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DES ÉDITEURS.

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Le Logographe ou Moniteur secret n'est autre chose qu'une suite de notions, de conjectures et de morceaux improvisés sur la nature des événemens du règne de Buonaparte, et sur le caractère de ce tyran. Ils ont été composés et publiés à mesure que l'on recevait , à Londres, les nouvelles de Paris, soit par les voyageurs, soit par le moyen des correspondances particulières. Ces nouvelles n'avaient, en général , rien d'officiel : elles étaient aussi souvent l'expression de l'opinion générale, et le résultat des bruits populaires, que de pièces authentiques et de matériaux recueillis pour l'histoire. Les fragmens que nous publions, tantôt badins, tantôt sérieux, fondés quelquefois sur la fiction, et plus souvent sur la vérité, n'en sont pas moins recommandables sous le rapport de l'esprit et de la morale. Ils sont vrais, de la vérité exigée par toutes les poétiques, c'est-à-dire qu'ils conservent fidèlement le costume, les moeurs et les caractères ; et lorsque l'auteur n'a pas exprimé des réalités, quant aụx faits, il a, du moins, peint avec une exactitude relative, et d'après les données de sa mémoire et de sa conscience, les événemens, les scènes et les personnages.

Ce plan, qui n'oppose aux saillies de l'imagina

nes

tion ni les entraves d'un cadre , ni la gène des règles, explique toutes les libertés, et, si l'on veut, même les licences de l'Ouvrage. Au reste, ce sont des allégories déjà publiques, dont quelques-unes ont été imprimées dans les journaux de toute l'Europe, et traduites en plusieurs langues. Le succès en a été prodigieux, et on n'aura pas de peine à le croire, en songeant qu'elles avaient pour objet la cause de toutes les inquiétudes et le point de toutes les curiosités. On s'arrachait les numéros des journaux qui renfermaient ceux du Logographe; ils étaient le sujet de mille conjectures, de mille observations. Chacun, suivant sa façon de voir et de sentir, y voyait des vérités ou des fables. Quelques articles ont fait assez d'illusion pour qu'on les ait reproduits comme certains; on a été jusqu'à donner plusieurs de ces fragmens comme des instructions positives en diplomatie, et comme portant le cachet d'une authenticité incontestable, sinon dans les faits, du moins dans les caractères et dans l'ordre des probabilités.

LAmbigu de M. Peltier était le dépôt accoutumé des numéros du Logographe; mais il n'en existe point de collection, et il serait aussi difficile de se procurer le rccueil volumineux de l'Ambigu que d'en séparer cette partie distincte , qui porte un caractère tout particulier, puisqu'elle est entièrement et essentiellement dirigée contre le gouver. nement de Buonaparte, les institutions et les actes émanés de son cabinet ou de ses comités.

eurs

Quoique nous ne recherchions point le succès du scandale , nous ne nous sommes point crus obligés à supprimer certains noms, ni de leur sacrifier le piquant des scènes où ils figurent : le ridicule est une vengeance innocente et tout-à-fait dans les mours françaises; d'ailleurs la justice a aussi ses droits, et la France et l'Europe en disent bien plus que notre auteur.

Nous regrettons d'avoir été forcés de laisser subsister les initiales d'un nom que les talens et le rang de celui qui le porte rendent plus respectable; mais il se rappellera que dans le pays où écrivait l'auteur, les ministres et les plus puissans seigneurs sont en butte à ces sortes de caricatures, et il aura le bon esprit d'en rire et de les braver comme eux.

Nous croyons fermement que si un ex-minissro dont le nom est conservé tout au long, reprend jamais le pouvoir dont il a joui, l'auteur pourra lui présenter avec confiance la lettre qu'il a supposée écrite par lui. Il y a peu d'honnêtes gens qui crussent devoir la désavouer.

S'il y a d'autres noms appartenant à des individus qui, accoutumés à n'être traités par tout ce qui les entoure qu'avec la plus grande circonspection et beaucoup de déférenee, s'étonnent de se voir traduits, sans aucun ménagement, sur le théâtre ou sur la sellette , quelquefois affublés d'un masque bizarre ou d'un accoutrement ridicule, nous leur dirons que ces portraits de fantaisie, ces caricatures, comiques ou tragiques, sont un fruit du pays qui iv les vit éclorre, et qu'il est convenu de rabattre de cés exagérations tout ce qui passe la mesure et la proportion ordinaire.

Après avoir éloigné de nous le reproche de ces honteuses spéculations de médisance trop communes dans les révolutions, il nous reste à excuser plusieurs passages que la délicatesse française peut réprouver; mais l'Ouvrage que nous offrons au Public est presque étranger: nous lui avons laissé sa physionomie native, et, s'il est permis de le dire, son goût de terroir. Le peuple anglais aime les couleurs fortes et les traits un peu chargés; on connaît, par des ouvrages très-estinés, le penchant qu'ont eu de tout temps les meilleurs écrivains de ce pays pour la morale libre, la satire austère et mordante, la leçon hardie tracée par une imagination originale et variée.

Enfin, tout ce qui paraîtrait d'une causticité trop vive, on le pardonnera à un homme qui s'exerçait sur des sujets si propres à échauffer la bile, et dans un temps où les prospérités du crime semblaient accuser la Providence même. Il faut considérer ce recueil comme le monument des justes haines et des ressentimens universels amassés de tous les points du globe, contre une tyrannie sans égale , et une bassesse sans exemple.

LE MONITEUR

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