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C'est ainsi qu'avant le 18 brumaire il parut inactif, solitaire et studieux ; et que

, néanmoins toute la France, hors lui, di

soit qu'il alloit prendre la place du directOIre. - C'est ainsi qu'avant de se faire nommer consul à vie, chacun répétoit que les gouvernements temporaires étoient des gouvernements orageux ; et il n'y avoit pas un maire de village qui ne fit des vœux et ne préparât une adresse pour le prier d'accepter un titre inamovible, qui faisoit l'objet de toute son ambition. Et le jour qu'il osa mettre sur sa tête la couronne de Charlemagne, la nation étoit déja, je ne sais comment, tout accoutumée à voir en lui le successeur de ce grand monarque. Les hommes à qui les souvenirs tienment souvent lieu de jugement ont trouvé beaucoup de traits de ressemblance entre Charlemagne et lui. Ils ont dit qu'ils avoient franchi l'un et l'autre de grands obstacles pour arriver au plus haut degré d'élévation , auquel de simples mortels puissent parvenir; que l'un et l'autre avoient été créateurs du vaste empire qu'ils ont gouverné; qu'ils durent leur puissance à leur génie et à leur audace, et non à leurs ancêtres; qu'ils se jouèrent égale- . ment des périls qui menacent les conquérants et les usurpateurs; qu'ils firent enfin

Buona

parte et Charle-1nagne.

.

les plus grandes choses avec facilité , et les
plus difficiles avec promptitude (1).
Tout cela peut être vrai, sans que le
paralléle soit exact. Et il suffiroit de la
différence qui distingue les temps, les
mœurs, les circonstances au milieu des-
quelles ces deux princes ont vécu, non
seulement pour en prouver l'inexactitude,
mais encore pour éloigner toute induction
sur leurs motifs, sur leurs actions, sur
leurs principes, et sur la nature des évé-
IlGnneIltS auxquels ils ont pris part.

En qualité de guerrier, Buonaparte

peut soutenir la comparaison avec Charlemagne. La campagne de 1795, sur-tout, le place incontestablement à côté des plus grands généraux. L'histoire offre peu d'exemples d'une défense aussi savante et aussi opiniâtre, et d'une attaque aussi rapide dans ses mouvements, aussi fertile en victoires, aussi féconde en ressources (2). Mais tout fut grand dans les conceptions de Charlemagne, et rien de plus simple que les moyens dont il se servit « pour exécuter les plans que son vaste (1) Montesquieu. # des Lois. · (2) Il ne faut pas oublier d'ailleurs que, dans les siècles d'ignorance et de barbarie, les grands hommes ont moins de rivaux , et par cette raison moins d'obstacles à vaincre pour subjuguer une nation et

fonder une dynastie, que dans les siècles de lumières et de civilisation.

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génie avoit conçus. Souvent il donnoit à
l'exécution la rapidité de la pensée. Les
Saxons le voyoient sur leurs frontières,
lorsqu'ils le croyoient à peine occupé des
préparatifs de son départ (1). »
Jamais guerrier n'eut un courage plus
froid et plus actif; jamais §i Ile Se
distingua par une prudence plus consom-
mée : il savoit punir et récompenser.
Ayant lui-même créé tous les ressorts
de son administration, aucun détail n'é-
chappoit à sa pénétration, et tous les ré-
sultats étoient prévus d'avance.
Dans cette nuit profonde, produite par
l'envahissement des barbares, et au mi-
lieu de laquelle il naquit, Charlemagne
entrevit, par la seule force de son génie,
les principes qui doivent régir les sociétés
politiques. C'est à lui, plus qu'à l'auteur
fameux du Contrat social, que l'Europe
doit la première idée des gouvernements
représentatifs : car c'est lui qui institua
les états-généraux. Ce fut lui qui établit
et simplifia cette représentation des trois
ordres, dont l'imprudente confusion est
devenue si funeste à la monarchie des
Bourbons.
Les bourgs et les communautés muni-
cipales envoyoient leurs députés à l'as-
semblée d'automne.
Le prince se garda bien d'abandonner

(1) Montesquieu. Esprit des Lois,

la législation politique à la fougue tou-
jours dangereuse des assemblées popu-
laires.
Il ne soumettoit à leur délibération que
les édits qui, long-temps provoqués par
l'opinion publique, sembloient mûris d'a-
vance dans toutes les têtes, et avoient déja
été préparés dans la réunion du champ de
mai , composée seulement des évêques et
des hauts barons, que le monarque ad-
mettoit à son conseil. L'assemblée d'au-
tomne, ne pouvant douter que le prince
ne s'occupât du bonheur de son peuple,
recevoit avec reconnoissance et décidoit
avec respect les questions de législation
civile et d'administration générale qu'on
soumettoit à ses délibérations. Sous ce
point de vue, Charlemagne fut incompa-
rablement supérieur à Buonaparte.
Il l'étoit encore comme souverain. On
n'ignore † aujourd'hui combien étoit
faux, violent et par conséquent fragile le
système de gouvernement qu'il suivit dans
le cours de son régne.Au lieu de se mettre
à la tête d'une nation généreuse qui vou-

loit bien le reconnoître pour son chef, il

la mit sous ses pieds : il se crut assez grand
pour la mépriser, et fut assez mal inspiré
pour l'avilir.
Au lieu de faire concourir sa gloire et
ses talents à la prospérité de son peuple,
il pensa que le sang du peuple n'étoit bon

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Gouvernement

impérial. !

Conseil
d'état.

qu'à cimenter sa gloire, à augmenter sa
puissance , à étendre ses conquêtes. .
Si, pendant son consulat, il nous fit
entrevoir l'aurore d'un beau régne, ce fut
pour nous faire sentir plus douloureuse-
ment le poids de son sceptre de fer ;
lorsqu'il fut une fois monté sur le trône
de Charlemagne.
Son gouvernement, fortement consti-
tué, étoit une combinaison singulière et
jusqu'alors inouie de libéralité en paroles,
et de tyrannie en effet ; de principes in-
contestables et d'actes arbitraires ; d'au-
dace militaire et de ruses diplomatiques.
Il fut aidé dans cette composition par des
mains plus habiles que les siennes, mais
lui seul avoit la force de soutenir le poids
et d'entretenir l'activité de cette machine
colossale.
A la tête de cette machine, il faut pla-
cer son conseil d'état, qui en étoit le grand
ressort, et qui, sans attribution spéciale,
étoit l'interpréte de ses volontés, l'oracle
de la justice, le point central de l'admi-
nistration, et le laboratoire des lois.
Une telle réunion d'attributions étoit
une monstruosité politique; mais le mou-
vement prodigieux qu'elle imprima et
u'elle entretint dans toutes les parties
† l'administration prouva qu'elle n'étoit
pas une absurdité.
C'est dans le conseil d'état que se ré-

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