Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

Napoléon résolut de partir subitement pour Paris. D. Quelle raison l'y engageait ? R. Un complot qui mettait son trône en péril. D. De quel œil l'armée vit-elle son départ ? R. Avec un mécontentement qu'elle ne se donna pas la peine de dissimuler. D. Qui remplaça l'empereur ? R. Le roi de Naples. C'était à Smorghoni: alors tous les maux planaient à la fois sur le camp. D. Quelles ressources l'armée trouva-t-elle dans Wilna ? R. Toutes celles qu'ellle pouvait désirer ; mais alors tous les soldats étaient tellement asfaiblis qu'ils ne purent aucunement sentir le bienfait de ces ressources. Dégradés par la faim, leurs estomacs ne trouvèrent qu'un poison dans ces mêmes alimens qui devaient les rendre à la vie; et succédant tout-à-coup au froid insupportable enduré jusqu'alors, la chaleur des foyers frappa leurs membres engourdis d'une corruption rapide. · D. Comment se conduisit, envers les sol· dats mourans, le peuple de Wilna ?

R. Avec tout ce que l'âme d'un inquisiteur pourrait imaginer de plus lâche et de plus atrOce. D. Combien de temps l'armée séjournat-elle dans Wilna ? R. Quarante-huit heures. Elle en partit le 1 o décembre, se dirigeant sur Kowno. Arrivée au pied de la montagne de Waka, elle reconnut que l'instant était arrivé de tout sacrisier à la conservation de l'artillerie; et, par un essort qu'elle seule était capable de faire sans abaissement, elle abandonna, indépendamment de ses trésors et des équipages de l'empereur, cette fameuse croix de Saint-Ivan, qui, après s'être élevée parmi les édifices du | Kremlin, devait, en s'élevant encore sur les superbes tours de Paris, attester au monde entier les travaux, les périls et la gloire des Français. D. L'armée séjourna-t-elle à Kowno ? R. Comme l'ennemi s'attachait à ses pas, elle connut qu'elle n'aurait de repos qu'audelà du Niémen, et repartit dès le lendemain · matin. Une scène touchante attachait tous les braves sur le pont de Kowno. Là, un grenadier de la vieille garde attendait d'un œil tranquille la mort qu'il avait affrontée cent fois. « Tes soins me sont inutiles, disait-il à un soldat qui le secourait ; la seule grâce que je te demande, c'est d'empêcher les ennemis de profaner les marques honorables que j'acquis en combattant contre eux. Porte à mon capitaine cette décoration que je reçus à Austerlitz, et cc sabre dont je me servais à Friedland. » D. Notre infortune n'ébranla-t-elle pas la constance de nos alliés ? R. Non, si l'on considère que la Prusse s'attacha constamment au char du parti le plus heureux : comme la Fortune passait avec nos ennemis, la Prusse crut sa gloire intéressée à suivre la Fortune. Quoi qu'il en soit, l'armée bravant encore la défection du général d'York, repassa le Niémen pour aller chercher, dans les diflérentes places de l'Allemagne, un repos qu'elle n'avait pu trouver dans le duché de Varsovie. D. Comment regardez-vous la guerre que vous venez de décrire ? R. Comme la plus funeste puisqu'elle fut la source de nos maux; mais comme la plus glorieuse, puisqu'il fallut pour nous vaincre l'intervention de tous les élémens.

[ocr errors]

· CAMPAGNE DE 18,5.

D. QUE faisait l'empereur ? R. Il s'occupait, à Paris, de la formation d'une nouvelle armée. · D. Dans quelles dispositions était la France | relativement à ses vues ? R. Dans les plus belles que puisse désirer un prince malheureux. Placée sur les bords de l'abîme, la France voulait ou vaincre ou · tomber. D. Que faisait-elle pour vaincre? ' , R. Tout. Napoléon parlait, et à sa voix les ' hommes et les trésors lui étaient portés en ' tribut. Un signe de sa part était le coup de ' pied de Pompée : il sortait des légions de la ' terre. · D. Que distingua-t-on parmi les levées * qu'il ordonna ? R. Celle de 1 o,ooo jeunes gens fils des premières familles. Tous quittaient une fortune ou un état, perdaient de belles espé* rances ou le fruit de grands sacrifices ; mais le titre de Gardes d'honneur qui leur était donné, et la promesse qu'on leur faisait de l'épaulette au bout de la campagne, leur fit regarder comme un sentier de fleurs, l'âpre et périlleux chemin de la gloire. D. Napoléon n'avait-il pour combattre que de jeunes légions ? R. D'autres, rappelées des bords de l'Océan, du Tibre et du Tage, se portèrent également sur le Rhin ; une nombreuse cavalerie, une artillerie formidable, parurent comme par enchantement pour remplacer les escadrons et le matériel abandonnés dans les glaces du nord : c'était en un mot l'enthousiasme de 92 renaissant en 18 15, sous des traits immortels. D. Quels étaient nos alliés ? R. Ceux de la guerre de Russie, à l'exception du roi de Prusse que j'ai dit s'être mis COntre nOuS. D. Ne se rappelait-il ni de la journée de Jéna, ni toutes les autres ou Napoléon lui permit de régner encore ? R. Il est des princes pour qui l'expérience est sans fruit. Cependant comme il était impossible de tout oublier, le roi de Prusse jeta, pour éviter un dixième naufrage, l'ancre de miséricorde : ses peuples devaient, en cas d'invasion, tout incendier comme en Russie. D. Quelle levée saisait-il?

« ZurückWeiter »