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deux carrés, commandés par les généraux Belliard et Friant. L'armée de Mourad-Bey est bientôt obligée de céder non pas à la supériorité des forces , mais à la supériorité de ses mouvemens sagement calculés, inconnus aux Mamelouks. Les Beys poursuivis sans relâche , exténués de fatigue, ayant perdu presque tous leurs équipages, prennent la cruelle résolution de se jeter dans l'affreux pays de Bribe, au-dessus des Cataractes, à quatre grandes journées de Syène, où Desaix fit son entrée le i3 pluviose (1" février.)

En parcourant ainsi la Haute-Egypte, nos troupes rencontroient presque chaque jour une quantité de monumens antiques de la plus grande beauté. Desaix, accompagné de M. Denon, visitoit les restes magnifiques de Thèbeset du temple deTentira, chefsd'œuvre des connoissanecs humaines dans les temps les plus reculés. C'est sous les murs de Thèbes que la cavalerie du général Davoust eut un engagement très-vif avec celle des Mamelouks. Les Mamelouks eurent d'abord l'air de fuir , mais ayant fait tout d'un coup volte-face, ils fournirent une charge ex. trêmement vigoureuse. Ils montrèrent dans ce combat , comme à celui de Saléhieh, la supériorité constante qu'ils avoient sur notre cavalerie abandonnée à elle-même. J'en ai suffisamment, je crois, développe la raison dans le premier livre. Le colonel Lasalle, qui à Saléhieh eut l'adresse de ramasser s,on sabre au milieu de la mêlée, eut dans celle-ci le bonheur de se retirer sans être blessé, après avoir eu son sabre cassé à la monture.

Mourad-Bey ne pouvant subsister dans le misérable pays où il s'étoit réfugié, fit tous 6es efforts pour en sortir. Il vint attaquer le général Belliard, resté à Syene , tandis qu'il excitoit à une nouvelle insurrection les paysans toujours prêts à nous attaquer, lorsque nous faisions un mouvement pour descendre le Nil; mais Desaiî, instruit du rassemblement qui se préparoit du côté de Sioùt, avoit réuni toutes ses troupes, et le 12 ventose (2 mars) il passoit le Nil pour se porter sur Farchoute, et de là à Siout.

Il rencontra l'ennemi auprès de Souhâma, et le dispersa avec la même rapidité que dans les affaires précédentes. Cependant il s'apercevoit que tant qu'il ne l'empêcheroit pas de venir se jeter dans les pays habités, et qu'il ne l'obligerait point à rester dans les déserts ou à les franchir, il ne viendroit pas à bout de s'en défaire. Il résolut de changer le genre de guerre, et il adopta en conséquence les dispositions de colonnes mobiles et successives.

Le 10 germinal (3o mars) Desaix arriva à Kéné tjù il ravitailla les troupes du général Belliard qui avoient combattu à Cophtos , et pris d'assaut la maison fortifiée de Bénout. Le 11, il se remit en marche pour aller chercher l'ennemi et lui fermer les débouchés du désert. Il lui livra un combat à Eirambra, et revint le même jour à Kéné, d'où il

fit partir d'autres colonnes qui ne devoient point laisser de repos à l'ennemi. Ces attaques opiniâtres ehassoient bien les Mamelouks de tous les points où on les rencontroit, mais ne les obligeoient point à quitter le pays; il auroit fallu occuper toute l'Egypte supérieure, et ce n'est guères qu'avec trois mille hommes d'infanterie, douze ceuis chevaux et huit pièces d'artillerie, que Desaix maintenoit un territoire de plus de cent lieues en longueur.

L'expédition par mer pour s'emparer de Cosséir avoit manqué, comme on l'a vu plus haut; Desaix avoit ordre de la tenter par terre, et il attendoit un moment favorable pour cette opération importante. Le 10 prairial (29 mai) le général Belliard s'empara de ce port sur la mer Rouge, devant lequel les Anglais venoient de paroître. Ce nouveau succès terminaglorieuseinent la campagne de la Haute-Egypte; les affaires du nord vont bientôt obliger Desaix de se rapprocher du Caire.

Après avoir instruit très-succinctement le lecteur de ce qui s'est passé en Egypte pendant l'absence du général en chef, je reprends le fil des événemens à notre rentrée dans la capitale.

Bonaparte n'ignoroit pas les bruits qu'on avoit répandas sur le sort de l'armée qui revenoit de Syrie, et c'est sûrement pour chercher à détruire les impressions fâcheuses que des rapports exagéré* avoient pu faire , qu'il fit à son arrivée, publier, par le divan du Caire , la proclamation dont je vais extraire les passages les plus singuliers, et sur lesquels je ne me permettrai aucunes des réflexions qu'ils font naturellement naître.

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« Les conseils sont ordonnés par la loi

» Il est arrivé au Caire , la bien gardée, le chef » de l'armée française, le général Bonaparte, qui » aime la religion de Mahomet. Il s'est arrêté avec» ses soldats à Qoubbé (i), bien portant et sain , » remerciant Dieu des faveurs dont il le comble. Il » est entré au Caire, par la porte de la Victoire , » le vendredi i o du mois de mohharram de l'an » 1214 de l'hégire, avec une suite et une pompe des » plus grandes ça été une fête de voir les soldats

» bien portans Ce jour a été un très-grand jour;

» l'on n'en a jamais vu de pareil. Tous les habitans » du Caire sont sortis à sa rencontre ; ils ont vu et » reconnu que c'étoit bien le même général en chef » Bonaparte, en propre personne : ils se sont con» vaincus que tout ce qui avoit été dit sur son compte » étoit faux.L... Les habitans de l'Egypte supérieure » ont chassé les Mamelouks pour leur sûreté, celle » de leurs familles et de leurs enfans, parce que la

(ï) Caravan-Serai, presqu'à la portedu Caire , sur la route de Belbéis.

» punition des méchaus entraîne la perte des bons ,

» leurs voisins

» Nous vous informons que Djezzar (1) , pacha , » qui a été ainsi nommé à cause de ses grandes » cruautés, ne faisant aucun choix de ses victimes, » avoit rassemblé un grand nombre de mauvais su» jets...., voulant venir s'emparer du Caire et des » provinces de l'Egypte, et les encourageant par la

» promesse du pillage et du viol Le général en

» chef Bonaparte partit , battit les soldats de Djez

» zar Il prit le fort d'El-A'rich et tous les ap

» provisionnemens qui s'y trouvoieut.... 11 se porta » ensuite à Ghazah, battit ce qu'il y trouva des » troupes de Djezzar, qui fuirent devant lui comme » les oiseaux et les souris fuient devant le chat.:... » Etant ensuite arrivé à Ramléh, il s'empara encore » des approvisionnerons de Djezzar, et de deux » mille outres fort belles qui étoient là pour sa route » sur l'Egypte : mais Dieu ne l'a pas voulu. Il fut » ensuite sur Jaffa et en fit le siége pendant trois

» jours Les habitans égarés n'ayant pas voulu se

» soumettre et le reconnoître, ayant refusé sa pro» tection, il les livra, dans sa colère et par la lorce » qui le dirige, au pillage et à la mort; il en est » péri aux environs de cinq mille. 11 a détruit leurs

(1) Le Boucher.

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