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preuve, nous citerons la réponse qu'y fit le corps législatif, par l'organe de M. de Fontanes, son président : « Tout ce qui s'attache » à vous s'agrandit (allusion délicate ou non » aux avantages, plus apparents que réels, » que les illustres hôtes de Napoléon avaient » retirés de leur étroite alliance avec lui. ) » Tout ce qui cherche une insluence étrangère » est menacé d'une chute prochaine. Hl faut » obéir à votre ascendant : c'est à-la-fois le con» seil de l'héroïsme et de la politique. » Napoléon, saisissant cette occasion pour préparer le public à un acte qu'il méditait depuis quelque temps, dit à la députation du corps législatif : « Pour conduire la France dans la situa» tion où elle se trouve (il n'avait travaillé que » pour elle), j'ai surmonté bien des obstacles. » Moi et ma famille, nous saurons toujours sa» crifier nos plus ehères affections aux intérêts » et au bien-être de cette grande nation. . . . » Je desire vivre trente ans encore, afin de » pouvoir trente ans servir mes sujets, consoli» der ce grand empire, et voir toutes les pros» pérités que j'ai conçues, embellir cette chère » France. » Quel était donc le sacrifice que Napoléon devait consommer ? Etait - ce de descendre d'un trône usurpé, et de rentrer dans l'obscurité d'où, pour le repos du genre humain, jamais il n'aurait dû sortir ? Non , sans doute, ce n'était pas comblé des faveurs de la fortune, que Buonaparte devait abdiquer. Ce grand sacrifice qu'il allait faire, c'était la répudiation d'une femme plus âgée que lui, et à laquelle il devait principalement son élévation. Ce grand sacrifice, c'était l'alliance qu'il allait contracter avec une jeune princesse, qui s'immolait au desir d'épargner de nouveaux malheurs à son auguste maison et à des peuples fidèles.

Le 15 décembre, Napoléon, après avoir rassemblé auprès de lui tous les membres de sa famille, adressa la parole à M. Cambacérés, et dit : ·

« Mon cousin, le prince archi-chancelier, » je vous ai expédié une lettre close en date » de ce jour, pour vous ordonner de vous » rendre dans mon cabinet, afin de vous faire » connaître la résolution que moi et l'impéra» trice, ma très chère épouse, avons prise. La » politique de ma monarchie, l'intérêt et le » besoin de mes peuples, qui ont constamment »guidé toutes mes actions, veulent qu'après » moi je laisse à des enfants, héritiers de mon » amour pour mes peuples, ce trône où la Pro» vidence m'a placé. Cependant, depuis plu» sieurs années j'ai perdu l'espérance d'avoir » des enfants de mon mariage avec ma bien» aimée épouse, l'impératrice Joséphine; c'est » ce qui me porte à sacrifier les plus douces af» fections de mon coeur, à n'écouter que le » bien de l'Etat, et à vouloir la dissolution de » notre mariage. » Parvenu à l'âge de quarante ans, je puis » concevoir l'espérance de vivre assez pour » élever dans mon esprit et dans ma pensée les » enfants qu'il plaira à la Providence de me » donner. Dieu sait combien une pareille réso» lution a coûté à mon coeur; mais il n'est » aucun sacrifice qui soit au-dessus de mon » courage, lorsqu'il m'est démontré qu'il est » utile au bien de la France. o » J'ai le besoin d'ajouter que, loin d'avoir » jamais eu à me plaindre, je n'ai au contraire » qu'à me louer de l'attachement et de la ten» dresse de ma bien-aimée épouse ; elle a em» belli quinze ans de ma vie : le souvenir en » restera toujours gravé dans mon coeur. Elle » a été couronnée de ma main, je venx qu'elle » conserve le titre et le rang d'impératrice ; » mais surtout qu'elle ne doute jamais de mes » sentiments, et qu'elle me tienne toujours » pour son meilleur et son plus cher ami. » Napoléon ayant cessé de parler, Joséphine prononça d'une voix altérée, et les yeux mouillés de larmes, un discours peu long, qui n'était qu'une répétition de celui de son ingrat et infidèle époux. Cela fait, l'un et l'autre demandèrent acte à l'archi-chancelier de leur déclaration respective, ainsi que du consentement mutuel qu'ils donnaient à la dissolution de leur mariage (1), et il leur fut délivré.

Ce n'avait pas été sans répugnance que Joséphine avait consenti à cette séparation, quoiqu'elle en fût venue depuis long-temps au point de redouter Napoléon beaucoup plus qu'elle n'avait jamais pu l'aimer. Une répudiation toutefois est toujours affligeante pour une femme, et le motif, donné à celle qui faisait descendre du trône, Joséphine, prouvait qu'elle était parvenue à un âge qu'elle cherchait à dissimuler par tous les artifices de la toilette la plus recherchée. D'ailleurs elle allait cesser d'être l'objet des hommages d'une cour nombreuse et brillante; et quoiqu'elle n'eût pas desiré le rang suprême, il n'en était pas moins pénible pour elle d'y renoncer.

On vient de voir le premier acte de cette

(1) On évita soigneusement d'employer le mot de divorce, parce que cette sorte de séparation était interdite aux membres de la prétendue famille impériale de tout sexe et de tout âge.

comédie ; passons au second. C'est au sénat qu'il fut joué.

Napoléon avait aussi mandé le vice-roi de son royaume d'Italie, le prince Eugène, qui ne vit pas, dit-on, avec indifférence, l'affront fait à sa mère : il fut forcé cependant de renfermer en lui-même son ressentiment. Le sénat ayant été convoqué, Eugène, qui en était membre, mais qui n'y avait pas encore siégé, s'y rendit, et y prêta serment. Cela fait, MM. Regnault-de-Saint-Jean-d'Angély et Defermon , ministres d'Etat, furent introduits, et soumirent à l'assemblée un projet de sénatus-consulte, portant dissolution du mariage contracté entre Napoléon et Joséphine. Des discours, qui

roulèrent tous sur les sacrifices des affections

les plus chères, surent ensuite prononcés par M. Regnault, par le prince Eugène et par

M. Cambacérés. Le projet fut renvoyé, pour la forme, à une commission qui eut ordre de faire

son rapport, séance tenante. M. de Lacépède,

qui en fut chargé, parut bientôt à la tribune ;. et, selon la coutume établie depuis long-temps,

il paraphrasa les paroles de Napoléon, puis il proposa d'adopter le projet presenté par les ministres. En conséquence on décréta que le mariage, qui avait uni Napoléon et José

phine, était dissous ; que Joséphine conserve

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