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geur pensera qu'il est temps de recharger son ballot, et de continuer sa route. La nécessité donne de l'esprit, dit fort bien l'auteur arabe que nous suivons : le pêcheur imagina de demander au Génie s'il étoit vrai qu'il fût renfermé dans le vase qu'il avoit retiré du fond de la mer. Il feint de me pas le croire, et il l'assure qu'il mourra content , s'il pent lui faire voir une chose si extraordinaire. Le Génie, qui venoit de s'engager à lui répondre sur ce qu'il lui demanderoit, veut bien consentir à le satisfaire : il se décompose, et se réduit en une colonne de fumée qui rentre dans le vase par une succession lente et égale. Aussitôt qu'elle y est, il en sort une voix qui crie au pêcheur : « Hé bien, incrédule pêcheur, me voici dans le » vase : me crois-tu présentement ? » Mais au lieu de répondre, l'alerte pêcheur s'empare du vase, le referme promptement, rétablit le sceau du prophète, et tend déjà son bras pour le lancer dans la mer : « Arrête, s'écrie le Génie, garde-toi » de faire ce que tu projettes..... Ouvre le vase ; je te pro» mets que tu seras content de moi. » « O Génie ! dit le pé» cheur, si j'avois pu te fléchir et obtenir de toi la grace que » je te demandois, j'aurois présentement pitié de l'état où tu » es ; mais puisque, malgré l'extrême obligation que tu » m'avois de t'avoir mis en liberté, tu as persisté dans la vo» lonté de me tuer, je dois à mon tour être impitoyable. Je » vais, en te laissant dans ce vase, et en te rejetant à la mer, » t'ôter l'usage de la vie jusqu'à la fin des temps : c'est la » vengeance que je prétends tirer de toi. » Il alloit le précipiter, lorsque le Génie, pressé par le danger, lui promet de révoquer son premier serment, et de le rendre puissamment riche, s'il veut le délivrer une seconde fois. Les malheureux sont crédules, et ils se livrent facilement à l'espérance.Après avoir reçu du Génie le serment qu'il ne lui feroit aucun mal, le pêcheur ouvre le vase, la fumée s'élance avec impétuosité; le géant se forme de nouveau ; il frappe le vase, et le fait sauter dans la mer. Cette précaution fait pâlir le êcheur; mais le Génie sourit de sa crainte, et le rassure. Il † commande de prendre ses filets et de le suivre. Pense-t-on que notre voyageur voudra les laisser aller sans les observer? Nous ne le croyons pas. A peine le génie et le pêcheur ont-ils fait quelques pas qu'il les suit en se tenant toujours derrière quelqu'objet nouveau. Il se disoit en marchant : J'avois bien lu des histoires de génies et de géans, mais j'imaginois que c'étoient des fictions inventées pour nous amuser, et je ne croyois pas qu'ils eussent rien de réel ; je pensois seulement qu'on supposoit comme existant tout ce que l'homme peut se figurer de plus bizarre, tout ce qu'il est possible aux purs esprits d'exécuter. Comment se fait-il que je voie aujourd'hui quelque chose qui confond toutes mes idées ?Tout ce qui est possible existeroit-il ? Je ne le crois pas encore, malgré l'aventure dont je suis témoin. Peut-être n'est-ce qu'une illusion, qu'un rêve possible qui m'abuse. Mais, quoi! je suivrois une vaine image et des fantômes, au lieu de continuer ma route ! Quelle est donc cette curiosité si vive qui m'entraîne après des objets que je ne con,ois pas ? Je sens bien en moi quelque chose qui me dit que ce génie n'est sans doute qu'un enfant de mon imagination. Mais mon imagination peut-elle donc concevoir quelqu'objet qui soit au-dessus de la puissance de celui qui peut tout, et pourroitelle se former une idée non-seuiement de ce qui n'existe pas, mais de ce qui même ne peut exister ? Seroit-ce donc parce que je sens en moi toutes les facultés passives qui se rencontrent en activité dans ces êtres supérieurs, que je prends plaisir à voir leurs aventures, et à m'entretenir avec eux ? Est-ce l'instinct de ma destinée future qui m'avertit comme malgré moi ? En un mot, est-ce parce que j'ai reçu une ame immortelle que je me plais avec les immortels ; et le charme de leur commerce n'est-il que l'effet de l'analogie qui se rencontre entr'eux et moi ? Tandis que le voyageur s'entretient de la sorte avec luimême, le génie et le pêcheur arrivent sur le bord d'un étang rempli de quatre sortes de poissons, c'est-à-dire, de blancs, de rouges, de bleus et de jaunes : il jette son filet, et il en attrape un de chaque couleur Le génie lui commande d'aller les vendre au sultan, qui lui en donnera plus d'argent qu'il n'en a manié dans toute sa vie ; il l'avertit de ne jeter son filet qu'une seule fois chaque jour; et, après avoir frappé le sein # la terre, il s'enfonce et disparoit dans ses entrailles. Le pêcheur satisfait met son filet et son panier sur ses épaules, et il prend le chenin de la ville. · Le voyageur le regarde aller, en pensant aux poissons mystérieux qu'il emporte, et dont il voudroit bien connoître l'histoire; mais il n'y a aucune apparence qu'il puisse s'introduire avec le pêcheur dans le palais du sultan, et, quand il le pourroit, il ne seroit pas certain qu'il y apprendroit ce qu'il souhaite de savoir : il pense qu'il fera mieux d'attraper quelques-uns de ces mêmes poissons; il s'approche aussitôt de l'étang dans ce dessein, mais il n'en voit plus aucun, et en même temps il lui semble qu'une voix lui parle ainsi : « Voyageur curieux, qui te traînes si lentement sur ce globe terrestre, tandis que ton ame, plus prompte que les vents et que la foudre, peut franchir tous les espaces en un clin-d'œil, écoute ce que je vais te dire.Tu te trouves dans un pays enchanté, où tout ce que tu vois est inconcevable pour toi. Ton intelligence s'exerceroit en vain pour l'expliquer. Si tu veux savoir ce que deviendront les poissons qui viennent d'être pêchés dans cet étang, prends le livre que je te présente, il t'enseignera bien d'autres merveilles : avec lui tu pourras t'introduire dans le palais du sultan sans être vu ; tu converseras avec les plus fameux enchanteurs; tu verras les actions des bons et des méchans génies; les plus grands malheurs t'environneront sans pouvoir t'atteindre ; tu seras le spectateur invisible de toutes les félicités humaines, et tu jouiras, avant le temps, de la révélation des crimes et des vertus de tes semblables. Mais prends bien garde de le quitter : car à l'instant même tu te retrouverois sur le chemin où tu t'es arrêté pour considérer le pêcheur; et ménagesen la lecture avec discrétion, parce qu'avec elle doit finir ton enchantement. » La voix cessa de parler, et le voyageur étonné, regardoit de tous côtés s'il ne § pas celui qui venoit de se faire entendre : il ne vit rien, et il ne concevoit pas comment il pouvoit recevoir un livre qu'on ne lui montroit pas; mais en se détournant pour examiner encore, il sentit quelque chose qui lui fit diriger sa vue à ses pieds; il aperçut ce même livre qu'il ramassa bien promptement ; il l'ouvrit sur-le-champ, et il reconnut que c'étoient les Mille et une Nuits. G.

