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chances de la guerre, ne pouvaient être plus funestes pour sa puissance. D. Détaillez-moi quelques-unes de ces conditions. R. L'abandon de la Savoie, ainsi que des comtés de Nice, de Beuil et de Tende; l'occupation, par nos troupes, de huit d'entre les principales forteresses; le passage pour les renforts que la France enverrait en Italie; la démolition de cinq places fortes désignées ; et l'interdiction de toute construction ou réparation d'ouvrages sur la frontière du sol républicain. Il est facile de sentir combien la situation de l'armée d'Italie devint prépondérante par ce traité. D. Que sit le général Beaulieu à la nouvelle de cette paix ? R. Il sentit que la perte d'un allié le réduirait à la nécessité de se retirer derrière le Pô, et il passa ce fleuve pour couvrir le Milanais. Ce fut vainement, les Français le franchirent à leur tour; et, défait partout où il tenta de résister, Beaulieu fut rejeté jusque sur l'autre rive de l'Adda. ' D. Quel effet produisit cette retraite sur les princes de l'Italie ? R. Celui qu'avait produit sur le roi de Sar

daigne notre marche sur Turin. Pour conjurer l'orage, le grand-duc de Toscane fit cesser les vexations que les Anglais exerçaient contre nos vaisseaux dans le port de Livourne ; et l'infant duc de Parme sit, au général Bonaparte, des propositions d'accommodement.

D. Comment furent-elles reçues ?

R. Avec toute la joie que pouvait donner un ennemi de moins à combattre. Ce fut Bonaparte qui dicta le traité. L'infant s'obligeait à fournir 2 millions de francs, 12oo chevaux de trait garnis de leurs colliers, 4oo chevaux de dragons, 1oo chevaux de selle pour les officiers supérieurs de l'armée, 1 o,ooo quintaux de blé, 5ooo quintaux d'avoine, 2ooo bœufs, et 2o tableaux, librement choisis par le vainqueur, dans les galeries de Parme et de Plaisance. Tremblant de perdre la communion de saint Jérôme, le duc offrit 2 millions à Bonaparte, pour conserver cet admirable tableau. « Honoré de la confiance de la république, je n'ai pas besoin de millions, répondit le général en chef. Tous les trésors des deux duchés ne valent point à mes yeux la gloire d'offrir à ma patrie un chef-d'œuvre du Dominiquin.

D. La république de Venise ne tremblat-elle pas aussi pour son indépendance ?

R. Elle eut des craintes si vives, qu'elle obligea de quitter Vérone, MoNsiEUR, frère de Louis XVI, qui s'y était retiré. Indigné d'une pareille violence, ce prince voulut, avant de partir, que l'on rayât sa famille du livre d'or, et qu'on lui rendît l'épée, dont son aïeul Henri IV avait fait présent à la république ; mais ce fut en vain qu'il insista pour l'épée, il ne put obtenir que sa radiation. D. Qu'allégua donc le sénat de Venise pour justifier son refus ? R. Une dette de 12 millions contractée envers les Vénitiens par le vainqueur de la Ligue. Payez-la, dit au prince le marquis de Carlotti, et l'épée vous sera remise sans difficultés : réponse plus digne d'un usurier prêtant sur gage, que du représentant d'un sénat souverain. D. Revenons au général Beaulieu. Que faisait-il sur l'Adda ? R. Il se fortifiait sur l'autre rive pour nous interdire le passage de la rivière. 5o bouches à feu, placées à la tête du pont, semblaient un obstacle insurmontable ; et déjà nos têtes de colonne commençaient à hésiter, lorsque les généraux Berthier, Masséna, Cervoni, Dallemagne, se précipitèrent devant elles, et for

cèrent les destins de servir les Français. Réduite de 5ooo hommes et de 2o pièces de canon, l'armée de Beaulieu se retira en déroute sur les états de Venise, tandis que celle de Bonaparte entrait victorieuse dans les murs de Milan.

D. Bonaparte s'endormit-il dans son triomphe ?

R. Loin de le faire, il mit sur-le-champ une forte colonne à la poursuite des Autrichiens. Ce fut alors que tremblant à son tour, le duc de Modène demanda un armistice. Bonaparte y consentit, à condition que ce duc paierait à la république 5 millions de francs, et 2o tableaux à choisir; mais au lieu de remplir ses engagemens, le vaincu prit le lâche parti de s'enfuir dans Venise avec tous ses trésors.

D. Qu'était devenu Beaulieu ?

R. Voulant conserver la seule place, dont dépendait encore l'existence des Autrichiens en Italie, il s'était arrêté sous les murs de Mantoue; et là, renforcé de divers corps qui lui étaient arrivés par la Carinthie, il se disposait à reprendre l'offensive au premier instant. .

D. Bonaparte ne chercha-t-il point à la conserver ?

R. Ce fut toujours et son principe et son but. Pour entretenir au sein des légions le feu sacré de l'enthousiasme, il leur adressait des proclamations pleines de ce patriotisme qui séduit et ravit tous les cœurs. « Vos succès ont porté la joie dans le sein de votre patrie, dit-il; vos représentans ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la république. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes , se réjouissent de vos succès, et se vantent avec orgueil de vous appartenir. » D. Qu'avait ordonné Bonaparte en entrant dans Milan ? R. Une contribution de 2o millions payable seulement par les nobles et les prêtres. D. Fut-elle strictement acquittée ? R. Il fallut déployer d'abord tout l'appareil des vengeances ; car à peine le général en chef se fut éloigné des murs de Milan, que les deux castes frappées soulevèrent contre les Français la masse entière de la population. D. Par quel moyen ? R. En renvoyant tous les domestiques dont elles se servaient, sous prétexte que l'égalité républicaine n'admettait aucune espèce de servitude. Retournant porter la désolation dans

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