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ï'entour. Chaque pierre que les dragons enlevoient de terre pour se faire un lieu de repos , découvroit des insectes rampans tt des scorpions: nous en fûmes tous piqués, mais nous étions déjà familiarisés avec cette piqûre , dont on nous avoit tant effrayés ; de l'huile posée sur la plaie en dissipoit l'inflammation au bout de quelques heures. Au-dessus de la cavalerie , le général Mural avoit fait élever sa tente. Quoique aux avant-postes, il se -couchoit dans des draps. Je lui disois un jour: « Si l'ennemi venoit nous surprendre , comment » feriez-vous, mon général ? » — « Hé bien , me » répondit-il, je monterois à cheval en chemise, on » me distingueroit mieux dans l'obscurité. »

Le 18 germinal (7 avril) l'ennemi fit une vigoureuse sortie ; on vit à la tête des colonnes des officiers anglais et des troupes tirées des vaisseaux au mouillage.

Pendant qu'on s'occupoit des travaux du siége , des lettres du commandant du fort de Saffet et du général Junot à Nazareth , confirmoieut les avis que les espions donnoient sur le rassemblement et les mouvemens des ennemis. Enfin on fut assuré que des troupes avoient passé le Jourdain aux deux ponts d'Iacoub et de Djesz-el-Makanié ; et qu'elles établissoient de forts magasins à Tabarié.

Le général Junot, dans une reconnoissanec sur Loubi, tomba dans un gros parti d'ennemis. Je ne rapporterai point ici les détails de cette belle retraite^ où le général Junot et le colonel Duvivier, commandant le 14e régiment de dragons, se conduisirent avec autant de valeur que de sang froid* Ce dernier surtout animoit ses dragons , en leur disant : « mes » amis, droit aux yeux » , et donnoit lui-même l'exemple, en pointant son sabre long sur la figure des cavaliers ennemis qui veuoient au pas planter leurs drapeaux dans nos rangs. Aussitôt que Bonaparte eut connoissance de cette affaire , il donna ordre à Kleber de partir avec sa division pour Nazareth, et trois jours après, au géne'ral Murat, de se rendre de nouveau au Jourdain , probabler ment pour arrêter les troupes qui venoient amas, ou pour couper la retraite à celles que Kleber alloit combattre et chasser. •

Le 24 germinal (i3 avril), nous quittâmes donc encore une fois le camp , et reprîmes le même chemin qui nous avoit d'abord conduits à Saffet. Nous couchâmes au même village la première nuit. Le corps commandé cette fois par le général Murat, étoit plus considérable ; il avoit près de mille hommes d'infanterie, une pièce légère et uue seule compagnie de dragons. Nous ne pumes faire avancer notre artillerie , et nous la laissâmes à moitié chemin; nous repassâmes au plateau , d'où on distinguoit Saffet; mais au lieu d'y monter en suivant le torrent , nous prîmes la droite, pour venir bivaquer à l'entrée de la plaine d'Iaconb : la nuit s'écoula tranquillement. Le général envoya un paysan au commandant du fort de Saffet , pour l'instruire de* mouvemens que nous devions faire à la pointe du jour , et lui ordonner de le seconder par une sortie. Les troupes arrivées de Damas avoient bloqué le fort et tenté de l'escalader. Le jeune Tedesco , que j'y avois laissé, avoit tu le malheur d'être tué par l'ennemi qu'il avoit été reconnoître : les quatre soldats qui étaient avec lui , eurent la tête tranehée ; nous les trouvâmes le lendemain devant latente du fils du pacha de Damas. Je cherchai en vain telle du jeune Italien, pour lui donner la sépulture , je ne pus la découvrir.

Le lendemain 26 , avant le lever du soleil, notre colonne déboucha dans la plaine d'Iacoub. Nous fumes pendant quelques instans sans rien apercevoir ; mais en approchant du pont, le général Murat avec sa longue vue , distingua plusieurs cavaliers sur notre droite.Tandis que le nombre s'ert augmentait assez sensiblement, une vive fusillade se lesoit entendre dans les défilés de Saffet, que nous avions sur notre gauche. Le général Murat pouvoit croire que les principales forces de l'ennemi s'étaient jetées dans les montagnes pour s'emparer du fort qui en défendoit le passage, et il se dirigea dans le premier moment sur ce point.

Cependant l'ennemi grossissant toujours sur notre

droite , le général dut calculer avec plus de probabilité qu'il n'avoit point encore quitté sa première position, et après avoir envoyé son aide-de-camp Beaumont avec une compagnie de carabiniers, pour soutenir la garnison de Saflet, il fit former son corps en deux bataillons carrés, et diriger sa marche sur le pont d'lacoub. Notre vue ayant semé l'alarme au camp de l'ennemi, sa cavalerie se répandit dans la plaine, et commençaànous entourer. Nos tirailleurs couvroient le front de nos deux bataillons qui s'avançoient au pas de charge. Un Dalmate, assez brave pour venir fusiller nos éclaireurs, fut la première victime de la journée ; il tomba : son cheval retourna joindre ses camarades. Bientôt notre troupe, échaulfée par le feu et l'espoir du pillage des tentes que nous apercevions sur l'autre rive du Jourdain , ne marcha plus ; elle courut et culbuta, à la descente de la colline, cette riche cavalerie, embarrassée au passage d'un pont fort étroit. Si nous eussions eu le même nombre de chevaux qu'à notre premier Voyage, cette journée eût été couronnée d'un succès plus brillant encore. Car bien que notre infanterie développât dans sa course toute l'ardeur possible, elle ne put arriver assez à temps au sommet des collines rapides entre lesquelles coule le Jourdain, Pour arrêter et fusiller l'ennemi entièrement en déroute Néanmoins, comme nous avions mis peu de distance entre notre apparition et la charge, cette

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partie de l'armée de Damas, s'évanouit devant un petit point de Français (nous ne paroissiens que cela au milieu de la plaine d'Iacoub), et n'eut pas le temps d'enlever ses tentes, ses munitions et ses provisions; elle nous abandonna tout; L'ennemi perdit quelques hommes dans sa retraite précipitée, èt de notre côté il n'y eut qu'un cheval de blessé. Ce rapport est exact.

Pendant quele général Murat poursuivait l'arrièregarde de l'armée de Damas avec sa compagnie de dragons et les plus vifs de ses voltigeurs, il me fit donner l'ordre de m'emparer de tout ce qui pourroit servir à la troupe. Les soldats ne m'en laissèrent pas le temps. Joyeux de leurs succès, ils sé dispersèrent - dans le camp pour faire, avec leurs soins accoutumes, une exacte perquisition dans les tentes. Ils y trouvèrent une telle quantité de ces sucreries et confitures de Damas , si renommées dans l'Orient, qu'après en avoir rempli leurs poches et leurs havresacs, il furent obligés de jeter le reste. Je réservai une fort belle tente pour le général Murat; c'étoit celle du fils du pacha, et devant laquelle je trouvai sur des piques quatre têtes de Français;

A son retour sur le champ de bataille, le général fit réunir tous les objets qui ne pouvoient s'emporter, et y fit mettre le feu. On alla camper sur l'autre rive, en face de l'emplacement qu'avoit occupé l'ennemi, et là, les soldats achevèrent la journée à troquer les

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