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nant sa garde dans l'inaction, ce qui a permis aux Russes de faire leur retraite en bon ordre. Mais le reproche qu'on adresse le plus généralement au chef de l'armée française, est le long séjour qu'il a fait à Moscou, après avoir reconnu qu'il lui serait impossible de s'y maintenir. Cette faute, toutefois ne nous paraît être que la suite à peu près inévitable des opérations précédentes. Après avoir passé Smolensk, il fallait livrer bataille aux Russes, pour les forcer à se soumettre aux conditions que voudrait leur imposerle vainqueur. La fermeté d'Alexandre, combinée avec le dévouement héroïque de ses sujets, ayant rendu nul ce moyen, il devint nécessaire d'en tenter un autre, et de s'emparer de Moscou, si toutefois l'occupation de cette capitale n'entrait pas dans le plan primitif de l'expédition (1). Napoléon étant allé chercher la paix si loin, devait ouvrir des négociations, de la durée desquelles il ne pouvait être entièrement le maître. Il ne s'agissait donc plus alors pour les Russes que de gagner du temps; ils l'ont senti ; ils se sont conduits en conséquence, et leurs défaites sont devenues des victoires. Il semble résulter de toutes ces considéra

(1) La chose nous paraît hors de doute. (Voyez ci-devant, page 362.)

tions, que jamais Buonaparte n'aurait dû passer le Dniéper. C'était l'opinion et le voeu de son armée, qui, à ce qu'on assure, exprima quelque mécontentement de voir qu'il n'y avait aucun égard.Au premier coup-d'oeil, ce plan paraît plus sage que celui qui a été mis à exécution ; mais peut-être n'était-il pas non plus sans inconvénient. Borner à la prise de Smolensk, qui eut lieu le 18 juillet, les opérations de la campagne de 1812, c'eût été donner aux Russes près de dix mois pour rassembler et organiser toutes les forces de leur vaste empire, dont une faible portion seulement était envahie. Durant ce long espace de temps, l'armée française aurait été obligée de demeurer stationnaire sur le Dniéper, en laissant derrière elle des alliés peu dévoués, au nombre desquels on peut compter les Lithuaniens, qui, avons-nous dit précédemment, ne se montrèrent pas fort empressés à échanger le gouvernement paternel d'Alexandre contre le despotisme de Napoléon, et dont le pays eût nécessairement eu beaucoup à souffrir par le séjour des Français. Les autres Polonais eux-mêmes étaient extrêmement refroidis à cette époque, par la crainte de voir Buonaparte placer sur sa tête la couronne de Pologne. Mais s'il n'avait pas à redouter un soulèvement de leur part, il pouvait n'en être pas ainsi des peuples de l'Allemagne, qui ne

supportaient qu'avec la plus vive impatience le

joug de sa domination, et que le moindre es

poir de succès aurait pu exciter à le secouer. L'Autriche et la Prusse, dont l'alliance n'était due qu'au danger de leur position, n'auraient pas manqué de favoriser les tentatives qui auraient eu pour objet de renverser la puissance de Buonaparte; et personne ne doutera que l'Angleterre n'eût fait les plus grands efforts pour provoquer une telle révolution. Ainsi les troupes françaises restées sur le Borysthène, auraient pu se voir enveloppées tout-à-coup; et

peut-être Napoléon, qui, en outre, avait à

soutenir en Espagne une guerre ruineuse de tout point , n'aurait-il fait que succomber plus tôt. Si ces réflexions ont quelque justesse, c'est bien moins encore la manière dont il a conduit ses opérations en Russie, que l'expédition elle même qui est à blâmer, puisque le succès en devait dépendre de la terreur, ou plutôt de la volonté de l'ennemi.

· L'histoire ne devant être fondée que sur la vérité, nous avons omis jusqu'ici de parler des rapports publiés par Buonaparte, qui l'a toujours respectée si peu. Cependant, comme il fallait des efforts prodigieux pour réparer, s'il était possible, les pertes de la grande armée,

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elles furent indiquées d'une manière assez exacte dans le vingt-neuvième bulletin. Les hommes sensibles en gémirent. Quant aux suppôts de Napoléon, ils n'en furent pas moins consternés que surpris. Ils ne pouvaient plus se dissimuler que le prestige qui avait fait croire à l'infaillibilité deleur héros, ne fût sur le point de se dissiper. Des hommes sensés, quoique sans doute en très petit nombre, avaient prévu le résultat de sa folle entreprise. Dès le mois de juillet, un écrivain spirituel, et connu par la relation d'un voyage qu'il a fait en Russie, avait prononcé cette terrible sentence : « Buonaparte perdra son armée, pour signer un dé. cret à Moscou. » La prophétie s'est accomplie: plusieurs décrets, dits impériaux, sont datés de l'ancienne capitale des czars; et, à la honte éternelle de Napoléon, le plus remarquable de

tous, est l'organisation de l'un des théâtres de Paris (1).

(1) Du Théâtre Français. (Voyez le Journal de l'Empire, du 16 janvier 1815.) Plusieurs acteurs et chanteurs restés à Moscou, furent réunis pour donner des spectacles et des concerts à Napoléon, dans ce même palais du Kremlin, dont il devait bientôt ordonner la destruction. o

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Conspiration du général Mallet. Retour de Buonaparte à Paris. Défection des Troupes prussiennes aux ordres du général d'Yorck. Levée de trois cent cinquante mille hommes. Entrevue du Pape et de Napoléon à Fontainebleau. Régence de Marie-Louise. Défection de la Prusse. Nouvelle levée d'hommes.

L'année française avait à peine quitté les ruines encore fumantes de Moscou, qu'une conspiration tramée dans l'ombre d'une prison, fut sur le point de renverser le gouvernement de Napoléon, dans le court espace de deux heures. Celui qui l'avait conçue, le général Mallet, après s'être concerté avec les généraux Lahorie et Guidal et avoir gagné plusieurs officiers, tant de la dixième cohorte du premier ban de la garde nationale, que de divers régiments de la garde de Paris, s'évada d'une maison de santé où il était détenu, et s'empara, dans la nuit du 22 au 23 octobre, de différents postes de la capitale. Sur les huit

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