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-reau marcherait. Moreau avait acquis cette ré putation depuis sa conduite en fructidor.

Le bruit se répandit bientôt dans toute la capitale, que Napoléon était aux Tuileries, et que ce n'était qu'à lui seul qu'il fallait obéir. Le peuple y courut en foule: les uns, .mus par la simple curiosité de voir un général si renommé, les autres, par élan patriotique et par zèle, pour lui offrir leur assistance. La proclamation suivante fut affichée partout.

„Citoyens, le conseil des anciens, dépositaire de la sagesse nationale, vient de rendre un dé„cret; il y est autorisé par les articles 102 et ,,103 de l'acte constitutionnel: 'il me charge de „prendre des mesures pour la sûteté de la re

présentation nationale. Sa translation est néces-„saire et ne sera que momentanée; le corps lé„gislatif se trouvera à même de tirer la républi, „que du danger imminent où la désorganisation ,,de toutes les parties de l'administration nous conduit. Il a besoin, dans cette circonstance essentielle, de l'union et de la confiance. Ralliez-vous autour de lui: c'est le seul moyen d'asseoir le république sur les bases de la liberté civile, du bonheur intérieur, de la via ytoire, et de la paix.“

Il dit aux soldats : in Soldats, le décret extraordinaire du conseil ;;des anciens, est conforme aux articles 102 et

103 de l'acte constitutionnel. Il m'a remis le ,,commandement de la ville et de l'armée. Je „l'ai accepté pour seconder les mesures qu'il va

prendre et qui sont toutes entières en faveur „du peuple. La république est mal gouvernée

de

depuis deux ans, vous avez espéré que mon reis „tour mettrait terme à tant de maus. Vous l'a,,vez célébré avec une union qui m'impose des „obligations que je remplis; vous remplirez les „vôtres, et vous seconderez votre général avec,

l'énergie, la fermeté et la confiance que j'ai „toujours eues en vous. La liberté, la victoire „et la paix, replaceront la république française „au rang qu'elle occupait en Europe, et que

lineptie et la trahison ont pu seules lui faire „perdre.“

En ce moment, Napoléon envoya un aidede-camp à la garde du directoire, pour lui communiquer le décret, et lui prescrire de ne rece. voir d'ordre que de lui. La garde sonna à cheral; le chef consulta ses soldats, ils répondirent par des cris de joie. A l'instant même venait d'arriver un ordre du directoire, contraire à ce lui de Napoléon; mais les soldats n'obéissant, qu'au sien, se mirent en marche pour le joindre. Siéyes et Roger-Ducos s'étaient déja rendus dès le matin aux Tuileries. On dit que Barras, en voyant Siéyes monter à cheval, se moqua de la gaucherie du nouvel écuyer. Il était loin de se douter où ils allaient. Peu après instruit du décret, il se réunit avec Gohier et Moulins; ils apprirent alors que toutes les troupes environnaient Napoléon; ils virent même leur garde les abandonner. Dès lors Moulins se rendit aux Tuileries, et donna sa démission, comme l'ayaient déja fait Sieyes et Roger - Ducos. Boutot, secrétaire de Barras, se rendit près de Napoléon, qui lui tém moigna toute son indignation sur les dilapida

C. Tome 1. .

tions qui avaient perdu la république, et insista pour que Barras donnât sa démission. Talleyrand für chez ce directeur, et la rapporta. Barras se rendit à Gros-Bois, accompagné d'une garde d'honneur de dragons. Dès ce moment, le directoire se trouva dissous, et Napoléon seul chargé du pouvoir exécutif de la république.

Cependant le conseil des cinq-cents s'était assemblé sous la présidence de Lucien. La constitution était précise, le décret du conseil des anciens était dans ses attributions: il n'y avait rien à objecter. Les membres du conseil, en traversant les rues de Paris et les Tuileries, avaient appris les événements qui se passaient; ils avaient été témoins de l'enthousiasme public. Ils étaient dans l'étonnement et la stupeur de tout le mouvement qu'ils voyaient. Ils se conformèrent à la nécessité, et ajournèrent la séance pour le lendemain 19, à Saint-Cloud.