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Les Amours Epiques, poëme héroïque en six chants; par M. Parseval-Grandmaison. Un vol. in-8°. Prix : 5 fr., et 6 fr. par la poste.A Paris, chez Dentu, libraire, quai des Augustins; et chez le IVormant, imprimeur-libraire.

ToUs les poètes épiques ont consacré un de leurs chants à

l'amour. Cette passion partage avec la gloire le cœur des héros. Le myrte de Vénus est un ornement nécessaire des lauriers de Bellone. Si des philosophes austères condamnent cette alliance, on leur répond qu'il y a une morale particulière pour la poésie comme pour la politique. Homère banni de la république de Platon, jouit avec honneur des droits de cité dans toutes les autres républiques; et le sévère législateur de notre Parnasse, en apprenant aux poètes le principal moyen de plaire, leur dit, en parlant de l'amour :

De cette passion la sensible peinture,

Est, pour aller aux cœurs, la route la plus sûre,

A

Afin d'entrer dans les vues de Boileau, M. Grandmaison a entrepris de traduire en vers les différens épisodes que les plus fameux poètes épiques ont composés sur l'amour, et de les enchaîner entr'eux de manière qu'ils forment un ensemble régulier. Pour cela, l'auteur suppose que les plus célèbres d'entre les poètes épiques se réunissent dans les Champs-Elysées, au milieu de tous les manes empressés de les écouter, et qu'ils répètent entr'eux les mêmes chants qu'ils ont autrefois composés sur l'amour. Les poètes rivaux sont au nombre de six : Homère, le Tasse, l'Arioste, Milton, Virgile, le Camoens. L'auditoire est composé de la manière suiVante :

