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ches, ou que, faisant réimprimer des preces de. venues fort rares et perdues dans des ouvrages ignorés, il les réunisse en un seul volume pour les mettre à-la-fois sous les yeux du public, on ne peut que lui savoir gré d'un semblable travail. Ces sortes d'indiscrétions portent leur excuse avec elles : les morceaux recueillis sont comme autant de richesses nouvelles que l'éditeur répand dans le commerce, ou comme des trésors long-temps cachés qu'il rend à la circulation. Mais qu'il joigne à son ouvrage des fragments satiriques dont quelques-uns attaquent des personnages encore vivants, et dont plusieurs nous font voir ceux qui ont cessé d'exister sous un aspect qui ne leur est pas favorable : qu'on y trouve différents portraits où le peintre a comme à plaisir outré les ridicules ou les vices de ses modeles ; et qu'on ait fait suivre enfin cette espece de salon de peinture d'une table indicative des noms de ceux qu'on a jugé à propos d'y placer, c'est ce que je ne saurais m'empêcher de trouver blâmable. Je ne puis voir dans cette partie du livre qu'un aliment offert à la malignité. L'épithete d'indiscretes donnée à de pareilles révélations, me paraît au-dessous de l'idée qu'on peut. s'en faire ; et je ne doute pas que les personnes qui pourraient avoir à s'en plaindre, ne trouvassent aisément à leur en donner une plus convenable peut-être et certainement plus significative.

On peut juger, par ce que je viens de dire, de ma façon de penser en bien comme en mal sur le livre que j'annonce. Ce qu'on ne manquera pas d'y chercher avec empressement, est précisément ce que je voudrais qu'on en retran. chât. Mais si l'éditeur me paraît répréhensible sous certains rapports, je n'en rendrai pas moins justice à la partie purement littéraire de son re.

cueil, au mérite des différentes pieces dont il se compose.

Le premier morceau digne de remarque, est celui qui est intitulé: Petit Traité de l'amour des femmes pour les sots, par Champcenetz. L'idée en est plus originale et plus satirique qu'elle n'est juste au fond; du moins, pour l'honneur du sexe, doit-on le croire ainsi. L'au. teur, à l'appui des principes qu'il pose d'abord, cite pour exemples une foule de femmes, qui toutes, différant de caracteres et de sentiments, n'ont-entr'elles d'autre trait de ressemblance qu'un goût exclusif pour la sottise et la fatuité. Et il ne faut pas croire que les femmes dont il s'agit ici, soient des êtres imaginaires, des personnages de pure invention : toutes ces beautés pseudonymes, qu'on me pardonne l'expression, ont un nom véritable ; et si l'éditeur n'en a point fait confidence au public, sa reserve a, dans cette circonstance, quelque chose de si louable et de si extraordinaire en même temps, qu'on est tenté de la croire un peu forcée. Quoi qu'il en soit, on ne pourrait admettre un seul instant la façon de penser de Champcenetz (et à Dieu ne plaise que je fasse jamais cette injure aux dames!), sans être disposé à le plaindre; car lorsqu'on songe au sentiment de prédilection qu'il suppose aux femmes pour les sots, et que l'on considere ce qu'il a répandu de finesse et d'esprit dans ce petit traité, il est impossible de n'en pas conclure qu'il dut être, de tous les hommes de son temps, le moins favorisé des belles.

Des gens qui poussent la calomnie jusqu'à la médisance ont osé prétendre qu'un des plus sûrs moyens de gagner leurs cours, était de ré, pandre l'or avec profusion. Ce moyen, s'il est aussi certain qu'on veut bien le croire, n'est gueres flatteur du moins pour l'amour propre de

celui qui l'emploie. Comment trouver d'ailleurs quelque charme à des voluptés qu'on achete, à des conquêtes mises, pour ainsi dire, aux encheres. Un morceau sorti de la plume de M. Mercier renferme, à ce sujet, l'imagination la plus singuliere et la plus originale, et ce morceau est lui-même d'autant plus piquant, que l'auteur lui a donné à dessein un tour anecdotique. Il suppose qu'un riche Anglais, se livrant au goût des plaisirs, reçoit chez lui un de ses compatriotes qui raconte ainsi qu'il suit ce qui se passa chez son ami: “ Dans un salon superbe où il me « conduisit, étaient six jeunes beautés habillées " d'une maniere extraordinaire, et dont, au

premier coup-d'œil, la figure ne me parat " point étrangere. Il me semblait avoir déjà " vu ces physionomies-là plus d'une fois, et j'al6. lais les aborder en conséquence, lorsque M. " B......, souriant de mon erreur, m'en ex" pliqua la cause,

