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nement occupaient Paris, toute la France, et Rome même. Ayant pour témoins des députés de chaque département de la république, et de chaque corps de l'armée, ce grand acte devait effectivement être consommé par le Saint-Père. On a raisonné diversement sur les motifs qui purent déterminer le pape dans cette occasion : les deux pièces historiques que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs, prouvent que S. S., s'abandonnant entiès rement aux circonstances du temps, et ayant déjà signé un concordat avec le nouveau souverain, pour régler l'église de France, ne vit dans l'action de le sacrer, qu'une chose qu'elle pouvait accorder sans crime, et dont ensuite elle tirerait néanmoins le plus grand parti pour l'avantage de la religion en France.

Afin de l'engager à cette démarche éclatante, Bonaparte avait écrit au Saint-Père, une lettre flatteuse , dans laquelle se trouvait le passage suivant :

» Le moment est venu, où la réconciliation de l'église et de l'empire va recevoir la sanction la plus auguste. Le premier effet de votre condescendance, très-Saint-Père, sera de consacrer la réconciliation du peuple français avec la monarchie , qui est nécessaire à son repos; de prévenir tous les prétextes de la guerre civile ; d'aplanir lous les différens. qui conduisent à un schisme, en établissant d'une manière fixe les rapports de la religion avec l'état; et de l'état avec la religion,

» La France, d'ailleurs, mérite cette faveur particulière. Son église est la fille aînée de l'église romaine ; il s'agit de dissiper tous les nuages qui ont' obscurci les derniers jours de leur union; et cette union en deviendra plns sainte , et les jours qui suivront en seront plus sereins.

» Nous nous proposons, de notre côté, de réparer. toutes les ruines de l'église, de rendre au culte son antique splendeur, et à ses ministres toute notre confiance, si votre sainteté répond à nos vœux par l'inspiration du Très-Haut, dont elle est l'organe sur la terre. . » Sous tous les rapports religieux, moraux et politiques, l'univers chrétien recueillera des avantages immenses du voyage que je supplie votre sainteté de faire à Paris; de ce voyage que, malgré la saison, les distances et les difficultés , elle ne doit pas hésiter d'entreprendre, si l'intérêt de la religion en prescrit la nécessité. i » Les concerts de la reconnaissance s'unissent déjà , dans le cœur de tous les Français, à la vés nération qu'ils ressentent pour celui que ses lumières et ses vertus ont appelé au gouvernement de l'église.

» Des hommages universels accompagneront tous les pas du Saint-Père, à qui nous voulons qu'on décerne les mêmes honneurs que Léon III reçut de Charlemagne, notre glorieux prédé: çesseur.

Voici l'allocution par laquelle le pape annonça son voyage en plein consistoire, le 29 octobre :

« VÉNÉRABLES FRÈRES, » Lorsque nous vous annonçâmes, de ce lieu même, que nous avions fait un concordat avec S. M. l'empereur des Français , nous fîmes éclater, en votre présence, la joie dont le Dieu de toute consolation remplissait notre cour, à la vue des heureux changemens que le concordat venait d'opérer dans ce vaste et populeux empire, pour le bien de la religion.

» Une cuyre si grande et si admirable dut exciter en nous les plus vifs sentimens de reconnaissance pour le très-puissant prince qui avait employé son autorité à la conduire à sa fin.

» Ce puissant prince, notre très-cher fils en J. C., nous a fait connaître qu'il désirait vivement recevoir de nous l'onction şainte et la couronne impériale , afin que la religion, imprimant à cette cérémonie solennelle le caractère le plus sacré, en fit la source des plus abondantes bénédictions.

» Cette demande, faite dans de tels sentimens, n'est pas seulement un témoignage authentique de la religion de l'empereur, et de sa piété filiale pour le saint-siège , mais elle se trouve encore appuyée de déclarations positives que sa volonté ferme est de protéger de plus en plus la foi sainte, dont il a jusqu'ici travaillé à relever les ruines par tant de généreux efforts.

» Ainsi, vénérables frères, vous voyez combien sont justes et puissantes les raisons que nous avons d'entreprendre ce voyage. Nous y sommes déterminé par des vues d'utilité pour notre sainte religion, et par des sentimens particuliers de reconnaissance pour le très-puissant empereur qui, après avoir rétabli la religion catholique en France, nous témoigne le désir de favoriser ses progrès et sa gloire.

» A ces causes , vénérables frères, marchant sur les traces de nos prédécesseurs, qui se sont quelquefois éloignés de leur siége, et se sont transportés dans des régions lointaines pour le bien de l'église, nous entreprenons ce voyage, sans nous dissimuler que sa longueur, une saison peu favorable, notre âge avancé et notre faible santé, auraient dů nous en détourner, mais nous comptons pour rien ces obstacles, pourvu que Dieu nous accorde ce que notre cœur lui demande, jj. .

Le pape se mit en route , le 3 novembre, accompagné de quatre cardinaux, de deux archevêques, et d'une suite nombreuse. Près d'entrer dans Fontainebleau, le 25, il trouva sur le chemin, Bonaparte qui s'avançait pour lui faire honneur, avec un brillant cortége. Il arriva le 29 à Paris : tout le temps qu'il y séjourna, le peuple lui montra le plus grand empressement et le plus grand respect.

Ce fut le 2 décembre que Bonaparte fut sacré et couronné dans la cathédrale, sous le nom de Nápo

léon Ier. Le temps était froid , mais beau. Une foule immense remplissait les rues, les quais et les places que devait traverser le cortége. Parmi les personnes invitées et conduites en cérémonie on remarquait plusieurs princes allemans,

S.S. Pie VII officia pontificalement et avec toute la pompe de l'église romaine. Bonaparte et son épouse reçurent l'onction sainte sur le front et sur les deux mains. Après que le pape eut béni les deux couronnes qui avaient été préparées, on remarqua que Bonaparte saisit brusquement celle qu'on lui avait destinée, et se la plaça lui-même sur la tête. Il prit. ensuite l'autre, et en couronna son épouse qui était restée à genoux au pied de l'autel.

L'office divin achevé, il s'assit sur son trône; et la couronne en tête, et la main sur le livre de l'Evangile, que lui présentait le grand-maître des céré· monies, il prononça, devant les présidens du sénat, du corps législatif et du tribunat, le serment suivant qui avait été déterminé par l'Acte constitutionnel : « Je jure de maintenir l'intégrité du territoire de la république, de respecter et faire respecter les lois du concordat et la liberté des cultes; de respecter et faire respecter l'égalité des droits , la liberté politique ou civile, l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux; de ne lever aucun impôt, de n'établir aucune taxe qu'en vertu de la loi; de maintenir l'institution de la Légion-d'Honneur; de gouverner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la

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