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NOTE DEUXIÈME.

CHAPITRE 1er. - Page 54.

Sur les hommes d'état qui fleurissaient en

Angleterre en 1801.

En offrant à nos lecteurs le tableau des dissensions politiques auxquelles fut livrée l'Angleterre après le traité de Lunéville , au moment où M. Pitt quitta le ministère', nous avons cru devoir rappeler les mémorables débats auxquels donna lieu ce changement inattendu : ils nous ont paru dignes du burin de l'histoire par l'importance des objets, non moins que par les caractères et les talens des hommes d'état qui y prirent le plus de part. Nous avons cru ne pouvoir mieux compléter ce résumé, et satisfaire nos lecteurs , qu'en leur faisant connaître par la notice suivante, les principaux personnages qui ont paru sur cette scène. Pour esquisser ces portraits nous avons eu recours aux meilleurs écrits du temps : nous avons recueilli les renseignemens les plus authentiques, en écartant ceux qui nous paraissaient avoir été dictés par l'esprit de parti.

M. Fox, chef de l'opposition, avant de se concilier l'estime d'un parti considérable , avant de conquérir la faveur populaire , avait lutté long-temps contre d'injustes préventions. On rendait hommage à ses talens supérieurs, mais on le soupçonnait de ne songer qu'à son élévation , et de ne paraître tour à tour si séduisant et si inflexible , que pour sacrifier plus sûrement selon les circonstances , l'intérêt général à ses vues particulières : Charles , disait le vulgaire, est un comédien aussi habile que Garrick, as deep as Garrick. Cependant à la longue, son intégrité, sa modeste affabilité, la simplicité de ses manières, sa sensibilité, la constance et la chaleur de son amitié ramenèrent vers lui l'estime et la confiance du peuple anglais. On reconnut dans la fermeté soutenue de sa conduite politique, la libéralité de ses principes , et le but d'une noble ambition. Il ne manqua pas de l'atteindre : aucun autre homme public, pas même son illustre rival, n'a joui en Angleterre d'une telle et si constante popularité.

M. Fox avait une grande capacité, des dispositions naturelles pour les sciences, un goût sûr et délicat pour les arts. Il avait fait dans l'étude des belles-lettres d'étonnans progrès , si l'on considère la variété d'occupations et d'affaires qui dès sa jeunesse l'en avait distrait. C'était un excellent critique, et dans d'autres circonstances , il eût été, comme écrivain, l'un des meilleurs modèles.

Ce n'étaient pas ses discours brillans d'éloquence et de traits originaux, sa conception prompte, sa logique serrée et démonstrative qui étaient enfin devenus l'objet d'une admiration respectueuse ; c'étaient la profondeur et la justesse de ses vues, son habileté à trouver des ressources, et à faire sortir des nouvelles circonstances, de nouvelles combinaisons. Il avait constamment blâmé la manière dont le ministère avait conduit la guerre sur le continent; et les événemens ayant vérifié ses prédictions, son crédit s'en était fort accru. Sa rentrée dans la chambre des communes , dont il s'était éloigné pour laisser le champ libre, disait-il, aux puissans adversaires de la raison et de la vérité, fut une espèce de triomphe pour son parti, mais ne put ébranler celui de M. Pitt, alors même que celui-ci était contraint d'abandonner les affaires.

Comme il arrive trop souvent à la minorité dans les assemblées représentatives, M. Fox et ses amis furent quelquefois entraînés au-delà des bornas que sans doute ils n'auraient point voulu dépasser : ils repoussèrent comme des violations de la liberté, les mesures les plus nécessaires pour réprimer la licence. Leur empressement à provoquer le rétablissement des relations politiques avec la France , à traiter avec la République, affaiblissait trop souvent à leurs propres yeux, la juste horreur des crimes qui l'avaient souillée, et le parti opposé ne manquait pas d'en tirer avantage. Cependant malgré l'odieux et la dé

faveur que déversait le ministère sur ceux qu'il appelait les amis de la France ; les apologistes de la révolution, le besoin de la paix avait beaucoup grossi le nombre des partisans de M. Fox : on le considérait avec raison , à cause de ses opinions , et de la droiture de son caractère , comme l'homme d'état le plus propre à négocier avec le premier Consul. Son ardent patriotisme , son dévouement à son pays, ne permettaient pas de craindre qu'il consentit jamais à des conditions inégales , et nul autre n'était, par sa position et par ses talens , plus capable d'en stipuler de plus avantageuses pour l'Angleterre, et de fonder une paix solide.

M. Pitt avait été destiné dès l'enfance par son père, le premier comte de Chatam , comme M. Fox l'avait été par le sien lord Holland , à la carrière parlementaire. Ces vieux rivaux avaient l'un et l'autre de bonne heure inspiré à leurs enfans , avec leurs sentimens et leurs opinions, le désir de s'illustrer par de semblables succès et par une semblable rivalité : ils avaient cultivé leurs talens naturels par de fortes études ; ils les avaient formés dans l'art de raisonner, et les avaient exercés dans celui de parler en public. Par une coïncidence non moins remarquable , les fils aînés de ces deux illustres personnages, quoique n'étant point dépourvus d'esprit et de moyens , n’annonçaient aucune aptitude aux

affaires : ils étaient inactifs et insoucians, tandis que leurs plus jeunes frères, William Pitt et Charles Fox étaient au contraire pleins d'ardeur et d'émulation.

Après avoir suivi le cours de son éducation d'abord sous les yeux de son père , et ensuite au collége d'Eton et de Cambridge, M. Pitt s'appliqua à l'étude des lois. Dès son début, il se distingua au barreau comme il l'avait fait parmi ses condisciples qui, sans le jalouser, applaudissaient unanimement à ses succès. Ce fut même un bonheur pour la plupart d'entre eux ; car le souvenir des premiers triomphes de l'école de Cambridge, et de la justice que lui avaient rendue ses camarades, fut toujours présent à la mémoire du premier ministre. C'est un trait honorable du caractère de M. Pitt : il rechercha toujours ses compagnons d'étude , ses premiers amis, et en éleva un grand nombre à des postes éminens. Peu de temps après son' brillant début au barreau, il fut envoyé au parlement par l'université de Cambridge , et son premier discours confirma l'opinion qu'on avait conçue de ses talens précoces , et qui pouvait paraître exagérée.

Lorsque après la mort du marquis de Rockingham lord Shelburne le remplaça comme premier lord de la trésorerie et forma un nouveau ministère, le jeune William Pitt, à peine âgé de vingt-cinq ans,

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