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R. Assiégées à la fois par les Anglais et par le peuple, toutes se rendaient avec plus ou moins de gloire. Celle d'Ancône fit surtout une résistance héroïque. Elle n'était que de 15oo hommes contre 2o,ooo assiégeans; mais, décidé à s'ensevelir sous les ruines de la place, l'intrépide général Monnier répondait aux sommations du général Frœlich : « Les Français ne peuvent être long-temps malheureux, notre cœur nous le dit; et puisque la victoire doit venir nous délivrer, il faut qu'elle nous trouve au poste d'honneur. »

CAMPAGNE DE 1796.
Reprise des opérations en Allemagne.

D. En terminant le récit de la campagne de 1795, nous avons laissé les armées de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse, en état d'armistice sur la rive gauche du Rhin ; détaillez-moi la force de chacune et les adversaires qu'elles avaient à combattre ?

R. Forte de 66,ooo hommes, l'armée de Rhin-et-Moselle avait à lutter contre 92,ooo commandés par l'archiduc Charles ; de même force que la première, celle de Sambre-et

Meuse se trouvait en présence de 82,ooo, aux ordres de Warstenleben. Ainsi, tout balancé, les Autrichiens avaient sur Pichegru et Jourdan une supériorité numérique de 5o, ooo hommes.

D. Quelle était la situation des armées ?

R. Florissante pour les Autrichiens, effroyable pour les Français. C'était l'ouvrage de Pichegru : aussi, prévoyant que ses trahisons éclateraient au premier jour, ce général céda

t-il à Moreau le commandement en chef de .

l'armée de Rhin-et-Moselle.
D. A quelle époque reprirent les hostilités?
R. Le 19 juin 1796. Le plan des Français
était que Moreau battrait et poursuivrait l'ar -
mée de l'archiduc, tandis que, se bornant à
rester sur la défensive, Jourdan occuperait,
loin de son collègue, l'autre partie des forces
autrichiennes.
D. Quelles furent les premières opérations ?
R. Une série de combats couronnée par le
passage du Rhin devant le fort de Kehl. Ici ,
le général Desaix paya tellement de sa per-
sonne, qu'enslammé d'un noble dépit, un gre-
nadier qu'il masquait dit fort énergiquement :
« Si cela continue je me brûle la cervelle, cet
homme est toujours devant moi. »

D. Que sit l'archiduc en cette occasion ? R. Il tenta, mais vainement, de résister. Battu à Renchen, à Radstadt, à Ettingen, à Neresheim, il prit le parti de se retirer précipitamment sur Donawert pour y passer le Danube. D. Que faisait l'armée de Sambre-et-Meuse? R. Après s'être long-temps battue sur la rive gauche du Rhin, et avoir vu révoquer par le directoire un armistice qu'elle avait forcé l'ennemi de demander, elle passait le Rhin dans les environs de Mayence, s'emparait de Francfort, de Kœnigstein, de Wurzbourg, et des grands approvisionnemens que ces villes contenaient. D. N'est-ce point alors que Jourdan se démit du commandement en chef? R. Malade depuis long-temps, il le céda momentanément à Kléber. Celui-ci prit les , places de Kœnigshoffen, de Bamberg, de Rothemberg, et ne s'arrêta que parce qu'il vit tout-à-coup dans l'armée ennemie une supériorité numérique qu'il était loin d'attendre: c'était l'archiduc qui, secrètement détaché avec 28,ooo hommes de l'armée opposée à Moreau, était venu se joindre à Warstenleben pour accabler celle de Sambre-et-Meuse. D. Quel parti prit Kléber ? R. Celui de remettre le commandement à Jourdan. D. Et Jourdan ? R. De borner sa course aux rives de la Nab, d'ordonner la retraite, et de se battre en l'opérant. C'est ainsi qu'il se reploya jusque sur la Nahe, où l'arrivée de renforts considérables le mit à même de prendre des positions. D. Qu'était devenu Moreau ? R. Victorieux partout, il avait forcé le passage du Danube, et ne se trouvait plus qu'à une faible distance de la capitale de l'Autriche. « Qu'il aille jusqu'à Vienne, avait dit l'archiduc, pourvu que je batte Jourdan. » Mais l'isolement où le mit la retraite de l'armée de Sambre-et-Meuse, le força lui-même à chercher sa sûreté dans un mouvement rétrograde. D. N'est-ce pas ce mouvement que l'histoire désigne sous le nom de retraite du Danube ? - R. Précisément. Harcelé dans cette retraite par des forces toujours supérieures, Moreau ne dut qu'à son génie le bonheur d'échapper, sans perte, aux périls qui l'environnaient. C'est ainsi qu'il passa sur le ventre aux Autrichiens déployés à Neubourg pour l'empêcher de repasser le Danube ; qu'il prit à Biberach 5ooo hommes, 18 canons et 2 drapeaux; qu'il franchit le Val-d'Enfer, cet épouvantable défilé des Montagnes - Noires, dont le célèbre maréchal de Villars n'avait osé aborder, alléguant pour raison qu'il fallait être diable pour y passer; qu'il soutint à Schliegen tout l'effort des Autrichiens renforcés de 28,ooo hommes de l'archiduc; et qu'enfin il repassa le Rhin à Huningue, sans que l'ennemi osât rien tenter contre son arrière-garde. D. Quelle raison avait décidé l'archiduc à se porter contre Moreau ? R. Un armistice indéfini conclu avec Jourdan. Plusieurs combats l'avaient précédé, et c'est dans un de ces engagemens que nous perdîmes les généraux Bonneau et Marceau. Celui-ci fut enlevé de son champ de mort par le grenadier Albert, à qui la ville de Courtrai, sa patrie, élève aujourd'hui un monument. D. Moreau ayant repassé le Rhin, qu'entreprit l'archiduc ? R. Il marcha contre le fort de Kehl, et contre la tête du pont d'Huningue, dont la défense était confiée aux généraux Desaix et Abattucci. Ces deux braves se défendirent avec tout le courage que l'on devait attendre d'eux ; mais ce

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