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malheureuse journée, nous glacèrent le cœur. L'avenir nous parut affreux. Comment finiroit cette expédition , et quels secours pouvions-nous attendre désormais de notre marine ? Vivre en Egypte , sans nouvelles de France , séparés de tout ce qui nous intéressoit dans là vie !Parens , amis , maîtresse , tout étoit perdu pour nous; exilés à 5oo lieues de notre patrie , nous allions traîner notre triste existence au milieu d'un peuple dont les mœurs différoient tant des nôtres, toujours en état de guerre , et ne voyant plus d'événemens heureux qui^ pussent jamais nous ramener sur les bords chéris de la France. Voilà quelles furent les cruelles réflexions qui nous accablèrent et qui augmentèrent les ravages de cette funeste maladie du pays , le dégoût. Tant que la flotte assuroit la communication, l'espoir soutenoit le courage ;.. mais au combat d'Aboukir, les anglais sembloient avoir posé une barrière insurmontable entre la patrie et nous. Les esprits foibles ne virent plus dans l'Egypte que le vaste tombeau qui nous renfermeroit tous.

Avant de rapporter ici les circonstances intéressantes du combat naval d'Aboukir, je crois devoir communiquer au lecteur quelques passages d'une lettre de Bonaparte au directoire. Elle est datée du. a fructidor (20 août.)

« Le 18 messidor (6 juillet) , j'écrivis à l'amiral

» d'entrer, sous les 24 heures, dans le port d'A» lexandrie, et, si son escadre ne pouvoit pas y » entrer, de décharger promptement toute l'ar» tillerie et tous les effets de l'armée, et de se rendre » à Corfou. - - - » L'amiral ne crut pas pouvoir achever le dé» barquement dans la position où il étoit..... Il alla » mouiller à Aboukir, qui offroit un bon mouil' >> lage.... »Je suisparti d'Alexandrie danslaferme croyance » que, sous trois jours, l'escadre seroit entrée dans » le port d'Alexandrie, ou auroit appareillé pour » Corfou. Depuis le 18 messidor (6 juillet) jus» qu'au 6 thermidor (24 juillet), je n'ai reçu au» cune nouvelle, ni de Rosette, ni d'Alexandrie, » ni de l'escadre. Une nuée d'Arabes , accourus de » tous les points du désert, étoit constamment à » cinq cents toises du camp....... Je reçus plusieurs » lettres de l'amiral où je vis avec étonnement qu'il » se trouvoit encore à Aboukir, Je lui écrivis sur» le-champ pour lui faire sentir qu'il ne devoit pas » perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à se » rendre à Corfou. - » L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 ther» midor (2o juillet), que plusieurs vaisseaux an» glais étoient venus le reconnoître, et qu'il se for» tifioit pour attendre l'ennemi, embossé à Abou» kir. Cette étrange résolution me remplit des plus » vives alarmes; mais déjà il n'étoit plus temps, car » la lettre de l'amiral ne m'arriva que le 12 (3o » juillet). Je lui expédiai mon aide-de-camp Julien, » avec ordre de ne pas partir d'Aboukir qu'il n'eût » vu l'escadre à la voile. Parti le 12, il n'auroit . » jamais pu arriver à temps ; cet aide-de-camp a été » tué en chemin par un parti *rabe qui a arrêté sa » barque sur le Nil, et l'a égorgé avec son escorte. » Le 8 thermidor (26 juillet), l'amiral m'écri» vit que les Anglais s'étoient éloignés; ce qu'il » attribuoit au défaut de vivres. Le 11 , il m'écri» voit qu'il venoit enfin d'apprendre la victoire » des Pyramides......, et que l'on avoit trouvé une » passe pour entrer dans le port d'Alexandrie; je » reçus cette lettre le 18 (5 août). » Le 14 au soir, les Anglais l'attaquèrent; ils » m'expédia , au moment où il aperçut l'escadre » anglaise, un officier pour me faire part de ses dis» positions et de ses projets : cet officier a péri en » TOute. » Il me paroît que l'amiral Bruies n'a pas voulu » se rendre à Corfou, avant qu'il eût été certain » de ne pouvoir entrer dans le port d'Alexandrie, et » que l'armée, dont il n'avoit pas de nouvelles depuis » long-temps, fût dans une position à n'avoir pas » besoin de retraite, Si dans ces funestes événemens » il a fait des fautes, il les a expiées par une mort » glorieuse. • • -

» Les destins ont voulu dans cette circonstance, » comme dans tant d'autres, prouver que, s'ils » nous accordent une grande prépondérance sur le » continent, ils ont donné l'empire des mers à nos » rivaux. Mais ce revers ne peut être attribué à » l'inconstance de notre fortune ; elle ne nous aban» donne pas encore : loin de-là, elle nous a servis » dans cette opération, au-delà de tout ce qu'elle a » jamais fait......... Je me souviens qu'à l'instant où » les préparatifs du débarquement se faisoient (de» vant Alexandrie), on signala dans l'éloignement, » au vent, une voile de guerre : c'étoit la Justice. » Je m'écriai : Fortune ! m'abandonneras - tu ? » Quoi! seulement cinq jours!....... Dans ces cinq » jours l'escadre devoit se trouver à l'abri des forces » des Anglais, quel que fût leur nombre.... Ce n'est » que lorsque la fortune voit que toutes ses faveurs » sont inutiles, qu'elle abandonne notre flotte à son » destin. »

Je vais actuellement m ,ire sous les yeux du lecteur, le tableau remarquable et comparé de la marche des deux escadres, et l'on verra qu'effectivement la fortune nous avoit assez bien servis, puisque les deux armées navales, plusieurs fois très-près l'une de l'autre, ne se sont point rencontrées.

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L'amiral Saint - Vincent bloquoit le port de Cadix avec 25 vaisseaux de ligne , engiron, et ne supposoit aux Français, d'autre projet que de le forcer à s'éloigner de la côte pour exécuter leur réunion avec les Espagnols. Il ne détacha que le 2o floréal (9 mai), l'amiral Nelson, avec trois vaisseaux et quelques frégates, pour reconnoître Toulon. Nelson étoit pr sque en vue de la côte le 28 floréal ( 17 mai), lorsque

un coup de vent l'obligea

de la marche des

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Commandée par Bruies.

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d'aller relâcher en Sardaigne. . ,

1Velson remit en mer le 7 prairial ( 26 mai ) et établit sa croisière dans les parages de l'isle, en ralliant les vaisseaux qui devoient composer son escadre.

Dans les premiers jours de prairial, l'escadre doubla l'isle de Corse, et le 8 (27 mai), se trouva à 1o lieues par le travers de Bonifacio , entre ce goulet et la côte d'Italie. On voit ici que les deux es

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