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MONITEUR

SECRET.

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N.° I.er

Une nuit d'Assuérus.

BUONAPARTE avait une insomnie (les tyrans ne dorment guère ); il imagina de mander l'historiographe Réal. « Réal, » lui dit-il, « vous ne m'avez jamais lu ce qu'en votre qualité d'historiographe de la défunte République française, vous avez dû con. signer dans votre histoire sur mon origine, les progrès de mon élévation et ce qui en fut la cause principale. Je ne dors pas cette nuit; je ne dormirai plus jusqu'au moment ou Rovigo viendra m'apporter le rapport du jour et de la nuit. Je suis curieux de voir ce que vous avez écrit sur les époques diverses de mon obscurité et de ma gloire. »

Réal rougit, balbutie:—«Sire,» répondit-il,« je n'ai que quelques fragmens; je n'ai rien de complet, de soigné. Vous avez lassé la plume de l'histoire; il y a long-temps que je l'ai posée par découragement.

- Ce sont là des fadaises, Réal ; vous avez dû écrire. Je vous ordonne....

— Sire, j'avoue que j'ai écrit; mais nies sentimens étaient, à cette époque, si différens de ce qu'ils sont aujourd'hui , que la manière dont je les ai exprimés paraîtrait un libelle contre votre auguste personne.

- Je m'en doutais, conseiller Réal; oui, je soupçonnais que les notes que vous vouliez léguer à la postérité seraient un peu opposées au langage que vous avez tenu sur moi depuis que je vous ai appelé dans mes conseils. Monsieur l'historiographe , où sont vos notes incomplètes ?

– Sire , je vous répète que ce sont des fragmens oubliés, qui depuis long-temps auraient dû être détruits, sans les occupations...

Où sont vos notes, vous dis - je, vos frag

mens?

- Sire, je les ai confiés à un ami.

- Ah! ah! un dépôt ! et cela aurait vu le jour après ma mort! et vous vous apprêtiez froidement à calomnier ma mémoire ! Qui est cet ami ? où estil? Qu'on l'arrête , qu'on l'amène ici, qu'on le fouille, qu'on l'interroge.

-Sire, c'est Baptiste l'aîné.
- Qui est cet homme? je ne le connais pas.
- Il est acteur du Théâtre- Français.

– Et qu'avez-vous à faire avec ces gredins? Quoi! ce sont là vos confidens, vos dépositaires ! des acteurs! des histrions!...

- Sire, j'étais lié avec lui avant la révolution; il me rendit service à mon arrivée à Paris ; il me fit employer chez un procureur de ses aniis, et depuis ce temps, la reconnaissance....

- Il est bien question de reconnaissance dans les temps où nous vivons. Holà! qu'on m'envoie ligent supérieur de la police qui est de garde au palais. »

Veyrat se présente; Napoléon lui donne l'ordre d'aller sur-le-champ chez le comédien Baptiste, et de le sommer, de la part de l'Empereur, de lui remettre tous les papiers, notes, etc., qui lui ont été confiés par le comte Réal; il dit ensuite à ce dernier de se retirer jusqu'à ce qu'il le fasse appeler.

Monologue.

Quelle destinée est la nienne ! Environné d'indifférens qui attendent ma chute, de traîtres qui la préparent , d'ambitieux qui la désirent, de méchans qui s'apprêtent à ne calomnier après ma inort, je n'ai encore inspiré d'autre sentiment que celui de l'effroi : personne ne n'aime; il est vrai que je n'aime personne. Mais me convient-il, à moi, d'aimer? et toute prédilection ne deviendrait. elle pas funeste à mon pouvoir? J'ai cru qu'en donnant des places à ces enragés, à ces révolutionnaires, je les attacherais à moi; mais les scélérats nie flattent en public, et me déchirent en secret. Ils ont conservé leurs principes, tout en recevant le salaire de leur apostasie apparente; ils me haissent comme despote, tout en jouissant des honneurs attachés à leurs places. J'ai cru détruire les partis, et je n'ai fait que les assoupir; ils sont là, prêts à se réveiller si je m'oublie un seul instant, si je cesse de faire peser sur eux les terreurs du supplice. Je suis seul, oui seul, personne ne tient à moi à cause de moi : tous ces gens-là ne voient que ce qu'ils peuvent obtenir de ma faveur, ce qu'ils peuvent gagner par leurs importunités, leurs bassesses, leurs flagorneries. Ces misérables! ils m'accuseraient comme ils ont accusé Rubespierre , ils m'assassineraient comme ils l'ont assassiné, ils me maudiraient comme ils l'ont maudit, si jamais je succombais dans un

