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» Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa nais» sance, la république l'arbitre de l'Europe , veut » qu'elle le soit des mers et des nations les plus >> lointaines. »

L'armée ignoroit encore les lieux où elle devoit porter ses armes, c'est-à-dire, qu'elle n'en étoit point instruite officiellement ; mais tout faisoit présumer qu'elle alloit en Egypte.

Quel vaste champ ouvert à nos esprits agités , impatients! Des spéculateurs dévoroient l'avenir pour grossir leur fortune ; quelques-uns d'entre eux sont morts de douleur et de chagrin ; d'autres, dont le moral a résisté aux dégoûts , aux privations, se sont estimés heureux de revenir sains "et saufs. Chacun fondoit les plus brillantes espérances sur cette expédition importante , et le général en chef laissoit échapper souvent de ces paroles également flatteuses pour l'ambition de la gloire et pour l'amour des richesses. Nos guerriers avoient.déjà contracté, en Italie, l'habitude de s'enriehir aux dépens du pays conquis ; l'Egypte leur offroit une mine d'autant plus abondante à exploiter que cette province étoit encore vierge. Quant aux regrets de quitter la France, enthousiasmés, étourdis par le tumulte qui accompagne ordinairement le départ d'une armée , à table , en riant, nous parlions des dangers , des privations qui nous attendoient : les dangers préseutoLent un moyen d'acquérir de l'avancement; les privations! Bous n'aurions point de vin , mais nous en buvions alors; peut-être n'aurions-nous point de femmes, mais nous n'en manquions pas encore ; tout le monde ne revcrroit point son pays , mais chacun espérort qu'il seroit assez heureux pour embrasser sa famille. Nous étions entraînés, séduits par ce besoin de la gloire ou du changement, qui fait toujours chercher le mieux pour atteindre quelquefois le pire. Ainsi l'homme passe sa vie à desirer!

Cette flotte, superbement équipée , ces vaisseaux de transport qui couvroient la rade, exaltoient l'imagination ; quelques Français cependant, moins susceptibles d'émotion, se réjouissoient de ne point faire partie de l'expédition.

Dans les derniers jours de floréal , l'escadre légère sortit, et croisa devant l'entrée de la rade de Toulon.

Les troupes embarquées, la flotte et le convoi mirent à la voile le 3o ( 19 mai).

VAISSEAUX DE L'EXPÉDITION.

L'Orient, à trois ponts, beau vaisseau , monté par l'amiral Braies.

Le Francklin, à deux ponts, beau vaisseau, chef de la deuxième escadre; contre-amiral Blanquet.

Le Guillaume-Tell, beau vaisseau , chef de la troisième escadre; contre-amiral Villeneuve*

Le Peuple-Souverain, vieux vaisseau arqué.
Le Guerrier.

Le Conquérant, vieux vaisseau.
Le Timolèon.

Le Spartiate, beau vaisseau.
L'Aquilon.

Le Tonnant, beau vaisseau.
L'Heureux (1), mauvais vaisseau.

POUR LE CONVOI.

Le Dubois, vaisseau vénitien.

FOUR L'HOPITAL.

Le Causse.

PRINCIPALES FRÉGATES.

La Diane.
La Junon.
La Justice.
La Courageuse.
La Sérieuse.

La Sensible, armée en flûte.

(1) M. Denon, dans son ouvrage, au récit du combat d'Aboukir, parle d'un vaisseau VHercule qui sauta en l'air. Nous n'avions point de vaisseau de ce nom dans la flotte , et c'est sûrement une erreur. Ce ne peut être que l'Heureux qu'on avoit surnommé la Charrette dans l'armée, parce qu'il étoit mauvais voilier.

Des Bricks, des Mouches et des Chaloupes canonnières. L'état-major étoit à bord de l'Orient. Les vaisseaux étoient encombrés jusque dans les haubans, où l'on voyoit les roues des canons embarqués, et les troupes étoient réparties sur les bâtimens de transport et sur les vaisseaux de ligne. Au départ de l'amiral, sa femme vint à son bord pour lui faire ses adieux; elle resta jusqu'au moment où on leva l'ancre ; elle versoit des larmes; l'amiral prit son fils, et l'embrassant tendrement, le rendit à son épouse, en lui disant : « Adieu, mon fils,

» c'est peut-être la dernière fois que je te presse » contre mon cœur. » Tristes adieux! pressentimens

funestes qui se sont réalisés ! Le vent étoit frais au moment où l'armée mit à

la voile. L'Orient ne putabattre assez promptement;

se dirigeant, malgré lui, sur la montagne de la croix des signaux, il fut sur le point de s'échouer, et très-long-temps a se mettre en route.

Le 8 prairial (28 mai), le calme nous tint pendant deux jours à dix lieues au large du détroit de Bonifaccio. Le convoi de Corse nous rallia. Les troupes de ce convoi étoient commandées par le général Vaubois. On attendoit celui de Civita-Vecchia aux ordres de Desaix.

Que notre marche étoit majestueuse! quel magnifique coup d'œil !

La musique militaire se faisoit entendre sur difFérens bords, et produisoit un effet que je ne saurois exprimer.

Le plus beau temps favorisoit notre route; l'armée se tenoit, suivant les circonstances , au vent, ou sous le vent du convoi. Les changemens de position , les avis des bâtimens en decouverte nécessitoient quantité de signaux, qui devenoient les nouvelles de l'armée ; ils étoientpour nous une sorte de spectacle et de sujets à conjectures.

Nous reconnûmes, la Sicile, l'île de Pantalaria, et nous entrâmes dans le canal de Malte.

Un brick anglais , capturé par un de nos aviso , nous parla d'une escadre anglaise envoyée à notre poursuite. C'étoit celle de Nelson.

Le 21 prairial ( 9 juin), nous arrivâmes , à la pointe du jour, en vue de l'île de Gozo. Le convoi de Civita -Yecchia y étoit arrivé depuis le 18.

Le même jour, Bonaparte envoya un de ses aidesde-camp demander au grand-maître de Malte, la faculté de faire de l'eau dans diflérens mouillages de l'île. Sa réponse fut regardée comme un refus absolu , puisqu'il ne consentoit à laisser entrer que quatre bâtimens de transport à la fois. Le consul de France, M. Caruson, reçut aussitôt l'ordre de déclarer que le général en chef étoit décidé à se procurer de force, ce qu'on auroit dû lui accorder d'a

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