BERNADOTTE. - Bernadotte avait épousé la belleseur de Joseph Bonaparte. Il avait été deux mois au ministère de la guerre, et ensuite renvoyé par Siéyes: il n'y faisait que des sottises. C'était un des plus chauds membres de la société du manège. Ses opinions politiques étaient alors fort exaltées et réprouvées par tous les gens de bien. Joseph l'avait mené le matin chez Napoléon, mais, lorsqu'il vit ce dont il s'agissait, il s'esquiva, et alla instruire ses amis du manège de ce qui se passait. Jourdan et Augereau vinrent trouver Napoléon aux Tuileries, lorsqu'il passait la revue des troupes: il leur conseilla de ne pas retourner à Saint-Cloud à la séance du lendemain, de rester tranquilles, de ne pas com

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promettre les services qu'ils avaient rendus à la patrie; car aucun effort ne pouvait s'opposer au mouvement 'qui était commencé. Augereau l'as sura de son devouement et du desir qu'il ayait de marcher sous ses ordres. Hajouta même: Eh quoi! général, est-ce que vous ne comptez pas toujours sur votre petit Augerean?

Cambaceres, ministre de la justice; Fouché, ministre de la police, et tous les autres ministres furent aux Tuileries, et reconnurent la nouvelle autorité. Fouché fit de grandes protestan 'tions d'attachement et de dévouement; extrêmement opposé à Siéyes, il n'avait pas été dans le secret de la journée. Il avait ordonné de fermer les barrières, d'arrêter le départ des courriers et des diligences: Eh, bon dieu! lui dit le général, pourquoi toutes ces précautions ? nous marchons avec la nation et par sa seule force; qu'aucun citoyen ne soit inquiété, et que le triomphe de l'opinion n'ait rien de commun avec ces journées faites par une minorité factieuse.

Les membres de la majorité des cinq-ceuts, de la minorité des anciens, et les coryphées du manège, passèrent toute la journée et la nuit en conciliabules. .

A sept heures du soir, Napoléon tint un.conseil aus Tuileries. Siéyes proposait d'arrêter les quarante principaux meneurs opposants. Cet avis était sage; mais Napoléon croyait avoir trop de force, pour employer tant de prudence. „J'ai „juré ce matin, dit-il, de protéger la représen,,tation nationale; je ne veux point ce soir vio-' . yler mon serment: je ne crains pas de si fai

bles ennemis.“. Tout le monde se rangea au conseil de Siéyes; mais rien ne put vaincre cette délicatesse du général.' On verra bientôt qu'il eut tort. .

C'est dans cette réunion que l'on convint de l'établissement de trois consuls provisoires, qui seraient Sieyes, Roger-Ducos et Napoléon; de l'ajournement des conseils à trois mois. Les meneurs des deux conseils s'entendirent sur la manière dont ils devaient se conduire dans la séance de Saint-Cloud. Lucien, Boulay, Émile Godin, Chazal, Cabanis, étaient les méneurs du conseil des cinq-cents; Régnier, Lemercier, Cornudet, Fargues, l’étaient des anciens.

· Lé général Murat, ainsi qu'on l'a dit, commandait la force publique à Saint-Cloud; Ponsard commandait le bataillon de la garde du corps-législatif; le général Serrurier avait sous ves ordres une réserve, placée au Point-du-Jour.

On travaillait avec activité pour préparer les salles du palais de Saint-Cloud. L'orangerie fut destinée au conseil des cinq-cents; et la galerie de Mars, à celui des anciens: les appartements, devenus depuis le salon des princes et le cabinet de l'empereur, furent préparés pour Napoléon et son état-major. Les inspecteurs de la salle occupèrent les appartements de l'impéra- . trice. Il était deux heures après-midi, et le local destiné au conseil des cinq-cents n'était pas encore prêt. Ce retard de quelques heures de vint funeste. Les députés, arrivés depuis midi, se formerent en groppes dans le jardin : les es priis s'échaufférent; ils se sondèrent réciproquement, se communiquerent réciproquement, et or

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