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impôt de dix millions, et mis en recouvrement six mois plus tôt, en épargnerait souvent un de trente millions devenu indispensable six mois plus tard; comme dix millions payés à propos aux rentiers peuvent , par l'amélioration du crédit, et par l'activité de la circulation qui en dérive, faire

rentrer trente millions des contributions arrié· rées.

Bonaparte voit le gouffre des finances, et gémit sur la situation déplorable que lui présente cette partie essentielle de l'administration publique. Il applique tous ses travaux à guérir les plaies profondes qu’un mauvais système de finances, et l'ignorance des anciens directeurs ont faites à l'état; il sait que les finances sont une des plus importantes parties du gouvernement, et qu'elles sont au corps politique, ce que la circulation du sang est au corps humain ; c'est , comme l'observe M. Necker, à l'administration des finances que toutes les parties du gouvernement se rapportent et s'enchaînent; c'est elle qui doit indiquer à la marine et à la guerre les portions des richesses qu'on peut consacrer à la force ; c'est elle qui doit enseigner à la politique le langage qui sera d'accord avec la puissance ; c'est elle enfin qui enveloppe dans ses soins les intérêts de tout un peuple; car c'est par une mesure et une intelligente

application des impôts qu'ils accompagnent l'industrie sans la combattre, et que le travail s'unit au bonheur; et c'est par une sage distribution de dépenses que le tribut du citoyen remplit sa destination, et lui retourne en accroissement de sûreté, d'ordre, et de tranquillité.

Bonaparte s'applique à combiner les ressources de l'état, et à sentir les justes rapports qui existent entre la richesse et l'impôt, entre le prix des denrées et les facultés des hommes, entre l'agriculture et l'industrie, entre le bonheur et la force : la classe intéressante des rentiers, les créanciers de l'état, les acquéreurs des biens nationaux fixent sa sollicitude et ses méditations; mais il ne peut point parcourir cette immense carrière à pas de géant. A chaque instant, il est arrêté par des obstacles; il existe des barrières que le génie ne peut pas franchir tout d'un coup: ce n'est point par des secousses violentes, des mouvemens rapides, des opérationspromptes, qu'on peut rétablir des finances épuisées ; dans cette régénération difficile, il faut réfléchir, méditer, calculer. Ce n'est que le temps et la prudence qui peuvent donner un résultat heureux ; la précipitation est toujours funeste ; le désir de faire le bien doit être modéré; c'est par la patience que le cultivateur parvient à défricher un terrain infertile ; l'habile financier

doit imiter la nature, qui est lente dans ses opérations. Le premier consul desire de faire le bonheur du peuple; mais cette perspective se présente dans le lointain : il brûle d'arriver à cette époque où il pourra remplir les veux de son cour, et les pensées de son esprit, en perfectionnant un systême de finances, et en établissant par des réformes salutaires un juste équilibre entre les revenus et la dépense, qui réduira les charges de l'état , et diminuera ce fardeau terrible sous lequel le peuple gémit, et est prêt à succomber; c'est par des améliorations lentes mais sensibles, qu'il rétablit l'ordre dans les finances ; les acquéreurs des biens nationaux sont confirmés solennellement dans l'acquisition de leurs possessions ; les propriétaires n'ont plus à redouter d'être dépouillés de leurs héritages par des lois oppressives et révolutionnaires; le sort des rentiers est amélioré; la solde de l'armée et le salaire des fonctionnaires sont assurés ; les impôts sont répartis dans une juste proportion; leur recouvrement est plus simple; les mesures vexatoires ont été réprimées; les réclamations des contribuables sont écoutées avec attention, et reçues avec équité. La justice du gouvernement et une paix honorable , promettent des améliorations plus étendues et plus utiles. Les créanciers de l'état doivent espérer que lcjour n'est

ler

pas loin, où ils recevront le remboursement de leurs créances. Le ministre qui dirige aujourd'hui les finances travaille avec un zèle infatigable à simplifier l'immense et difficile administration qui lui est confiée ; il aime le bien, il est juste , il a des moeurs pures, possède de vastes connaissances; il gémit sur les maux qu'il ne peut pasencore guérir, et il desire de voir arriver ce jour heureux où il pourra remplir ét væu de son coeur, de liquider les dettes de l'état , et

de former une balance exacte entre les dépenses · et les recettes.

Bonaparte sait que c'est dans l'agriculture, dans les sillons, et dans les demeures des cultivateurs, qu'il faut chercher la puissance de la nation et la source de sa force et de ses richesses. Oui, toute puissance qui vient d'ailleurs que de la terre est artificielle et précaire, soit dans le physique, soit dans le moral : un état bien cultivé, bien défriché , produit des hommes par les fruits de la terre, et les richesses par les hommes : ce ne sont point, suivant la belle pensée de Raynal, les dents du dragon que Jason sème pour enfanter des soldats qui se détruiserit; c'est le lait de Junon qui peuple le ciel d'une multitude innombrable d'étoiles. C'est l'agriculture qui crée et entretient les flottes ; c'est elle qui produit les armées ; c'est dans les champs couverts d’épis que germe la victoire. Celui qui a dit que le trident de Neptune est le sceptre du monde, a fait sans doute un vers harmonieux, il peut être un excellent poète; mais, à coup sûr, il ignorait ces principes d'économie politique qui constituent la force d'un état. C'est la charrue du laboureur qui est le sceptre du monde, car la charrue du laboureur détruite, le trident de Neptune est brisé. Le premier consul, pour soulager les propriétaires, et diminuer les impositions territoriales, a créé des impôts indirects ; il a établi des taxes et des cautionnemens. C'est dans cette mine qu'il faut puiser pour augmenter les revenus de l'état, pour favoriser l'agriculture, pour étendre l'industrie, et pour multiplier les richesses. du commerce. C'est en étendant les branches de cet arbre de vie qu'on lui fait porter de bons fruits et qu'on en obtient d'abondantes récoltes. Ces contributions indirectes ont un avantage inappréciable, en ce que la perception se fait d'une manière facile et insensible, que le contribuable, en payant un impôt léger, augmente sa fortune et multiplie ses moyens d'industrie... ..

En matière d'impôt, dit un écrivain estimable, ce sont les faibles taxes qui opèrent les plus grands produits. Il ne faut employer que de faibles multiplicandes ; pourvu que le multiplicateur exprime

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