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leurs familles, ces malheureux furent comme autant de canaux empoisonnés qui porteraient la mort dans toutes les parties d'une belle campagne. D. Que fit Bonaparte en cette occasion ? R. Il se rendit rapidement sur tous les points insurgés. Milan, Pavie, Binasco, furent réduits moins par la persuasion que par la force. « Si le sang d'un seul Français avait été versé, dit-il au directoire, je voulais faire élever des ruines de Pavie, une colonne sur laquelle j'aurais fait écrire : Ici était la ville de Pavie. J'ai fait fusiller la municipalité, arrêter 2oo ôtages que j'ai fait passer en France. Tout est aujourd'hui parfaitement tranquille, et je ne doute pas que cette leçon ne serve de règle aux peuples de l'Italie. » D. En servit-elle réellement ? R. Désabusé sur sa force et nos intentions, le peuple déclara ne plus connaître d'autorité que celle du directoire français, et Bonaparte profita de ce changement subit pour proclamer le gouvernement républicain, depuis les montagnes de Chiavenna jusqu'au confluent du Pô et de l'Oglio. Dès ce moment, les habitans de ces contrées combattirent avec nous ; et par un singulier raffinement de politique, leur solde fut mise à la charge des princes qui, menacés par eux, imploraient chaque jour l'amitié de la France. Tels étaient, par exemple, le roi de Naples et le souverain pontife. D. Quel était alors le mouvement des armées ? R. Bonaparte passait le Mincio, et forçait Beaulieu de se reployer sur Mantoue avec une perte considérable. D. L'esprit de l'armée était-il meilleur qu'au commencement de la campagne ? R. Jugez-en par ce qu'en dit Bonaparte au directoire : « Rien n'égale l'intrépidité des soldats, si ce n'est la gaîté avec laquelle ils font les marches les plus forcées.

» Ils chantent tour-à-tour,
La patrie et l'amour.

» Vous croiriez qu'arrivés à leurs bivouacs, ils doivent au moins dormir ? Point du tout, chacun fait son plan d'opération du lendemain, et souvent on en rencontre qui voient trèsjuste. L'autre jour je regardais défiler une demi-brigade, un chasseur s'approche de mon cheval : Général, me dit-il, il faut faire cela. Malheureux ! lui répondis-je, veux-tu bien te taire ? C'était justement ce que j'avais ordonné que l'on fît. Je l'ai fait chercher en vain, il avait disparu. » D. Quel événement suivit le passage du Mincio ? R. L'occupation de Vérone. D. Cette place appartenant aux Vénitiens, n'y eut-il pas au moins violation de la neutralité ? R. Venise ayant permis aux Autrichiens d'occuper Peschiera, cette neutralité se trouvait rompue par le fait. J'ai dit que le frère de Louis XVI avait été forcé de quitter Vérone. Ce fut heureux pour cette ville. « Je n'ai pas caché aux habitans, dit Bonaparte dans son rapport, que si le roi de France n'eût évacué Vérone avant mon passage du Pô, j'aurais fait mettre le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l'empire français. » D. De Vérone où se porta Bonaparte ? R. Sous Mantoue que défendait Beaulieu, et qu'il tint étroitement bloquée. Apprenant ensuite que de nouvelles insurrections éclataient dans le feudi-impériale , il remit le commandement du blocus au général Serrurier, et se porta de sa personne au foyer de la révolte. Quelques exemples suffirent pour

faire rentrer les séditieux dans le devoir. Ce fut alors qu'il exigea de chaque commune deux ôtages pour garans de sa fidélité , et qu'il rendit les curés et les officiers municipaux responsables, sur leur tête, de l'exécution des ordres qu'il donnait. D. N'est-ce point après cette expédition que Bonaparte marcha sur Rome ? R. Conquérir l'empire des Césars était, depuis long-temps, un dessein qu'il caressait. Il y marcha donc ; mais à peine les villes de Bologne, de Ferrare et de Faenza furentelles en son pouvoir, que le pape demanda un armistice. D. Le lui accorda-t-on ? R. Oui, mais à des conditions un peu dures. Indépendamment des légations de Bologne et de Ferrare, Pie VI abandonnait à la France toutes les côtes du golfe Adriatique, depuis les embouchures du Pô jusqu'à la citadelle d'Ancône; il payait à la république 2 1 millions de francs , et le vainqueur se réservait le droit de diriger sur Paris tout ce qui pourrait lui convenir dans la bibliothèque et la galerie du Saint-Père. D. Après cet armistice, où se porta Bonaparte ?

R. Sur Livourne, dont il s'empara pour mettre un terme aux violations de la neutralité. Toute l'Europe sait que cette ville facilitait aux Anglais la prise des bâtimens que nous avions dans son port. D. Toutes les parties de l'Italie étaientelles parfaitement tranquilles ? R. Soulevée par des prêtres, la ville de Lugo était en pleine insurrection. On portait en triomphe les têtes des Français journellement égorgés dans ses murs, et chaque instant était marqué par des atrocités nouvelles. Augereau y fut envoyé, et bientôt cette ville ne fut plus qu'un horrible mélange de poussière et de sang. D. Comment allait le blocus de Mantoue ? R. Encore quelques jours, et cette place était en notre pouvoir ; mais apprenant qu'une seconde armée autrichienne s'avançait, commandée par Wurmser, au secours de Beaulieu, Bonaparte quitta Mantoue pour courir à ce nouvel ennemi, D. Où l'atteignit il ? R. Entre Salo etTrente, Bonaparte débuta par s'emparer de Lonado. Il était dans cette ville avec 12oo hommes, lorsque toutes les vedettes se reployèrent en criant aux armes !

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