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honneur à faire le premier pas. J'ai assez, je pense, prouvé au monde que je ne redoute aucune des chances de la guerre. Elle ne m'offre d'ailleurs rien que je doive redouter. .

» La paix est le veu de mon caur « mais la guerre n'a jamais été contraire à ma gloire. Je conjure Votre Majesté de ne pas se refuser au bonheur de donner elle-même la paix au monde. Qu'elle ne laisse pas cette douce satisfaction à ses enfans : car enfin il n'y eut jamais de plus bello circonstance ni de moment plus favorable pour faire taire toutes les passions , et pour écouter uniquement le sentiment de l'humanité.

» Ce moment une fois perdu, quel terme assigner à une guerre que tous mes efforts n'auraient pu terminer.

» Votre Majesté a plus gagné depuis dix ans en territoire et en richesses que l'Europe n'a d’étendue. Sa nation est au plus haut point de prospérité. Que peut-elle espérer de la guerre? Coaliser quelques puissances du continent ? le continent restera tranquille, ou sera victime des nouveaux mouvemens qu'on veut lui donner.. Une coalition ne peut qu'accroître la prépondérance et la grandeur continentale de la France. Renouveler les troubles intérieurs? les temps ne sont plus les mêmes. Détruire nos finances? des finances fondées sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais. Entever à la France ses colonies ? les colonies sont pour la

France un objet secondaire; et votre majesté n'en possède-t-elle pas plus qu'elle n'en peut garder ?

. » Si votre Majesté veut elle-même y songer, elle verra que la guerre est sans but et sans aucun résultat avantageux pour elle. Eh! quelle triste perspective que celle de faire battre les peuples sans but et sans utilité pour personne! Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre à l'aise, et les deux gouvernemens sont assez éclairés pour trouver les moyens de tout concilier, s'ils en ont la volonté.

» J'ai toutefois rempli un devoir saint et précieux à mon cæur. Je prie Votre Majesté de croire à la sincérité des sentimens que je viens de lui exprimer, et à mon désir de lui en donner des preuves.»

Le ministre britannique avait répondu en ces termes au ministre des relations extérieures de France :

. .

. » Monsieur, Sa Majesté a reçu la lettre qui lui a été adressée par le chef du gouvernement français, datée du deuxième jour de ce mois.

. » Il n'y a aucun objet que Sa Majesté ait plus à cæur que de saisir la première occasion de procurer de nouveau à ses sujets les avantages d'une paix fondée sur des bases qui ne soient pas incompatibles avec la sûreté permanente et les intérêts essentiels de ses états. Sa Majesté est persuadée que ce but ne peut être atteint que par des arrangemens qui puissent en même temps

pourvoir à la sûreté et la tranquillité à venir de l'Europe, et prévenir le renouvellement des dangers et des malheurs dans lesquels elle s'est tronvée enveloppée. Conformément à ce sentiment, Sa Majesté sent qu'il lui est impossible de répondre plus particulièrement à l'ouverture qui lui a été faite, jusqu'à ce qu'eile ait eu le temps de communiquer avec les puissances du continent avec lesquelles elle se trouve engagée dans des liaisons et des rapports confidentiels, et particulièrement avec l'empereur de Russie , qui a donné les preuves les plus fortes de la sagesse et de l'élévation des sentimens dont il est animé, et du vif intérêt qu'il prend à la sûreté et à l'indépendance de l'Europe. »

Quoique maîtres de la mer, surtout depuis la bataille navale de Trafalgar, qui avait anéanti les flottes combinées de France et d'Espagne, les Anglais témoignaient de l'inquiétude des préparatifs de descente faits à Boulogne. On les voyait s'occuper sans cesse de fortifier leurs côtes, et y multiplier les signaux et les précautions. Mais peutêtre ces démonstrations de crainte n'étaient - elles après tout qu'un piége ; car tandis que la flottille française et l'armée qu'elle devait porter, encouragées par cette terreur apparente, s'exerçaient journellement, sur le rivage de la mer, aux manoeuvres qui devaient leur assurer le succès, on apprit tout d'un coup, que, sans attendre les Russes, les Autrichiens venaient d'envahir la Ba

vière, alliée à la France, et la traversaient rapidement pour se porter, de ce côté, sur la frontière française. Au reste la surprise fut sans effet; et en un moment notre armée se fut transportée des rivages de l'océan à ceux du Rhin, et son chef parut au milieu d'elle, plein d'espoir et d'assurance.

Compromise par les manoeuvres savantes de Napoléon, et battue, par détachemens, en plusieurs rencontres, l'armée autrichienne se trouva bientôt presque toute entière bloquée dans Ulm. Napoléon fit appeler le général major prince de Lichtenstein, et lui démontra la nécessité pressante d'une capitulation. Sur cette ouverture pacifique on entra en pourparlers. Le prince de Lichtenstein demanda à être autorisé de retourner, sur parole, en Autriche, avec tout ce qui formait la garnison : Napoléon ne voulut accorder que les honneurs de la guerre, à la sortie de la place, la remise des armes après avoir défilé, le renvoi des officiers en Allemagne sur parole, enfin la conduite des sous-officiers et soldats en France, jusqu'à parfait échange. La capitulation en fut signée, le 17 octobre, par le maréchal Berthier et le général autrichien -Mack.

Le 20 octobre, l'armée française, qui avaitdéjà fait plus de trente mille prisonniers dans les combats de Wertingen, Guntzbourg, Landsberg, Memmingen , Albeck, Elchingen, Languéneau, Neireissheim, etc, vit défiler devant elle, pour de

meurer aussi sous la main de la nation française , trente-trois mille hommes, dont deux mille cavaliers, sans compter trois mille blessés ou malades, soixante pièces de canon, et quarante drapeaux. Napoléon, environné de sa garde, faisait appeler, à mesure, les généraux, et leur adressait des paroles obligeantes. Il leur tint aussi, relativement au motif de la guerre, des discours pleins de fermeté : « Messieurs, leur dit-il, entre autres choses, votre maître me fait uue guerre injuste : je vous le dis franchement, je ne sais pas pourquoi je me bats; je ne sais ce que l'on veut de moi. Ce n'est pas dans cette seule armée que consistent mes ressources; cela serait-il vrai, mon armée et moi ferions bien du chemin. Mais j'en appelle au rapport de vos prisonniers qui vont bientôt traverser la France; ils verront quel · esprit anime mon peuple, et avec quel empressement il viendra se ranger sous mes drapeaux. Voilà l'avantage de ma nation et de ma position; avec un mot, deux cent mille hommes de bonne volonté accourront auprès de moi, et en six semaines seront de bons soldats, au lieu que vos recrues ne marcheront que par force, et ne pourront qu'après plusieurs années faire des soldats. Je donne encore un conseil à mon frère l'empereur d'Allemagne, qu'il se hâte de faire la paix ; c'est le moment de se rappeler que tous les empires ont un terme. L'idée que la fin de la dynastie de la maison de orraille serait

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