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D. Dans quelles dispositions étaient les puissances continentales relativement à la république française ?

R. Epuisées d'hommes et d'argent, toutes désiraient plus ou moins la paix. Le roi de Prusse fut le premier qui en manifesta le vœu. Il soupçonnait d'ailleurs l'empereur François II de vouloir immoler la Prusse à la sûreté de l'Autriche, et le 5 avril 1795 , le roi Frédéric obtint la paix en cédant à la France les provinces qu'il possédait sur la rive gauche du Rhin. Il serait impossible de dire la joie que cette nouvelle répandit dans le sein de la Convention, du peuple et de l'armée, Toute la nation s'était soulevée contre les ennemis de son indépendance, et toute la nation s'attribua l'honneur de les avoir vaincus. On voyait avec une sorte de fierté l'orgueil des rois cédant au seul patriotisme : j'en cite pour exemple cette noble émanation du plus brillant génie qu'un saint enthousiasme avait gravée dans tous les cœurs ;

Accoutumons des rois la fierté despotique
A traiter en égale avec la république ;
Attendant que, du ciel remplissant les décrets,
Quelque jour avec elle ils traitent en sujets.

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D. Que faisait-on vers ces temps sur les différens points ?

R. Pérignon teignait du sang espagnol les eaux de la Fluvia ; Moncey qui d'abord semblait avoir les destins contre lui , écrasait les forces rassemblées au camp de Marquirnechu ; Kellermann s'emparait en Piémont du col de Monté ; et réunissant à l'armée du Rhin les divisions de celles du Nord qui devenaient inu

| tiles en Hollande, le comité de salut public

faisait investir les places de Mayence et de Luxembourg. La première résista constamment. Quant à la seconde, quoique défendue par 12,ooo hommes bien portans et richement approvisionnés, elle se rendit le 1" juin 1795, à 1 1,ooo Français, que les maladies, les fatigues et les privations avaient rendus semblables à des spectres décharnés. ' D. Le comité de salut public ne confia-t-il point une ambassade au général Pérignon ? R. Victime à son tour de l'amour que lui portait l'armée, ce général fut remplacé par Schérer, officier totalement dépourvu des grands moyens qu'exige un commandement en chef. Schérer remporta cependant divers avantages sur la Fluvia ; mais quelques efforts qu'il fît, il ne put jamais parvenir à effectuer le | passage de cette rivière. De son côté, Moncey

triomphait avec une étonnante rapidité. Par-
venu à se rendre maître de toute la pro-
vince de Bilbao, il se disposait à marcher en
avant, lorsqu'une dépêche lui annonça qu'en-
traîné par l'exemple de la Prusse, le roi d'Es-
pagne venait de signer la paix avec la répu-
blique française. A cette nouvelle, les armées
de Schérer et de Moncey prirent des canton-
nemens. -
| D. Que faisait l'armée d'Italie ?
R. Elle soutenait sur les frontières de Pié-
mont une soule de combats d'autant plus aohar-
nés, qu'elle avait à défendre l'intégrité du
territoire contre des légions bien supérieures
en nombre. Kellermann venait de tuer ou
disperser, avec 5oo hommes, 5ooo Piémon-
tais qui étaient venus l'attaquer dans le poste
fortifié de Campo-di-Pietri, lorsque Schérer
vint, suivi de 12,ooo hommes tirés d'Espagne,
le remplacer dans son commandement. Si ce
dernier s'était trouvé abandonné à ses propres
talens, il aurait probablement perdu toutes
les contrées que son prédécesseur avait con-
quises; mais, éclairé des conseils de Masséna,
qui déjà commençait à briller parmi les géné-
raux, il remporta, dans les champs de Loano,

une des victoires les plus complètes de cette guerre. C'était le 24 novembre. Il fallait marcher à l'ennemi; et, pour traverser les neiges, les glaces, les bois et les rochers, les soldats manquaient totalement de chaussure. Ce puissant motif ne put les arrêter; chaque soldat s'en fit avec des chiffons fixés par des lanières, et montrait, en riant, ces escarpins de nouvelle espèce. 4ooo morts, 5ooo prisonniers, un matériel immense et l'occupation des villes de Savone et de Vado, furent le glorieux résultat de cette éclatante journée. Certain de n'être point inquiété, Schérer fit prendre des quartiers d'hiver; et comme il s'attachait à réprimer les dispositions maraudeuses du soldat, ceux qui le connaissaient disaient fort plaisamment qu'il me châtiait les pillards que par jalousie de métier.

D. Que devenait l'armée de Sambre-etMeuse ?

R. Déployée entre Neuss et Coblentz, elle franchissait le Rhin sous le feu doublé de 2oo pièces de canon qui, échangeant leurs boulets avec un effroyable mugissement, la couvraient tout entière d'une voûte de fer, de flamme et de fumée. Jourdan qui, dès le premier jour, s'empara de Dusseldorff, poursuivit ses succès, défitl'ennemi en centendroits, et sans offenser en rien les droits de la neutralité prussienne, portale siége devant Mayence, que, de son côté, Pichegru avait déjà fait investir. Ce dernier n'était plus le héros qu'admiraient les héros du monde entier. L'ambition avait flétrison cœur, et il trafiquait de ses sermens pour livrer sa patrie. Qui le croirait ? Malgré les affreux soupçons qui planaient sur sa tête, Pichegru fut préféré à Jourdan pour le commandement en chef des deux armées réunies. Il jeta 1 o,ooo hommes dans Manheim, et déclara qu'ayant des ressources suffisantes dans les réquisitions dont il était libre de frapper le pays conquis, la république pouvait être sans inquiétude sur cet objet. Mais ce n'était qu'un raffinement de trahison. Ainsi qu'il le prévoyait, la misère, la désiance, l'insubordination, ne tardèrent point à se mettre dans l'armée. Cette armée naguère si brillante, si confiante, si soumise. ne fut bientôt qu'un ramas de bandes indisci- plinées qui, dévorées par le besoin, se révoltaient contre leurs propres chefs. Quand Pichegru jugea la position des Français suffisamment critique, il en prévint l'ennemi. Celui-ci revint à la charge, et bientôt l'armée française se trouva rejetée, avec une

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