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Ajournant à une autre époque l'exécution du projet de faire entrer la Porte Ottomanne dans le système continental, Buonaparte s'occupa des moyens d'y entraîner la péninsule Hispanique. Une tentative pour engager le Portugal à prêter sa flotte à une expédition contre l'Angleterre, n'ayant pas réussi, et le prince-régent ayant fait part au gouvernement britannique des projets qu'on méditoit contre lui, Buonaparte résolut de subjuguer le Portugal à l'aide de l'Espagne, sauf à soumettre celle-ci quand elle se trouveroit cernée par les armées françoises.

Il régnoit une intimité apparente entre la France et l'Espagne depuis les arrangemens qui avoient été convenus en 18o1, au sujet des duchés de Parme et du grand-duché de Toscane, érigé en royaume pour le gendre de Charles IV. Cependant le roi catholique payoit à regret cette espèce de tribut, auquel il s'étoit soumis par la convention du 5o octobre 18o5, et qui faisoit couler en France tous les trésors de l'Amérique. En vain avoit-il cru acheter par ce sacrifice la neutralité qui étoit l'objet des vœux de ses peuples; Buonaparte ne vouloit pas seulement priver la péninsule de ses ressources, il vouloit lui enlever ses défenseurs. Au commencement de l'année 18o6, il demanda qu'un corps d'Espagnols fût envoyé en Toscane; à peine ce corps, fort de 16,ooo hommes et commandé par don Gonzalo O-Farrill, qui fut ensuite ministre

L'Espagne entre dans le système continental.

de la guerre, fut-il mis à sa disposition, qu'il lui fit traverser l'Allemagne et le transporta dans l'île de Fionie pour l'employer à ses projets contre laSuède. Legouvernement espagnol poussa plus loin encore la condescendance envers un voisin puissant et absolu ; il rompit avec la branche des Bourbons qui régnoit àNaples, dès que Buonaparte proclama qu'elle avoit cessé de régner.

Cependant,lorsque la guerre de Prusse parut inévitable, le foible Godoï, qui régnoit sous le nom de Charles IV, crut que le moment étoit venu de secouer le joug qui pesoit sur sa nation. Il conçut l'idée de créer une année et de faire un appel à l'esprit national. Une proclamation du 3 octobre 1806 ordonna de rendre mobiles 4o,ooo hommes, destinés à défendre la pairie dans le cas où elle seroit menacée. D'où venoit ce danger? Le gouvernement ne s'en expliqua pas; mais on répandit le bruit que l'ennemi qu on craignoit étoit le princerégent de Portugal, ou même Muley-Soleïman, communément appelé empereur de Maroc; cependant tous les préparatifs furent contrè-mandés aussitôt qu'on eut reçu la nouvelle de la bataille de Jéna. Une conduite si peu digne d'une grande puissance perdit la dynastie d'Espagne. Pour que la proclamation du 0 octobre 1806 pût être pardonnée, il falloit qu'elle fût soutenue par une armée respectable. Elle avoib trahi la pensée secrète de la cour de Madrid. Dorénavant Buonaparte savoit à quoi il devoit

s'attendre au premier échec qu'éprouveroient ses armes : sur-le-champ il résolut de renverser le trône des Bourbons en Espagne . Il restoit à Buonaparte de délibérer sur le choix des moyens. En attaquant à forces ouvertes une nation brave et fidèle, on risquoit de lui inspirer cet enthousiasme qu'engendre l'amour de la patrie. On étoit loin, il est vrai, d'apprécier le danger auquel on s'exposoit, parce que la prévention croyoit le peuple de la péninsule plongé dans l'indifférence et la mollesse; toutefois il étoit plus avantageux de neutraliser ses forces, en trompant la famille royale et en flattant les passions des ministres, jusqu'à ce que les uns et les autres se trouvassent au bord du précipice. De ces deux partis, celui de la force ouverte auroit convenu à un grand homme; Buonaparte choisit celui de la perfidie. Dès le commencement de 18o7, une armée françoise s'assembla dans les environs de Bayonne. Etoit-elle destinée contre l'Espagne? menaçoit-elle le Portugal? Elle devoit subjuguer l'un et l'autre; mais par un raffinement de machiavélisme, on voulut s'assurer la coopération de l'Espagne pour renverser le trône du Portugal. L'espoir de faire oublier sa proclamation aveugla le gouvernement de Madrid ; il ne vit le piége qu'on lui avoit tendu que

' M. de Pradt déclare qu'il le lui a dit souvent.

quand il se fut livré entre les mains de soi) ennemi.

*° On proposa à Charles IV le partage du Porv' tugal : deux conventions secrètes furent signées à Fontainebleau, le 37 octobre 1807, entre Michel Duroc et le ministre d'Espagne don Eugenio Izquierdo. Le Portugal fut divisé en trois portions. La province d'Entre Duero e Minho, habitée par environ 900,000 âmes, fut destinée, à titre de royaume de la Lusitanie septentrionale, au roi d'Étrurie, contre le royaume qu'on avoit donné à son père peu d'années auparavant, et que Buonaparte se réserva. La province d'Alentejo, et le royaume des Algarves, ayant environ 4oo,ooo habitans, furent promis au prince de la Paix à titre de principauté des Algarves. Le roi de la Lusitanie , et le prince des Algarves, et leurs descendans dans l'ordre de succession espagnole S devoient posséder ces états en pleine souveraineté , mais reconnoître le roi d'Espagne comme leur protecteur, sans le consentement duquel ils ne pourroient faire ni guerre ni paix. A l'extinction de leur descendance mâle et féminine, le roi d'Espagne disposera de ces états par forme d'investiture, de manière qu'ils ne pourront être réunis sur la même tête ni à la couronne d'Espagne. Les deux parties contractantes se réservèrent de disposer, à la paix

1 D'après cet ordre, les femmes succèdent à défaut de toutes les lignes masculines.

générale seulement, du reste du Portugal, savoir des provinces de Beira, Traz los Montes et Estramadure, ayant environ un million d'habitans. On se proposoit de les rendre à la maison de Bragance, dans le cas où l'Angleterre voudroit les racheter par la restitution de Gibraltar et de l'île de la Trinité. On convint que le futur possesseur seroit obligé de reconnoître la protection de l'Espagne, de la même manière que le roi de la Lusitanie septentrionale et le prince des Algarves la reconnoissoient. Par des articles de la convention, Napoléon Buonaparte garantit au roi d'Espagne la possession de ses états du continent de l'Europe, situés au midi des Pyrénées. Par un autre, il s'engage à reconnoître S. M. C. comme empereur des Deux-Amériques, « lorsque tout sera prêt, pour que S. M. C. puisse prendre ce titre; ce qui pourra arriver à la paix générale, ou, au plus tard, dans trois années. » Les deux parties contractantes se réservèrent le partage des îles, colonies et possessions portugaises outreIIl6oI°. La seconde convention du même jour règle tout ce qui regarde l'exécution des arrangemens pris par la première. Un corps françois de 25,ooo hommes d'infanterie et de 5,ooo chevaux entrera en Espagne, et marchera directement sur Lisbonne. Huit mille hommes d'infanterie espagnole et 3,ooo de cavalerie s'y joindront. En même temps un corps de

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