Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

de louche et d'équivoque. Mais rétablissons les faits. Les décrets de Berlin et de Milan furent conditionnellement révoqués, le 5 août 1810, par une lettre ministérielle. Le gouvernement américain, dans le sein duquel le parti françois dominoit, reconnoissant cette révocation comme suffisante, s'empressa de rapporter son acte de non-intercourse, quant à la France. L'Angleterre ,' au contraire , regarda la révocation comme non-avenue, tant à cause de sa forme irrégulière que pour la condition que la France y avoit attachée, et qui auroit forcé la GrandeBretagne à renoncer à son système de blocus. Cependant Buonaparte, qui avoit obtenu son double but, savoir de rétablir les relations entre la France et les États-Unis, et de brouiller de plus en plus ceux-ci avec l'Angleterre, n'avoit aucun motif de donner une révocation plus absolue. Aussi nous croyons-nous autorisé à nier l'existence du décret du 28 mai 1811, jusqu'à ce qu'elle ait été prouvée; jusque-là nous soutiendrons que ce ne fut qu'en mai 1812 que M. Barlow obtint, nous ne savons par quels moyens, ou en faveur de quels motifs, la révocation pure et simple qui fut aussitôt transmise à Londres. .

Continuons d'analyser la déclaration britannique, du 9 janvier 18i3. Elle établit que ce fut à cause du décret françois , portant la date du 28 mai 1811, et qui ne fut connu à Londres que dans les derniers jours de mai 1812, que le prince-régent donna l'ordre du conseil, du 23 juin, qui rapportoit, quant aux Américains, les ordres précédemment émanés de ce conseil. Elle explique ensuite ce que la négociation de l'amiral Warren offre, au premier aspect, d'extraordinaire. 1/Angleterre, prévoyant qu'avant l'arrivée à "Washington du décret du 23 juin, la guerre pourroit avoir été déclarée, chargea son envoyé, M. Foster, de proposer sur-lechamp la cessation des hostilités; cet ordre, arrivé en Amérique lorsque M. Foster étoit parti ou avoit au moins cessé ses fonctions , fut confié à l'amiral commandant en chef les forces navales de la Grande-Bretagne dans les mers de l'Amérique. L'amiral fut aussi autorisé à écarter toute plainte qu'on lui adresseroit relativement au blocus ordonné en mai 1806, en déclarant que ce blocus particulier, dont, au reste, l'Angleterre ne cessoit de soutenir la légitimité, avoit cessé depuis long-temps, cette mesure ayant été absorbée par la mesure générale du blocus établi par les ordres du con-^ seil; il devoit ajouter qu'au surplus le gouvernement britannique n'étoit pas dans l'intention d'avoir de nouveau recours, sans en prévenir auparavant les neutres, à ce blocus ou à quelqu'autre blocus fondé sur les principes habituels du droit maritime, qui avoient été en vigueur avant les ordres du conseil.

La déclaration reproche ensuite au gouverrnementdes Etats-Unis d'avoir déclaré la guerre à la Grande-Bretagne , quoiqu'il eût connoissance du rapport du ministre des affaires étrangères de France, du 12 mars 1812, qui proclamoit de nouveau les décrets de Berlin et de Milan , comme lois fondamentales de l'empire françois, que la paix d'Utrecht avoit imposées à toutes les puissances de l'Europe.

Venant ensuite aux négociations qui avoient eu lieu entre MM. Warren et Monroë, la déclaration n'exclut pas absolument la question relative au droit de presser des matelots, du nombre de celles qui pouvoient faire la matière d'une négociation; elle annonce que la GrandeBretagne ne prétend pas s'arroger exclusivement t;e droit , mais qu'elle est disposée à reconnoître celui des Etats - Unis d'enlever des matelots américains des vaisseaux anglois. Toutefois elle ne renoncera jamais au droit de souveraineté qni lui appartient sur tout sujet de l'Angleterre, et qui n'a d'autres bornes que l'existence de ce sujet, sans pouvoir être annullé par des naturalisations ou par le don de quelque cité étrangère.

Après avoir récapitulé tous les griefs allégués par le gouvernement américain, la déclaration finit par cette tirade : « Tels sont les prétextes de la guerre que les Etats-Unis ont déclarée à l'Angleterre; mais la véritable source de cette contestation se trouve dans l'esprit qui malheureusement dirige depuis long-temps les assemblées du sénat des États-Unis , dans là partialité remai'quable avec laquelle ces assemblées masquent et appuient la tyrannie et les insultes de la France; dans leurs efforts systématiquesd'exciter le peuple qu'elles gouvernent, contre les mesures défensives de la GrandeBretagne , et dans leur indigne défection de la cause des autres neutres. Et quelle fut donc la conduite de la France envers les Etats-Unis, qui engagea ceux-ci à la soutenir si vivement? La violation la plus dédaigneuse du traité de commerce conclu, en 1800, entre la France et les États-Unis; la perfide saisie dans tous 'les ports soumis aux armes françoises, de tous les vaisseaux américains et de leurs cargaisons; les principes tyranniques des décrets de Berlin et de Milan, et la confiscation prononcée en vertu du décret de Rambouillet, qu'on avoit antidaté et celé pour le rendre d'autant plus efficace; les lois françoises sur le commerce, qui anéantissent tout commerce entre la France et les Etats-Unis; l'incendie de leurs vaisseaux de commerce en mer, long-temps après la prétendue révocation des décrets francois. Tous ces actes de violence ne provoquent, de la part des Etats-Unis, que des plaintes qui se terminent par des protestations d'attachement ou de soumission, ou qui sont accompagnées d'insinuations propres à mettre la France en état de donner à ses usurpations des formes légales, en les changeant en ordonnances municipales. Les sentimens du gouvernement des États-Unis, cette obéissance parfaite pour le régulateur de la France, les sentimens hostiles envers la Grande-Bretagne, se découvrent presque dans toutes les pages de la correspondance officielle , entre les gouvernemens américain et François. Le prince-régent proteste contre une telle conduite , comme la véritable cause de la guerre actuelle , pendant qu'il lutte contre la France, et défend non seulement les libertés de la Grande-Bretagne , mais aussi la liberté du monde entier. »

Le 2 décembre 1812, James Maddison ayant été réélu président des Etats-Unis pour quatre ans , toute espérance de voir rétablir la paix entre les deux états disparut. On se fit de nouveau la guerre avec acharnement. Comme en 1813 et I8i3 les Américains eurent quelques succès partner, et firent beaucoup de butin sur cet élément, tandis que , par terre, l'inexpérience de leurs généraux et le manque de discipline de leurs troupes les empêchèrent de remporter des avantages proportionnés à la supériorité de leurs forces. Les troupes américaines,'destinées à conquérir le Canada, se montoient à 42,000 hommes. Le général Winchester, qui commandoit l'avant-garde sur les frontières du Haut-Canada, s'empara,au commencement de janvier, de Frenchtown; mais il s'y laissa surprendre, le 22 janvier, par le colonel Proctor, et fut obligé de se rendre avec Soo hommes qui lui restoient. Cet échec fut en partie réparé par un coup de

« ZurückWeiter »