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D. Le siége de Cadix n'offrit-il rien d'Intéressant?

R. Un ouragan qui dura 3 jours fit échouer, près de Lestrua, quatre vaisseaux anglais. Rien de plus magnanime que la conduite des marins de la garde. Ces généreux guerriers volèrent au secours de leurs ennemis périssans, avec autant d'ardeur qu'ils en mettaient à les combattre sur un champ où la victoire pouvait être disputée. Mais si le 10 mars fut un jour de véritable gloire , le i5 mai en fut un de vrai bonheur. Entassés dans les pontons anglais, 1500 des prisonniers faits à Baylen se révoltèrent contre leurs gardiens, et vinrent sur leur prison flottante se réunir à leurs anciens compagnons. La lyre même de Virgile n'eût rendu qu'imparfaitement l'empressement qu'on mit à lesvêtir età les fêter ; mais comme la plupart d'entre eux avaient l'esprit aliéné par les mauvais traitemens et les privations, ils ne purent que faiblement jouir du bonheur inespéré qui terminait leurs infortunes.

D. Les Ivres françaises n'ont-elles pas célébré la délivrance des prisonniers de Baylen?

/». Toujours prompt à éterniser ce qui se rattache à la gloire de sa patrie, l'un de nos plus agréables comme de nos plus modestes poètes , M. Albert Montémont, a chanté cet événement par une ode finissant ainsi:

Venez, venez, enfans de la victoire, Partager ces banquets sur le rivage offerts. Consolez-vous de vos tourmens soufferts, Consolez-vous : les chantres de la gloire De vos faits immortels charmeront l'univers.

Z). Dans quelle situation était l'armée française à l'ouverture de la campagne de 1810?

R. Plus belle qu'elle n'avait jamais été. La paix que Napoléon venait de conclure avec les souverains du Nord, lui avait donné les moyens de renvoyer en Espagne les divisions qu'il en avait tirées; et Masséna qui venait de prendre le commandement en chef, contribuait par sa réputation à doubler l'espoir de la France et de l'armée.

D. Cet espoir était-il fondé? R. L'événement a prouvé que la France et l'armée se trompaient. Affaibli par le poids des années et par le sang répandu, Masséna n'était plus que l'ombre du vainqueur de Zurich; tandis que, dans toute la vigueur de l'age , l'homme que le sort destinait à devenir son rival de gloire, Wellington ne négligeait aucun des moyens qui pouvaient le faire triompher. Il avait encore sur Masséna l'incontestable avantage que donnent une parfaite connaissance des localités, le dévouement des peuples, et l'habitude de combattre sur le même terrain.

La prise de Ciudad-Rodrigo et des 6ooo hommes qui défendaient cette ville, fut la première opération de la campagne, et fit particulièrement honneur au maréchal Bessières, qui, pendant 25 jours, conduisit ce siége important. Wellington s'avançait alors avec une puissante armée, du Portugal où l'avait rejeté la bataille de Talavera. Masséna le joignit sur la frontière, culbuta ses avant-postes et forma le siége d'Alméida, place d'autant plus importante qu'elle était abondamment pourvue. Alméida se préparait à une vigoureusc résistance , lorsqu'une de nos bombes, lombant sur un magasin à poudre, ensevelit la ville sous ses propres débris. Nous y entrâmes le 27 août : ce n'était plus qu'un vaste tombeau où quelques êtres vivans cherchaient, noyés dans les pleurs, les corps engloutis de ceux auxquels se rattachait leur existence.

D. Que faisait Wellington ?

R. Ayant rassemblé toutes ses sorces, il se porta sur la Sierra-de-Busaco. Masséna, qui voulait l'obliger à repasser le Mondego, perdit · 4 ooo hommes pour atteindre son but. Nous suivîmes l'ennemi qui fuyait vers Lisbonne, et le joignîmes à Villa-Franca. Masséna désirait l'en chasser encore ; mais, instruit par la journée de Busaco des sacrifices qu'il lui faudrait faire, il préféra le mettre cn état de blocus pour le réduire par la famine. Il s'afsama lui-même. Trop dévasté, le pays cessa bientôt de pouvoir nourrir ses troupes, et, vaincu sans combattre, Masséna se reploya sur la belle position de Santarem, où Wel

lington n'osa venir l'attaquer.

D. Que se passait-il en Espagne ?

R. Gérard faisait 8oo prisonniers près de Villagaria; Soult chassait les guérillas de l'Andalousie; et Suchet entrait victorieux dans la place de Tortose. Ces derniers événemens terminèrent la campagne de 1'81o. Mais alors la malheureuse Espagne n'était plus qu'une effroyable terre dont l'entière population s'acharnait à massacrer tout ce qui portait le nom de français. En songeant aux atrocités que commirent les Espagnols de tout sexe et de tout âge, on mourrait de la douleur d'être homme si l'on ne s'en trouvait consolé par l'honneur de n'avoir été que victime. Un ofsicier français, parlant espagnol et vêtu d'habits bourgeois, se trouvait, sans être connu, dans une famille des environs de Cadix. La conversation roula sur les Français. Si j'en tenais un, dit une jeune fille, en lui posant un couteau sur la poitrine, je mettrais toute ma joie à lui plonger cet acier dans le cœur. D. A quel point en était donc la conquête de l'Espagne ? R. Cette conquête était moins avancée qu'au commencement de la guerre : c'était le rocher de Sisyphe qui, porté par d'incroyables efforts jusqu'au sommet du mont, retombait, et à peine reporté, retombait encore. . D. Comment Masséna se tira-t-il du poste de Santarem ? R. Par une diversion que Soult fit dans le courant de janvier contre les villes d'Elvas et de · Badajos, pour obliger Wellington à se défaire d'une partie de ses troupes. Ayant éprouvé pendant cinq mois tous les maux qu'accumulait sur son camp la plus cruelle misère, il résolut d'évacuer le Portugal, et se retira, toujours en combattant, jusque sur l'Agueda. Comme l'Estramadure venait d'être Conquise, Wellington quitta Masséna pour aller en chasser le maréchal Soult. Il nous reprit la place d'Olivenza; et, voyant que le commandant

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