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R. Oui, et le général Daendels le lui dit même d'une manière assez crue ; mais Pichegru s'en excusa sur ce que la carte du pays ne donnait pas de détails suffisamment instructifs. Si l'on en juge par l'épouvante des Anglais, Pichegru n'aurait pas rencontré de résistance invincible : on se rappelle qu'un tambour de dix-huit ans fit à lui seul dix prisonniers. D. Que fit ensuite Pichegru ? R. Ayant dans la ville de Bois-le-Duc une base à ses opérations, il défit les Anglais dans les marais d'Oude-Watering, et fit prendre Venloo par le général Laurent, tandis que , de son côté, l'armée du Rhin s'emparait de Rheinsels prêt à sauter avec elle, et se réunissait à l'armée de la Moselle pour investir Mayence. D. Maestricht, que Jourdan avait fait investir, parvint-elle à nous résister ? R. Cette place, qui avait bravé pendant trois mois les 1 oo,ooo hommes de Louis XV, se rendit, après onze jours de tranchée, aux 4o,ooo du général Kléber. Nous dûmes en partie cette prompte reddition aux assiégés eux-mêmes. La garnison du fort Saint-Pierre sachant qu'un détachement français gardait l'entrée des carrières qui communiquaient aux casemates, descendit dans les casemates pour égorger le détachement; mais celui-ci prêtant l'oreille, entendit un bruit sourd qui lui découvrit sa véritable position : s'élancer dans le souterrain, culbuter les troupes qui le franchissaient, arriver aux casemates, et s'emparer du fort, se fit aussi rapidement que la pensée. Quatre jours après, c'est-à-dire, le 8 novembre, Nimègue, qui contenait 12oo hommes, et que protégeaient 5o,ooo Anglais rassemblés sur le Wahal, se rendit au général Souham. Les assiégés essayèrent de chercher un refuge dans le camp anglais; mais un boulet de canon venant à couper le cable de leur bac, ces malheureux se virent abandonnés à la merci des flots. Voyant que leurs alliés se bornaient à les regarder périr, Souham envoya plusieurs canots pour les sauver. D. N'est-ce point alors que la Convention décréta l'invasion de la Hollande ? R. Oui, et le général Moreau fut chargé de cette expédition. Il débuta par attaquer sur des bateaux l'île de Bommel et le fort de Grave ; mais il arriva ce qu'il arrive toujours lorsque les lauriers du succès ne viennent pas justifier

les entreprises du courage. On déclara la chose inexécutable, et absolue la nécessité d'y I'6oI1OI1C62I'.

D. En était-il réellement ainsi ?

R. Pichegru prouva le contraire. Voyant qu'un froid de 17 degrés couvrait d'une glace épaisse les rivières, les canaux et les inondations de la Hollande, il conçut l'ingénieuse idée de conquérir le pays en adaptant des crampons de fer aux talons de ses soldats. Pour exécuter son projet, il quitta Bruxelles, où l'administration de la Belgique l'avait retenu jusqu'alors, se remit à la tête de l'armée, fit ses dispositions et courut à l'ennemi. C'était un véritable enchantement que de voir une armée se déployer avec tout son matériel sur les obstacles mêmes que ses ennemis lui avaient opposés. Vainement le Stathouder épouvanté demanda la paix, Pichegru, qui avait un intérêt majeur à terminer sa conquête avant la fonte des glaces, répondit qu'il ne recevrait de propositions que dans les murs d'Amsterdam. Je ne détaillerai point les villes qu'il prit. Il me suffira de dire qu'il les conquit toutes en trentecinq jours. Entré le 2o janvier dans Amsterdam, il sut y maintenir un si grand ordre et y inspirer tant de confiance, que tout, jusqu'aux opérations de la Bourse, s'y fit comme d'habitude. Les Hollandais virent surtout avec admiration cette inscription que les conventionnels avaient fait graver en lettres d'or sur le frontispice de leur palais : Nous voudrions que la maison des représentans du peuple fût de verre, pour que le peuple pût être témoin de toutes leurs actions. D. Que faisaient les Anglais ?

' R. Ils cherchaient à nous disputer les provinces de Frise, de Groningue et d'Over-Issel ; mais ils ne surent ni conserver leurs positions, ni les perdre avec honneur. Tout fut soumis ; et pour imprimer au triomphe des républicains le sceau de l'immortalité, l'armée navale des Anglais fut prise par la cavalerie française, dans les glaces du Texel où elle était arrêtée.

CAMPAGNE DE 1795.

D. DANs quelle position se trouvaient les différentes armées avant que le printemps eût ramené les combats ?

, R. Belle et glorieuse, si l'on en excepte celle des Pyrénées-Occidentales, qui éprouvait

dans ses quartiers d'hiver toutes les horreurs d'une cruelle épidémie.

D. Qui donna le signal des nouvelles hostilités ?

R. Le général Pérignon ; divisant en deux corps l'armée des Pyrénées-Orientales, il r'ouvrit la campagne dès le 16 janvier sur les bords de la Fluvia. Son premier corps fut chargé de la conservation de Figuières ; avec le second, il porta le siége devant Roses. · D. Quels succès obtint-il ?

R. L'évacuation de la place au moment où le feu redoublé de cent pièces de canon donnait les moyens de la prendre d'assaut. Ce siége offrit de remarquable que les bouches à feu furent portées à bras sur une montagne regardée jusqu'alors comme inaccessible , et dont le front dominait de plus de 2ooo toises le niveau de la mer. Lorsque Pérignon le proposa aux ingénieurs, ceux-ci déclarèrent l'entreprise impossible. C'est l'impossible que je veux, répondit le général ; et, fière d'être destinée à l'accomplissement d'un tel prodige, l'armée ouvrit dans les flancs du rocher un chemin qui, se développant en spirale sur trois lienes

d'étendue, la porta oomme en triomphe au sommet de la montagne.

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