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R. Elle eut des craintes si vives, qu'elle obligea de quitter Vérone, MoNsiEUR, frère de Louis XVI, qui s'y était retiré. Indigné d'une pareille violence, ce prince voulut, avant de partir, que l'on rayât sa famille du livre d'or, et qu'on lui rendît l'épée, dont son aïeul Henri IV avait fait présent à la république ; mais ce fut en vain qu'il insista pour l'épée, il ne put obtenir que sa radiation. D. Qu'allégua donc le sénat de Venise pour justifier son refus ? R. Une dette de 12 millions contractée envers les Vénitiens par le vainqueur de la Ligue. Payez-la, dit au prince le marquis de Carlotti, et l'épée vous sera remise sans difficultés : réponse plus digne d'un usurier prêtant sur gage, que du représentant d'un sénat souverain. D. Revenons au général Beaulieu. Que faisait-il sur l'Adda ? R. Il se fortifiait sur l'autre rive pour nous interdire le passage de la rivière. 5o bouches à feu, placées à la tête du pont, semblaient un obstacle insurmontable ; et déjà nos têtes de colonne commençaient à hésiter, lorsque les généraux Berthier, Masséna, Cervoni, Dallemagne, se précipitèrent devant elles, et for

cèrent les destins de servir les Français. Réduite de 3o00 hommes et de 20 pièces de . canon, l'armée de Beaulieu se retira en déroute sur les états de Venise, tandis que celle de Bonaparte entrait victorieuse dans les murs de Milan.

D. Bonaparte s'endormit-il dans son triomphe?

B. Loin de le faire, il mit sur-le-champ une forte colonne à la poursuite des Autrichiens. Ce fut alors que tremblant à son tour, le duc de Modène demanda un armistice. Bonaparte y consentit, à condition que ce duc paierait à la république 5 millions de francs, et 20 tableaux à choisir; mais au lieu de remplir ses engagemens, le vaincu prit le lâche parti de s'enfuir dans Venise avec tous se* trésors.

D. Qu'était devenu Beaulieu?

R- Voulant conserver la seule place, dont dépendait encore l'existence des Autrichiens en halie, il s'était arrêté sous les murs de Mantoue; et là, renforcé de divers corps qui lui étaient arrivés par la Carinthie, il se disposait ■ reprendre FolFensive au premier instant.

D. Bonaparte ne chercha-t-il point à la conserver?

Ii. Ce fut toujours et son principe et son but. Pour entretenir au sein des légions le leU sacré de l'enthousiasme, il leur adressait des proclamations pleines de ce patriotisme qui séduit et ravit tous les cœurs. «Vos succès ont porté la joie dans le sein de votre patrie , dit-il; vos représcntans ont ordonné une fêle dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la république. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes , se réjouissent de vos succès, et se vantent avec orgueil de vous appartenir. »

JJ. Qu'avait ordonné Bonaparte en entrant dans Milan?

R. Une contribution de 20 millions payable seulement par les nobles et les prêtres.

D. Fut-elle strictement acquittée?

R. Il fallut déployer d'abord tout l'appareil des vengeances; car à peine le général en chef se fut éloigné des murs de Milan, que les deux castes frappées soulevèrent contre les Français la masse entière de la population.

D. Par quel moyen?

R. En renvoyant tous lés domestiqués dont elles se servaient, sous prétexte que l'égalité républicaine n'admettait aucune espèce de servitude. Retournant porter la désolation dans leurs familles, ces malheureux furent comme autant de canaux empoisonnés qui porteraient la mort dans toutes les parties d'une belle campagne.

D. Que fit Bonaparte en cette occasion? R. Il se rendit rapidement sur tous les points insurgés. Milan, Pavie, Binasco, furent réduits moins par la persuasion que par la force. « Si le sang d'un seul Français avait été versé , dit-il au directoire , je voulais faire élever des ruines de Pavie, une colonne sur laquelle j'aurais fait écrire : Ici était la villa de Pavie. J'ai fait fusiller la municipalité , arrêter 200 otages que j'ai fait passer en France. Tout est aujourd'hui parfaitement tranquille, et je ne doute pas que cette leçon ne serve de règle aux peuples de l'Italie. » J). En servit-elle réellement? R. Désabusé sur sa force et nos intentions, le peuple déclara ne plus connaître d'autorité que celle du directoire français, et Bonaparte profita de ce changement subit pour proclamer le gouvernement républicain, depuis les montagnes de Chiavenna jusqu'au confluent du Pô et de l'Oglio. Dès ce moment, les habitans de ces contrées combattirent avec nous; et par un singulier raffinement de politique, leur solde fut mise à la charge des princes qui, menacés par eux, imploraient chaque jour l'amitié de la France. Tels étaient, par exemple, le roi de Naples et le souverain pontife. D. Quel était alors le mouvement des armées ? R. Bonaparte passait le Mincio, et forçait Beaulieu de se reployer sur Mantoue avec une perte considérable. D. L'esprit de l'armée était-il meilleur qu'au commencement de la campagne ? R. Jugez-en par ce qu'en dit Bonaparte au directoire : « Rien n'égale l'intrépidité des soldats, si ce n'est la gaîté avec laquelle ils font les marches les plus forcées.

» Ils chantent tour-à-tour,
La patrie et l'amour.

» Vous croiriez qu'arrivés à leurs bivouacs, ils doivent au moins dormir ? Point du tout, chacun fait son plan d'opération du lendemain, et souvent on en rencontre qui voient trèsjuste. L'autre jour je regardais défiler une demi-brigade, un chasseur s'approche de mon cheval : Général, me dit-il, il faut faire cela. Malheureux ! lui répondis-je, veux-tu bien te taire ? C'était justement ce que j'avais or

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