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dente supériorité, qui viole profondément cette égalité des Etats si souvent proclamée. Aussi, Funck-Brentano et Sorel pensent que celle-ci n'est qu'un vain mot en dehors des cas où elle a été effectivement mise en pratique (1).

Mais cette critique ne résiste pas à un examen attentif de la nature de la supériorité des grandes puissances et de l'égalité généralement reconnue aux Etats.

Cette égalité est une égalité juridique, semblable à celle des individus; et il ne faut pas la confondre avec l'égalité de fait et l'égalité sociale (2). La supériorité que les grandes puissances ont trouvée dans l'organisation du concert européen est une simple supériorité de fait (3); tous les Etats restent juridiquement égaux, en ce sens qu'ils ont tous les mêmes droits; mais les grands et les puissants disposent de moyens plus considérables pour les faire valoir (4); ils sont égaux, en ce sens encore, que tous sont susceptibles d'acquérir par leur intelligence et leur sagesse la force et l'influence qui leur permettra de faire entendre leur voix. L'aristocratie des puissances n'est pas une caste fermée et tandis que l'Espagne n'y était plus reçue, l'Italie a pu s'y faire admettre.

Il faut toutefois constater que l'égalité de fait entre les Etats est la conséquence d'une égalité de puissance qui leur permet de se faire respecter mutuellement. En cet ordre d'idées, M. Pillet a pu dire avec raison : l'égalité n'est donc pas la source de l'identité de situation de plusieurs Etats ; c'est au contraire cette dernière qui est cause

(1) Sic Lorimer : « L'égalité des Etats est une fiction. » Trad. Nys, Principes de droit. int., p. 104.

(2) Pradier-Fodéré, III, S 450. – Cpr. Bluntschli, art. 103 et notes.

(3) Pour M. Pillet, « cette superiorité de fait tend à se transformer en supériorité de droit » (op. cit., loc. cit.), d'où la tendance à un gouvernement officiel international.

(4) Fréd. de Martens, Tr. de droit intern.

de leur égalité. Sous peine d'aboutir aux plus déplorables abus, une certaine égalité de fait est nécessaire dans la société internationale ; mais cette égalité ne se maintenant qu'avec des forces équivalentes, il faut que l'équilibre veille à ce que ces forces ne deviennent pas trop grandes chez l'une des puissances qui, se plaçant au dessus des autres, détruirait leur communauté.

DIVISION

Telle est la théorie dans son principe, dans son évolution : la réalité a-t-elle été conforme aux données spéculatives ; l'Equilibre a-t-il protégé la société des États et fait le bonheur des peuples; est-il une création arbitraire de la diplomatie, ou bien l'expression d'une loi de la vie des nations? Graves questions, auxquelles on ne peut répondre qu'en retraçant les développements du système dans le cours de l'histoire ; nous le jugerons après l'avoir vu à l’æuvre.

D'où le plan de cette étude : dans une première partie, nous essayerons seulement de constater la vitalité du principe et les différentes conséquences qu'il a produites; dans une seconde partie, nous tenterons d'en faire la critique, en appréciant les résultats que nous aurons d'abord découverts.

PREMIÈRE PARTIE

L'EVOLUTION HISTORIQUE DU SYSTÈME

DE L'ÉQUILIBRE

CHAPITRE PREMIER

DES ORIGINES AUX TRAITÉS DE WESTPHALIE 1648

SI. - L'Antiquité et le Moyen Age.

1. – La Grèce et Rome.

Le royaume de Babylone. - La Perse et les rivalités des villes

grecques. — Rome et Carthage. - L'intervention de Hieron de Syracuse. -- La monarchie universelle des Romains. – La conception antique de l'Équilibre.

II. – Le Moyen Age.

Le christianisme et la société internationale. - Les croisades et

l'unité de croyances rapprochent les peuples.

Il est généralement intéressant de rechercher assez haut dans l'histoire los premières manifestations d'une théorie qui a des applications contemporaines. On remarque ainsi les transformations inévitables qu'elle a subies dans le cours du temps, et ce retour vers la conception primitive aide à mieux comprendre sa manière d'être actuelle. Nous essayerons de marquer les premiers pas du système de l’Equilibre, et pourtant son aspect, dès l'origine, se rapproche sensiblement de l'allure que nous lui voyons aujourd'hui. Ce n'est qu'une apparence. L'équilibre, d'abord, n'est qu'un instinct, un acte réflexe de la politique; mais peu à peu sa formule se précise, s'analyse, se raisonne; on a conscience qu'on use d'elle, et pourquoi on en use. Ce sera un des buts de cet exposé historique de signaler les diverses phases de cette évolution.

a

Le royauine de Babylone est le premier qui ait atteint une puissance demesurée (1). Les princes de Mydie, de Lydie et d'Egypte ne songèrent pas à réunir leurs forces pour l'affaiblir (2). Cependant, quand Cyrus eut conquis la Mydie, il se forma contre lui une coalition entre les rois de Babylone, d'Egypte et de Lydie, effrayés de ses grands desseins. Les alliés furent vaincus, et l'histoire ne dit pas si d'autres puissances s'opposèrent à l'ambition des Mèdes.

Hérodote (3) rapporte les instances que les Lacédémoniens faisaient au roi de Sicile pour l'engager à se joindre à eux dans la guerre contre les Perses. Quand les Perses, disaient-ils, auront subjugué tous les autres peuples, ils opprimeront les Siciliens.

(1) Justi, op. cit.
(2) Bossuet, Histoire universelle, Ille partie, chap. iv.
(3) Martin Kahle, la Balance de l'Europe, S 13, cité par Justi.

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