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séna, s'emparaient des postes de Saorgio, de Raous et des Fourches, tandis que le général Frégeville soutenait, malgré l'inégalité du nombre, des combats glorieux sur la frontière du Béarn. A ces divers avantages se rattachaient des prises immenses en hommes, en munitions et en matériel. D. Nos malheurs se perpétuaient-ils sur la frontière du nord ? R. Pichegru, voulant joindre son armée à une autre de 5o,ooo hommes que commandait le général Chapuis, écrasa, sur les hauteurs de Bossut, les forces qui s'opposaient à la jonction; mais en même temps Chapuis perdait, à Trois-Villes, 55 canons et 4ooo hommes, dans un combat contre les Anglais qui y étaient retranchés. Notre perte fut d'autant plus grande sur ce point, que Chapuis lui-même y périt porteur des plans de Pichegru. Néanmoins les deux armées parvinrent à se réunir le lendemain, 27 avril; mais sans pouvoir empêcher les Autrichiens de s'emparer de Landrecies. D. Désormais, forte de 5o,ooo hommes, quelles nouvelles entreprises forma l'armée de Pichegru ? R. La Belgique semblant destinée par son - Mr

commerce, ses mœurs, ses limites, à faire partie du territoire républicain, Pichegru fut chargé d'en tenter la conquête. Il avait sous lui les généraux Souham et Moreau. Son début fut de battre 18,ooo Autrichiens sur les hauteurs de Moëscrœn, et d'entrer victorieux dans les murs de Menin, de Thuin, et de Courtrai. D. Que se passait-il aux autres armées ? R. Dugommier, qui depuis quelque temps avait remplacé Dagobert, délivrait le Roussillon de la présence des Espagnols; Masséna chassait les Piémontais des retranchemens qu'ils avaient élevés près du village de Tende ; et, pour s'assurer la libre occupation de la Savoie, l'armée des Alpes se mettait en communication avec celle d'Italie. D. Quels moyens l'ennemi employa-t-il au nord pour s'opposer à la conquête de la Belgique ? R. L'empereur François II se rendit à Tournay, pour y rédiger ce qu'il appelait un plan de destruction ; mais comme la mésintelligence se mettait parmi les chefs des coalisés, il résolut, pour satisfaire l'orgueil de tous, de diviser l'ensemble des troupes en autant de grands corps qu'il existait de prétendans au commandement en chef. Chacun de ces der

niers devint maître absolu du corps qui lui échut en partage, et le duc d'Yorck profita de sa nouvelle autorité pour essayer de couper aux généraux Moreau et Souham, toutes communications avec la place de Lille. Les circonstances lui semblaient d'autant plus favorables, que Pichegru, qu'il regardait comme le seul général capable de lui résister, avait quitté cette partie de la Belgique pour aller ranimer l'ardeur de l'aile droite que plusieurs échecs avaient ralentie. Il en résulta pour les Français une victoire éclatante dans les champs de Tourcoing (18 mai). La gloire en fut attribuée au général Souham ; mais non d'une manière tellement absolue, que l'on ne pressentît déjà ce que la patrie pouvait attendre du général Moreau. D. De quels échecs l'aile droite était-elle donc frappée ? · R. Elle venait de perdre 4ooo hommes et 5o pièces de canon, par la fougue ridicule du conventionnel Saint-Just, qui prétendait enlover Charleroi, bien qu'il ne possédât aucun des moyens les plus essentiels. Pichegru voulant mettre à profit les avantages remportés à Tourcoing, livra plusieurs combats dont l'issue fut la conquête de la place d'Ypres. Pendant

le même temps, Anselme se retirait de Kayserlautern sur Pirmasens; et Desaix soutenait glorieusement, contre un corps autrichien, un vif engagement près de Schifferstadt. Se voyant sur le point de faiblir, un officier lui demanda ce qu'il ordonnait : La retraite de l'ennemi, répondit Desaix ; et l'ennemi fut en effet culbuté. D. Quels succès avait le général Dugommier sur les frontières d'Espagne ? R. Il reprenait les places de Saint-Elme, de Port-Vendre, et de Collioure; forçait leurs défenseurs à se réunir au village de Banyulsla-Maiso pour y poser les armes; et, par ordre de la Convention, faisait élever sur la place de ce village, un obélisque portant ces mots :

A Ici, sept mille Espagnols déposèrent les armes devant les républicains, et rendirent à la valeur ce qu'ils tenaient de la trahison.

D. Vous ne m'avez pas encore parlé des grands événemens qui, vers ces temps, ont éclaté sur mer.

R. Il s'en passait alors un terrible. Pour faire cesser la famine qui désolait toutes les parties de la France, le Gouvernement avait dirigé sur l'Amérique un convoi chargé de

l

ramener des subsistances ; et pour mettre ce convoi à l'abri des tentatives d'une flotte anglaise, que l'on savait partie pour inquiéter son retour, l'amiral Villaret-Joyeuse se rendait avec une escadre aux îles Coves et Flores, où il devait l'y joindre. Les deux armées se rencontrèrent le 1" juin. Ni l'une, ni l'autre n'avaient envie d'en venir aux mains, et Villaret lui-même avait ordre de ne combattre qu'à la dernière extrémité; mais le conventionnel Jean-Bon-Saint-André voulut que l'on

attaquât, et le feu s'étendit avec une égale

fureur. Les deux partis essuyèrent d'effroyables ravages.Villaret perdit six vaisseaux; mais il vit jaillir de son malheur même, le plus beau trait d'héroïsme qui soit dans les fastes du monde. Le Vengeur...... que le nom de cet immortel navire retentisse dans la postérité ! Rasé comme un ponton, et faisant eau partout, il aurait pu se rendre sans flétrir sa gloire ; mais il préféra s'engloutir, et descendit dans l'abîme aux cris de vive la libertél

« Est-ce un naufrage, est-ce une aimable fête
Dont le douteux spectacle à mes regards s'apprête ?
Quelle allégresse brille au front des matelots ?
Je les entends crier dans leur zèle civique :
Vive la répubtique ! -
Tomber, et pour jamais s'engloutir dans les flots ! »

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