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D. Que faisait l'armée opposée aux Pié

montais ?

R. Conduite par le vaillant Dugommier, elle écrasait l'ennemi à Gilette et à Utelle, en combattant dans la proportion d'un contre quatre.

D. Et celle de Jourdan ?

R. Elle se partageait pour forcer, par une diversion sur la Flandre, l'ennemi à se partager lui-même. Ce fut le général Souham qui commanda le corps de diversion. Il prit à la baïonnette les villes de Menin et de Marchiennes, qui contenaient pour plus de 1o millions de munitions de guerre et d'effets de campement. Marchiennes fut cinq jours après repris par le duc d'Yorck. Souham n'ayant pas pour objet de conquérir des provinces, se retira en ordonnant à la garnison de Marchiennes de suivre son mouvement; mais lorsque sa dépêche arriva, cette garnison était tellement cernée par l'ennemi, qu'il lui fut impossible d'en rien exécuter : préférant la mort aux fers, elle se battit jusqu'à ce que le nombre l'eût écrasée.

D. Que faisait Jourdan avec le corps principal ?

R. Il attaquait l'ennemi sous les murs de Guise, et la fortune le seconda tellement, qu'il se vit sur le point de faire prisonnier le prince de Wurtemberg. Cette opération fut la dernière de la campagne. L'armée de Flan

dre, celles du Nord et une partie de celles,

ennemies prirent des quartiers d'hiver.

D. Ne fut-ce point à la suite de cette cam-,

pagne que le Gouvernement ordonna au vainqueur de Watignies, de mettre la Belgique à

feu et à sang s'il ne parvenait à s'en emparer ?

R. Oui; mais Jourdan répondit qu'il était général et non point incendiaire.

D. Comment le comité de salut public reçut-il cette réponse ?

R. Les tyrans sont comme la canaille, ils

craignent toujours qui ne les craint point; et le comité crut avoir beaucoup fait en rendant un soldat illustre à son obscurité première. D. Tous les corps ennemis prirent-ils en même temps des quartiers d'hiver ? R. Non, car après les opérations que je viens de rapporter, les Autrichiens s'emparèrent du fort Vauban, et les Prussiens tentèrent de surprendre la place de Bitche. C'était dans la nuit du 16 au 17 novembre. Conduits par un émigré français, qui connaissait les · localités, les Prussiens pénétrèrent jusque dans les ouvrages. Vainement nos soldats, à

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# peine rassemblés, cherchaient à défendre leurs

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positions, une obscurité désespérante rendait tous leurs efforts inutiles, lorsqu'un citoyen, qui n'avait que sa maison pour fortune, pro

· posa d'y mettre le feu : elle servira, leur dit-il,

de torche pour vous éclairer; et sans attendre que l'on délibérât sur sa proposition, il apporta lui-même la flamme qui devait le réduire aux horreurs de la misère : tant il est vrai que dans un homme libre, l'amour de la

: patrie l'emporte sur toutes les considérations.

D. Que faisait-on sur les autres points ?

R. Dans le comté de Nice, Masséna culbutait 8oo Piémontais à Castel-Genest, et les massacrait ensuite avec de l'artillerie, portée à bras sur la pointe des rochers; en Espagne, le comte de La Union reconquérait, sur le général Turreau, des communications importantes que son lieutenant, don Ricardos, avait perdues au combat de Geret; en Allemagne, . Hoche succombait près de Kayserlautern, et conseillait aux conventionnels, qui se répandaient en reproches contre lui, de prendre à l'avenir un petit bout d'arrêté pour fiacer la Victoire; en France, Pichegru, qui voulait délivrer Landau, soutenait, à Bertheim, un combat d'autant plus acharné qu'il avait des

Français pour adversaires : c'était le duc de Bourbon, à la tête de ce qu'on appelait alors les

bataillons nobles. Pichegru enleva, six jours ,

après, le village de Dawendorff, et repoussa jusque sous les murs d'Haguenau les Autrichiens qui le défendaient. Dans ce dernier combatilcrut devoir allouer une somme de 12oo fr. au bataillon de l'Indre; mais les braves qui le composaient répondirent fièrement au général, qu'un soldat trouvait sa récompense dans le succès de ses efforts, et joignirent à la somme qui leur était accordée, celle de 642 fr. qu'ils

distribuèrent aux veuves et aux enfans de ceux d'entre eux qui venaient de perdre la vie. . D. La ville de Toulon n'était-elle pas déjà

au pouvoir des Anglais ? · R. Un perfide républicain, que la posté

rité connaîtra sous le nom d'amiral Trogoff,

la leur avait livrée le 27 août 1795. Elle fut

reprise le 19 décembre, et telle était la lâche ,

férocité de nos ennemis, que la ville entière aurait été la proie des flammes si les forçats n'avaient réparé le mal fait par les Anglais. Toulon n'en fut pas moins saccagée de fond

en comble, et, ce qu'il y eut de plus effroya- .

ble dans le sort qu'elle éprouva, c'est que, malgré les représentations du général Dugom

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mier, le comité de salut public traita ses habitans comme s'ils avaient tous trempé dans le complot de l'amiral Trogoff. D. N'est-ce point au siége de Toulon que se distingua, pour la première fois, un personnage devenu fameux dans les annales du monde ? R. Ce personnage était le capitaine d'artillerie Bonaparte, ou, si l'on veut, l'homme le plus étonnant que l'Univers ait produit : c'était un assemblage de toutes les qualités propres à subjuguer les hommes. D. Fixez mes idées par des détails. R. Bonaparte joignait aux plus grands talens militaires le génie qui crée, le sang-froid qui combine au sein même des dangers, l'intrépidité qui est la première vertu du soldat, l'imagination qui est la source des prodiges, et cette éloquence du moment qui transporte les guerriers et renverse les empires. Un conventionnel blâmait la position d'une batterie : faites votre métier de député, lui dit fièrement Bonaparte, laissez-moi faire le mien d'artilleur; la batterie restera là, et je réponds du succès. Tous les canonniers venaient de périr autour de lui ; à l'instant il saisit le resouloir des mains d'un mourant, charge les pièces,

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