On voyoit autour d'eux, cherchant à se placer,
Tous les chantres divins à l'envi s'empresser.
Ils brilloient tous, fameux par d'illustres merveilles.
Là, non loin de Sophocle, est l'aîné des Corneilles ;
A côté d'Euripide est son tendre rival.
Là Molière, tout seul (1), cherche en vain son égal ;
Là, presque à son insçu, cher au dieu d'Hypocrène,
Près d'Esope et de Phèdre arrive La Fontaine (2).
On voit Anacréon qui jeune en cheveux blancs,
Mêle avec son hiver les roses du printemps ;
Et le grave Boileau qui, conduit par Horace,
Sut imiter son goût, sans égaler sa grace ;
Et le brillant Voltaire, au mobile talent,
Trop léger quelquefois, toujours étincelant.
Sapho de ses fureurs y répand le délire ;
L'ingénieux Ovide y joue avec sa lyre ;
Tibulle y touche un luth arrosé de ses pleurs.
Plus loin se rassembloient, le front paré de fleurs,
Ces poètes charmans, ces Chaulieu , ces Lafares,
Au son des tambourins, des flûtes, des guitares,
Fredonnant leurs couplets, aiguisant cent bons mots,
Et du joyeux Momus agitant les grelots.

(1) L'abbé Conti, dans sa description du temple d'Apollon, y a placé Corneille, Racine, Molière et La Fontaine de la même manière; mais les # de M. Grandmaison semblent une copie décolorée de ceux du poète 16Il : Cornelio alto colosso, cinto d'allor le chioma, Spira mel volto austero l'imagine di Roma. Racine porta in fronte la maesta e'il dolore ; E i coturni gli affissa, con gran rispetto, Amore. Infra Terenzio et Plauto, Moliere giganteggia, Et trà Fedro ed Esopo il Fontene festeggia.

(2) Puisque La Fontaine consent à prendre place entre Esope et Phèdre, si Molière croit déroger en se mettant à coté de Térence et de Plaute, il ne sauroit du moins être déshonoré par le voisinage d'Aristophane et de Ménandre,

Là s'offre aussi Sakespear, monstrueux phénomène,
Géant qu'avec horreur enfanta Melpomène ;
Et ce Dante effrayant, dont les ter ibles vers
De la plus sombre nuit font jaillir mille éclairs.

Autour d'eux se pressoicnt les ombres bocagères,
· En foule rassemblant lenrs peuplades légères ;
| Sur-tout celles qu'on vit céder au tendre amour,
Lorsquelles respiroient la lumière du jour.
Elles aiment encore en ce lieu de délices ;
Mais leur tendre penchant ne fait plus leurs supplices-
Andromaque y et des nœuds les plus doux
Y presse entre ses bras son fils et son époux.
On y voit les beautés chères à Calliope :
C'est Hélène, Circé, Calypso, Pénélope ;
C'est toi, tendre Didon; toi de qui les malheurs
Dans mes yeux tant de fois ont fait rouler des pleurs.
$† est d'autres beautés cette foule charmante ?
'est vous, Marphise, Olympe, Alcine, Bradamante,
Fleur-d' Epine, Angélique; auprès de vous cncor
S'offrent Zerbin, Roger, l'intéressant Médor.
Plus loin paroît Olinde anprès de Sophronie ;
L'heureux Tancrède aux bras de l'heureuse Herminie :
Herminie ! Oui, c'est elle; oui, c'est cette langueur
Qui, si long-temps, du sort accusa la rigueur ;
Voilà ses doux attraits et sa grace angé ique (1),
Et de ses yeux rèveurs l'azur mélancolique,
Et le charme touchant de son triste souris.
Quels cœurs a son aspect ne seroient attendris !
Mais où m'entraîne encor la ravissante Armide ?
Un art voluptueux à ses attraits préside;
Une étude piquante ajoute à ses beautés ;
Renaud l'aime, et sans cesse il est à ses côtés.
- - - - - - - - - - - -
Le calme règne au sein de l'assemblée immense ;
On se tait, on écoute. . . .. .. . .. . .

Chacun des six poètes débite à son tour son épisode amoureux ; après quoi on distribue les prix. Par quels juges sont distribués ces prix ? Quel est le président du concours ?C'est ce qui n'est point marqué d'une manière précise par l'auteur. Il se contente de dire vaguement :

A tous, pour honorer leurs chefs-d'œuvre suprémes,
Il fut distribué de brillans diadèmes,
Ornés des attributs de leurs talens divers.
D'Homère et de Milton , dans leurs sublimes vers,
On admira la verve et le puissant génie ;
Virgile obtint sur tous le prix de l'harmonie,
1Du style tendre et pur, et de ces vers divins
Qui s'échappent du cœur des profonds écrivains.

(1) Comme la scène se passe dans l'enfer des Païens, je ne crois pas qu'on puisse employer l'épithète d'ansel.que.

Le

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