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dans une autre: à l'en croire cependant, il n'en étoit pas moins le défenseur le plus zélé de la vertu (a).

Quant à son humeur, si quelque chose est capable de prouver que le cœur d'un courtisan, quelque initié qu'il soit dans la philosophie, ne sauroit être pleinement satisfait, ce sont les contrariétés et les chagrins dont il ne cessoit de se plaindre, quoiqu'il fût comblé de gloire et de faveur dans la cour la plus brillante qui ait jamais

(a) « Si vous me demandez quelle est ma secte, quel est mon maître ; je n'en ai point, et je ne jure d'après persome. Tranquille et résigné, je m'établis partout où me jette la tempête. Tantôt, plein d'activité, je me livre aux affaires, tantôt je me déclare le partisan le plus rigide de l'austère vertu. Quelquefois aussi je rentre furtivement dans l'école d'Aristippe, et je tâche de me soumettre les choses de la vie sans en dépendre: »

Ac ne forte roges quo me duce, quo lare tuter;
Nullius addictus jurare in verba magistri,
Quo me cumque rapit tempestas deferor hospes.
Nunc agilis fio, et mersor civilibus undis,
VIRTUTIS VERÆ CUSTOS, RIGIDUSQUE SATELLES;
Nunc in Aristippi furtim præcepta relabor,
Et mihi res, non me rebus subjungere conor.

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existé (a). Ce poëte avoit, n'en doutons pas, la maladie de ceux qui parviennent trop vîte, la satiété: mais, tournant ses dégoûts au profit de son ouvrage, il a pris le parti de les peindre; ce qu'il exécute de manière que l'on diroit que ce fut moins pour intéresser les autres que pour se soulager lui-même.— Malgré mes beaux projets, écrivoit-il à Celsus 5, je ne saurois parvenir à me rendre meilleur et plus heureux, et cela parce que je suis en effet moins sain d'esprit que de corps. Je ne veux rien écouter, rien lire de tout ce qui pourroit me calmer: je me fàche et contre les médecins fidèles qui veulent me guérir, et contre les amis qui cherchent à me tirer de cet état funeste. Enfin, je fais, au préjudice de mon bonheur, ce que ma

(a) « O ma chère maison de campagne! quand te reverrai-je? quand me sera-t-il permis d'oublier, au sein du repos, et lisant les anciens, une vie, hélas ! trop inquiète ? >>

O rus ! quando ego te adspiciam? quandoque licebit
Nunc veterum libris, nunc somno et inertibus horis
Ducere sollicitæ jucunda oblivia vitæ ?

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propre

raison désavoue. Quand je suis à Tivoli, je voudrois être à Rome : quand je suis à Rome, je voudrois être à Tivoli (a).

Ecrivant selon qu'il étoit affecté, il admet souvent les contraires : il a autant de maximes pour les ambitieux que pour ceux qui savent se contenter de leur sort. Tantôt il invite à rechercher la société des grands et des riches: tantôt il avoue que leur commerce, si doux en apparence quand on les voit de loin, est redoutable en effet lorsqu'on les approche de trop près (b). Ouvrez son livre au hasard, vous y verrez qu'il exalte tour-à-tour l'opulence et la médiocrité (c), la modération de l'ame et son ac

(a) Sed quia mente minus validus quam corpore toto, Nil audire velim, nil discere quod levet ægrum; Fidis offendar medicis, irascar amicis,

Cur me funesto properent arcere veterno ;

Quæ nocuere sequar, fugiam quæ profore credam;
Romæ Tibur amem, ventosus, Tibure Romam.

Lib. 1, Epist. 8, vers. 7.

(6) Dulcis inexpertis cultura potentis amici,

Expertus metuit.

Lib. 1, Epist. 18, vers. 82.

(c) «Le bonheur n'appartient pas exclusivement aux riches; et celui qui, depuis sa naissance jusqu'à

tivité dans la poursuite des honneurs; qu'il vante et la souplesse d'Aristippe (a) et l'inflexibilité de Caton (b). Comme si le cœur pouvoit suffire en même temps aux affections les plus contraires, il approuve dans le même ouvrage et la modestie qui se ca

sa mort, s'est soustrait aux regards des hommes, n'en a pas été plus à plaindre : »

Nam neque divitibus contingunt gaudia solis;
Nec vixit male, qui natus moriensque fefellit.

Lib. 1, Epist. 17, vers. 9.

(a) « Aristippe, quel que fût son sort, ne s'en plaignoit jamais il cherchoit le mieux, mais il étoit satisfait du présent : »

Omnis Aristippum decuit color et status et res,
Tentantem majora, fere præsentibus æquum.

Lib. 1, Epist. 17, vers. 21.

Horace ne pouvoit pas ignorer que ce même Aristippe avoit eu la bassesse de souffrir que Denys lui crachât au visage; et cela pour avoir le privilége de manger du turbot à la table de ce tyran.

(b) « Tout l'univers domté, excepté l'indomtable Caton:

: »

Et cuncta terrarum subacta,

Præter atrocem animum Catonis.

Lib. II, Carmin. v. 23.

che, et la vanité qui brûle de se produire au grand jour.

Ce qui lui concilie le plus grand nombre de lecteurs, c'est que la plupart ne le trouvent ni trop vertueux ni trop vicieux; c'est que l'extrême indulgence dont il use à propos, montre plutôt un ami qu'un censeur; c'est encore parce que les aveux qu'il fait si fréquemment mettent tout le monde à l'aise: car il déclare qu'il n'avoit pas la force de résister à l'attrait du moment, et que ses principes varioient selon les circonstances.

-Quand j'ai peu, disoit-il, je sais m'en contenter et m'en féliciter: mais à la moindre aisance qui me survient, je m'écrie qu'il n'y a de bonheur que pour ceux dont les revenus sont fondés sur de bonnes métairies (a).

Si nous le considérons du côté purement

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Quum res deficiunt; satis inter vilia fortis :

Verum, ubi contigit melius quid et unctius, idem
Vos sapere et solos aio bene vivere, quorum

Conspicitur nitidis fundata pecunia villis.

Lib. 1, Epist. 16, vers. 42.

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