mouvement populaire, ou sous les coups d'un assassin. Et cependant je ne puis'me défaire d’eux encore : leur activité convient à ma petulance, leur violence sert mes passions, leur froide indifférence au milieu des détresses que je cause, des ruines et des cadavres que j'entasse, en fait pour moi des agens indispensables..... Oh! que je hais les Français! cette nation est mendiante et ingrate, sombre et légère, belliquense et lâche, souple et inquiète; elle déteste ceux qu'elle est obligée de flatter, elle méprise ceux qui la forcent d'obéir; frondeuse tout en se soumettant, et fière tout en paraissant esclave. Oh! que je hais cette nation! »

Ici Veyrat se fait annoncer. « Voyons ces papiers, lui dit brusquement Napoléon; et Baptiste, où est-il ?

- Sire, il est gardé à vue.

- Bien ; qu'on appelle Réal. Veyrat, retirezvous. »

Réal entre avec assez d'assurance. Buonaparte, qui semble plus calme, lui dit : « Eh bien! comte Réal, me lirez-vous ce qu'un jour dira sur moi l'impartiale histoire? »

Réal prend le manuscrit et lit ce qui suit :« Ce fut au siége de cette ville rebelle (Toulon) qu’apparut comme le dieu de la guerre, l'homme qui plus tard devait résoudre le problème de la révolution française. » (J'aime cette image du diere de la guerre; mais, comte Réal, ce mot l'homme est peu respectueux, écrivez : le héros. ; « Jeune encore, et n'ayant que le grade de lieutenant d’artillerie, il fut distingué de Barras, non seulement à cause de son activité, de ses talens et de son sing-froid , mais encore à cause de l'extase avec Jaquelle il voyait brûler les maisons de cette cité révoltée, et couler le sang de ses coupables habitans. (Qui vous a dit cela , Réal? avez-vous pris cette rapsodie? Quoi ! des extases en voyant brúler des maisons et couler le sang! Savez-vous que vous surpassez ici les plus effrénés libellistes d'Angleterre.) «Sire, dit Réal, cette phrase appartient aux circonstances,, elle a la couleur des temps auxquels elle se rapporte, » ( Continuez.) « La part que ce jeune militaire... (Ecrivez ce grand homme) avait prise à un événeinent qui rendait à la république un de ses plus beaux ports et son plus bel arsenal maritime... (Mon arsenal d'Anvers n'existait pas encore ) lui valut bientôt le grade de général de brigade; mais, emporté par cette ferveur révolutionnaire... (Ecrivez : l'enthousiasme du génie.) qui caractérisait alors les âmes fortes et les grands caractères, Buonaparte... ( Qui vous & dit, comte Réal, que je m'appelais alors Buonaparte? Je m'appelle Bonaparte, moi ; du moins il me convient de franciser ainsi mon nom, afin qu'on ne se souvienne pas que je suis Corse.) Bonaparte mérita d’être frappé par cette réaction thermidorienne, qui, tout en déplaçant beaucoup d'hommes sanguinaires, priva cependant la république de talens utiles ; il fut destitué par le conventionnel Beffroi. (Qu'est ce coquin?) -- Sire, il est, je crois, administrateur de l'hôpital de SaintDenis. - Je le destitue ; que demain on l'arréte, et qu'après-demain il ne soit plus question de lui. - Sire, V. M. sera obéie.) Privé de son emploi, ce jeune militaire, (Ecrivez : ce héros précoce ) se trouvant dans un dénuenient voisin de la misére, (Qui vous a dit ça? effacez-moi ça!) ce héros précoce se rendit à Paris, où il slut à l'humanité du comédien Baptiste un asile, un lit, et du pain. ( Qui ťa diť cela , vil historien , affreux propagateur du mensonge? ) - Sire, la voix publique, con

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