" J'ai dans mes amours, me dit-il, un goût 6 particulier. La plus rare beauté de Circassie 6. n'a aucun prix à mes yeux, si elle ne ressem, " ble au portrait de quelque femme célebre des 6. siecles passés : et tandis que les amants font cas “ d'une miniature qui rend fidelement les traits " de leur maîtresse, je n'estime les miennes “ qu'autant qu'elles sont ressemblantes à d'an. u ciens portraits. D'après cette idée, j'ai fait « voyager l'intendant de mes plaisirs par toute - l'Europe, avec des portraits choisis ou des

gravures copiées d'après les originaux. Il a réussi dans ses recherches comme vous le voyez, puisque vous avez cru reconnaître ces dames

que vous n'avez jamais vues, mais dont vous “i aurez sans doute rencontré les figures. Leur “ habilleinent doit avoir contribué à votre mé.

6 prise : elles ont toutes le costume du personnage " qu'elles représentent; car je veux que toute “ leur personne soit pittoresque. Par ce moyen, " j'ai regagné plusieurs siecles, et je suis en pos. 4 session des beautés que le temps avait placées " bien loin de moi..

. « On servit le souper, M. B...... s'assit “ entre la reine d'Ecosse et Anne de Boulen; je 66 me placai vis-à-vis, ayant à mes côtés Ninon “ de Lenclos, et Gabrielle d'Estrées ; plus bas 6 était Rosamonde et Nelly Gwinn. Il y avait

au haut de la table un fauteuil vide, surmonté “ d’un dais, et destiné à Cléopâtre, qui venait

d’Egypte, et dont on attendait l'arrivée au “ premier jour."

Je voudrais qu'il me fût possible de citer de même en entier un fragment d'un tout autre genre dont on est redevable à l'éloquent auteur de l'éloge de Suger. M. Garat rend compte dans ce fragment d'une visite qu'il fit à Diderot. L'auteur devait être jeune alors, et rien de plus intéressant, selon moi, que cette entrevue d'un grand talent qui commence sa carriere, avec un homme célebre qui a déjà parcouru la plus grande partie de la sienne. Soit que les choses se soient passées véritablement ainsi, soit que M. Garat ait pris plaisir à porter toute l'attention sur le personnage principal, et n'ait voulu se réserver d'autre emploi qne celui de simple · parrateur, Diderot remplit à lui seul toute la scene. Elle se passe en quelque façon sous nos yeux : on le voit, on l'entend; on se laisse entraîner à son éloquence, on sourit de ses distractions; aucune de ses pensées n'échappe; on recueille ses moindres paroles, on suit ses moindres mouvements : tant celui qui raconte a su mettre dans son récit.de naturel et de vérité.

L'Histoire d'une Epingle, écrite avec autant d'esprit que de légereté, par le comte de Sé. gur; une lettre de Washington où se montre à découvert la belle âme du héros Américain; un fragment d'Hérault de Sechelles sur la Conversation; un autre fragment des mémoires de Franklin; enfin, l'Histoire secrete des Amours du cardinal Richelieu avec Marie de Médicis, et madame de Combalets, depuis duchesse d'Aiguil-* lon, doivent être placés au nombre des morceaux de prose les plus reinarquables dont se compose' le nouveau recueil.' On voit que l'auteur s'est attaché principalement à y répandre de la va.' riété. Le même esprit à présidé au choix des pieces de vers ; mais à l'exception de la Retraite et du Concile de Constance, par M. Chénier ;' d'une épître à ce dernier par Le Brun, et de quelques vers de La Fontaine, je ne pense pas que le public eût beaucoup à perdre quand la plupart de ces pieces seraient restées inédites. Les noms de Diderot, de Cabanis et du comte de Guibert mis au bas de quelques morceaux de

poésie, ne sauraient, je l'avoue, ni m'en imposer, . pi m'éblouir sur le mérite de ces productions,

C'est sur ce qu'ils valent, c'est-à-dire, sur ce qu'on y découvre de talent poétique, et non d'après la célébrité de leurs auteurs qu'il convient de juger ces sortes d'ouvrages. Il en est des vers, ce me semble, à-peu-près comme des pieces de monnaie auxquelles le nom et l'effigie du prince ne pourraient attribuer de valeur, si d'ailleurs le poids et le titre de l'or ou de l'argent dont elles sout faites, ne leur donnaient un prix réel.

Il me reste à parler de ce qui justifie le titre de Révélations Indiscretes que porte l'ouvrage dont je rends compte. C'est une suite de por. traits où figurent plusieurs personnages du der.

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