glorieusement attestés, les chasseurs aperçurent dans la plaine beaucoup de cavalerie rangée en bataille : ils s'arrêtèrent après avoir encore enlevé deux pièces de canon qui venaient de tirer à mitraille sur eux. Le régiment de chasseurs déboucha alors; mais l'ennemi ne l'attendit pas. Napoléon, instruit de cette action, et en ayant recueilli les preuves, nomma M. Desmichels capitaine , et officier de la légion d'honneur; chaque soldat du peloton de chasseurs reçut l'étoile de la légion.

Le lendemain même de la prise d'Ulm Napoléon fut informé que les Russes s'avançaient å grandes journées au secours de l'Autriche. Il les annonça à son armée, par un ordre du jour dans lequel on remarqua ces mots : Soldats de la grande armée, nous avons fait une campagne de quinze jours, et vous ne vous arrêterez pas ; cette armée russe , que l'or de l'Angleterre a transportée des extrémités de l'univers, nous allons l'exterminer!

Le 11 novembre, il fit son entrée dans la capitale de l'Autriche. L'empereur François l'avait, à l'avance, évacuée , pour aller se joindre à l'empereur de Russie , qui, à la nouvelle des succès extraordinaires de Napoléon, s'était mis en retraite, afin d'avoir le temps de rassembler ses troupes et de les établir dans une position avantageuse.

Suivis de près par les Français , les Russes eurent des corps battus à Crems et à Hollabrunn. Un peu plus loin ils furent joints par des renforts qui portèrent leur armée à soixante-douze mille hommes. Elle avait pour général en chef le général Kutusow. L'armée française, qui ne montait pas à plus de quarante-deux mille hommes, s'arrêta dans la position de Brünn; en Moravie. Le 21 novembre , l'ennemi fut encore renforcé par un corps de dix

mille hommes de garde impériale russe sous les ordres du grand duc Constantin. Le 27 novembre, l'armée alliée, que nous nommerons désormais ainsi, parce qu'elle était composée de Russes et d'Autrichiens , fit un mouvement en avant, et força l'avant-garde française de se replier. Napoléon affecta: la crainte à la suite de ce mouvement, battit en retraite pendant la nuit , et alla prendre position à trois lieues en arrière. Cette manoeuvre, faite à dessein de tirer les alliés de l'emplacement avantageux qu'ils occupaient d'abord, les gonfla d'orgueil, et leur inspira une funeste présomption : ils ne virent plus dans Napoléon qu'un adversaire, à demi- : vaincu avant d'en venir aux mains, qui regrettait de s'être avancé imprudemment, et ne songeait dès lors qu'à se dérober. Toute leur inquiétude consistait dans la crainte de ne pouvoir peut-être pas l'empêcher de s'échapper avec quelques débris de son armée. Napoléon devinant leur pensée à leur contenance, et s'applaudissant du succès de son stratagème, en suivit le développement avec une joie secrète et une patience inaltérable. Il envoya le général Savary au camp allié, pour complimenter l'empereur de Russie et lui demander une entrevue; cette démarche ne pouvait qu'augmenter encore la confiance de l'ennemi. Quand Savary revint, il rapporta à Napoléon, que l'empereur Alexandre lui avait fait l'accueil le plus gracieux; mais que tout le monde autour de lui se croyait à

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