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jetèrent leurs armes à la tête des Français. Béduit à fuir encore, Mourad-Bey fut chercher un refuge derrière le lac de Gaza , tandis que Desaix s'établissait en maître dans la province du Fayoum.

D. Que se passait-il dans la Basse-Egypte?

R. Mue par ses principaux citoyens, l'immense population du Caire se livrait aux plus sanglantes révoltes. Quantité de Français, et notamment le général Dupuy, venaient d'en être victimes, lorsqu'arrivant de Gizeh, dont il avait visité les pyramides, Bonaparte déploya contre les rebelles la terrible puissance que la guerre avait mise en ses mains. Tout rentra dans le devoir après 24 heures de carnage.

D. Quelles mesures prit ensuite le général en chef?

R. Il renouvela la composition du divan, fit justice des scheiks convaincus d'infidélité, et dit aux habitans, dans une proclamation:

« Y aurait-il un homme assez aveugle pour

ne pas voir que le destin lui-même dirige toutes mes opérations? Reconnaissez que dans plus de vingt passages du Koran,ce qui arrive a été prévu , et ce qui doit arriver est également expliqué. Je pourrais demander à chacun, de vous compte des sentimens les plus secrets de son cœur; car je sais tout, même ce que vous n'avez dit à personne. Mais un jour viendra que tout le monde verra avec évidence que je suis conduit par des ordres supérieurs, et que tous les efforts humains ne peuvent rien contre ma volonté. »

D. Le Grand-Seigneur s'entendait-il avec le Directoire pour nous abandonner l'Egypte?

R. Non.

D. Dans ce cas, Bonaparte, qui s'annonçait comme n'opérant que du consentement de la sublime Porte, agissait donc en fourbe?

R. Non; et voici le mot de l'énigme: Bonaparte n'avait quitté la France que sur la promesse du Directoire, d'obtenir 'par dos négociations l'assentiment de la Porte.

D. Qui s'opposa donc au succès de cette démarche?

R. L'amiral Nelson qui, victorieux à Aboukir, fit aussitôt voile pour Constantinople, et rendit impossibles les négociations préparées.

D. Quelles mesures prit le Grand- Seigneur pour nous arracher l'Egypte?

R. Il répandit un firman tout plein de calomnies contre les Français, et notamment d'instructions prétenduement données par Bpiiaparte pour consommer la ruine des Egyptiens.

D. Dans cette conjoncture que fit Bonaparte?

Ri II fortifia la place du Caire, s'empara ele Suez, sur la mer Rouge, et chércha à s'attacher le pacha de Saint-Jean-d'Acre, pour être plus à même dé résister au Grand-Turc. Ce pacha, qui protégeait Ibrahim-Bey, n'aurait pas manqué d'entraîner avec lui ce second chef des Mamelouks*

D. Comment Djezzar reçut-il les propositions de Bonaparte?

B. Avec un mépris insultant : cet homme, dont le nom signifie boucher, et qui par sa cruauté méritait cette qualification, vouait aux Français une haine implacable.

D. A cette nouvelle que fit Bonaparte?

R. Résolu d'obtenir par la force ce qu'on refusait à la douceur, il partit avec i5,00o hommes pour aller soumettre le pacha dans sa ville. Les places d'El-Arich, de Gaza, de Jaffa, tombèrent en son pouvoir; mais non sans éprouver tous les ressentimens d'un ennemi furieux.

D. Bonaparte n'attachait-il point un certain amour-propre à s'emparer de Jérusalem?

R. Cette ville, qu'il somma de se rendre, répondit que, dépendant du pachalick d'Acre, elle ne se rendrait qu'avec le pacha.

D. Quel parti prit Bonaparte?

R. Il porta le siége devant Acre. Mais comme il n'avait point de grosse artillerie, et que d'ailleurs l'ennemi recevait chaque jour des Anglais de nombreux renforts par mer, il dut renoncer à son entreprise et se reployer sur l'Egypte, que son absence compromettait évidemment. Ce siége n'en est pas moins un des plus glorieux qui aient illustré nos. armes. Tout ce que la soif de la gloire peut enfanter de prodiges, y fut exécuté avec une incroyable ardeur, et Djczzar se vit plus d'une fois sur le point de succomber.

D. On fait sur cette expédition plus d'un reproche a Bonaparte?

R. Croit-on que l'esprit de parti n'en ait pas inspiré quelques-uns? J'en sais deux qui méritent d'être éclaircis; l'un est relatif au massacre des prisonniers de Jafla; l'autre à l'empoisonnement de ses propres blessés.

D. Qui peut justifier de pareils crimes?

R. Rien et tout. Rien, si l'on ne veut entendre que la voix plaintive de l'humanité. Tout, si l'on considère qu'abandonnés faute de gardes, ces prisonniers allaient se remettre contre nous; et qu'atteints de la peste, ces malades, qu'il fallait abandonner aussi pour sauver l'armée, allaient être incessamment massacrés par l'ennemi. On sait aujourd'hui a quoi s'en tenir sur les pestiférés de Caïffa. Bonaparte demanda au docteur Desgenettes un opium qui les plongeât sans douleur dan» le sommeil de la mort; Desgenettes le refusa, l'armée partit, et tombant dans les mains féroces de Djezzar, les malheureux malades furent en effet livrés à toutes les douleurs des tortures. Je le demande, n'était-il pas plus humain de leur épargner tant d'agonies? D. Que se passait-il en Egypte? R. Battant l'ennemi à Samanhout, à Kosséir, à Thèbes, et en vingt autres endroits, Desaix achevait la conquête des provinces supérieures. Jl rencontrq des difficultés d'autant plus grandes, qu'un homme, ou sage ou fou, s'était emparé par le fanatisme de l'esprit des habitans, et les soulevait contre les Français avec une incroyable facilité. Cet homme, qui se faisait passer pour l'ange ElMohdhy, marchait sans vêtemens à la tête de «es crédules prosélytes, et leur persuadait que

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