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les Bourbons, dont son cœur généreux désirait le retour; mais que faut-il penser de la manière dont il tint ses sermens envers le gouvernement impérial ? R. « Le temps présent est l'arche du Seigneur :

Qui la touchait d'une main trop hardie,
Puni du Ciel, tombait en léthargie. »

D. Revenons au maréchal Soult. Etait-il encore près d'Agen ? R. Voyant que, toujours séparé de Suchet, il devait soutenir avec 2o,ooo hommes, le choc de 8o,ooo, il jugea convenable d'avoir pour lui les accidens du terrain, et il vint prendre position en avant des remparts de Toulouse. Wellington l'y suivit, et le 1o avril, le seu s'étendit avec une telle fureur qu'à la fin du jour 18,ooo Anglais avaient servi d'hécatombe aux mânes des guerriers français dont l'Espagne fut le tombeau. Soult attendait impatiemment l'arrivée de Suchet, qui était encore à vingt lieues de lui. Leur jonction aurait infailliblement amené la perte des compagnons de Wellington, si une dépêche, annonçant la conclusion de la paix, n'avait arrêté leurs bras prêts à frapper de nouveaux coups.

D. Quelle opinion avez-vous de la guerre d'Espagne ?

R. Je la crois impie pour deux raisons. La première, est que nous fûmes agresseurs, la seconde, que nous fûmes vaincus. Il n'en est pas d'un gouvernement comme d'un particulier : le seul tort que peut avoir un gouvernement est de perdre sa prépondérance, et il les a tous dès qu'il a celui-là : c'est le lion devenu vieux; il n'est pas jusqu'à l'âne qui ne se fasse un devoir de lui donner un coup de pied.

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D. BIEN des gens mettent la guerre de Russie sur la même ligne que celle d'Espagne ; que faut-il en conclure ? R. Qu'il existe en France beaucoup de gens parlant de tout sans rien connaître. D. A quoi attribuez-vous donc la guerre de 1812 ? R. Au seul orgueil blessé : humilié de s'être vu réduit à embrasser son vainqueur pour subir d'épouvantables conditions, Alexandra

saisit, pour faire éclater ses ressentimens, le moment où l'Espagne nous accablait.

D. Quels prétextes allégua-t-il?

R. La crainte de voir rétablir l'indépendance de la Pologne, la réunion du duché d'Oldenbourg à la France, l'occupation de la Prusse par nos armées, et la ruine absolue du commerce par suite du système continental que lui-même avait adopté.

D. Ne pouvait-on pas lui répondre ?

R. Comme il voulait la guerre, il n'en donna pas le temps. Sa note n'était pas encore au cabinet des Tuileries, qu'il avait déjà forcé l'armée de Varsovie à se replier derrière la Vistule, et rompu le système continental en ouvrant aux Anglais tous les ports de la Russie.

D. Comment y répondit le fier Napoléon ?

R. Soit désir véritable de conserver la paix, soit crainte d'avoir à partager ses forces, il proposa d'éclaircir tous les points litigieux, promit de ne jamais rétablir l'indépendance polonaise, offrit des indemnités pour le duché d'Oldenbourg, et consentit à modifier pour la Russie, les rigueurs souvent importunes du système continental.

D. C'était mettre le czar au pied du mur ; comment s'en tira-t-il ? R. Par des négociations sourdes, au moyen desquelles il s'attacha l'Angleterre et la Suède. Dominées par la terreur, l'Autriche et la Prusse restèrent avec nous. Napoléon sit d'immenses levées, 5oo,ooo guerriers s'élancèrent à sa voix de tous les points de l'Europe aux bords du Niémen; et voyant l'armée russe déployée sur l'autre rive, il conçut l'audacieuse idée de l'envelopper tout entière pour s'emparer d'Alexandre. D. Alexandre se laissa-t-il cerner ? R. Ce prince qui voulait, dit-on, disputer le passage du fleuve, n'attendit pas les Français, et se retira sans combattre sur la Dwina et le Dniéper. D. Plusieurs historiens présentent cette retraite précipitée comme l'effet d'un plan de campagne imaginé par le général Barclay de Tolly; que faut-il en penser ? R. Que plusieurs historiens se sont trompés. Convaincus de l'immense supériorité stratégique de leur adversaire, les Russes attendaient au hasard l'exécution des plans français. Si l'intention des Russes avait été réellement de nous laisser engager dans les

déserts de leur empire, ils ne se seraient sûrement pas donné la peine de venir au-devant de nous. D. Quelle est donc la source de cette erreur ? R. Un écrivain qui semble avoir pris à

tâche de dénigrer sa patrie, M. Eugène Labaume.

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Trompé par lui, j'ai moi-même répété la chose dans les Trophées des armées francaises; mais complétement désabusé, je me fais un devoir de la désavouer aujourd'hui.

, D. Détaillez-moi les premières opérations de la campagne.

R. L'armée passa le Niémen dans les journées des 24 et 25 juin , poursuivit sa route, et entra le 28 dans l'ancienne capitale de la Lithuanie. C'est dans Wilna qu'une députation de la diète de Varsovie vint demander à l'empereur de proclamer l'indépendance de la Pologne.

D. Pourquoi ne le fit-il pas ?

R. M. Labaume trouve tout naturel d'cn attribuer la cause à cette défiance qui est le caractère distinctif des tyrans; mais les hom

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