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accompagnaient les frégates pour leur servir d'éclaireurs.

Le 6 au matin, le calme régnait encore, et, pendant plus de trois heures, on put distinguer la foule qui s'était portée sur les avenues du port neuf, pour être témoin du départ; elle ne laissa entrevoir aucun signe de mécontentement. Vers neuf heures du matin, il s'éleva une légère brise de terre dont on se hâta de profiter pour mettre à la voile. Au bout d'une heure , cette brise fraîchit un peu; à midi, l'escadrille avait perdu de vue les côtes d'Egypte.

L'aviso la Foudre, ne paraissant pas pouvoir suivre , reçut l'ordre de renvoyer à bord du Muiron ses instructions, les drapeaux pris à la bataille d'Abouqyr et de retourner à Alexandrie.

On apprit tout à la fois au Kaire l'arrivée du général en chef à Alexandrie, son embarquement et son départ. Cette nouvelle plongea tout le monde dans la consternation. Habitué à le voir commander pour ainsi dire aux événemens, chacun avait déposé ses destinées sur sa tête. Personne n'apercevait aucun moyen de sortir d'Égypte , et l'on était persuadé que Bonaparte en avait mille. La confiance en lui était telle, que l'on se crut destiné à mourir en Afrique lorsqu'on apprit qu'il s'était embarqué. Ensuite, les uns lui reprochaient de séparer son sort de celui de ses soldats, qui avaient tout fait pour sa gloire; les autres l'excusaient en attribuant à des motifs puissans un départ si secret et si précipité; il allait sauver la France. Cet espoir et celui de la paix tinrent calmer insensiblement l'agitation des esprits , et le nom de Kléber rétablit la confiance '.

Pour enlever à l'audace de Bonaparte ou à sa fortune l'honneur d'une heureuse traversée, on a supposé que, soit pour le compromettre auprès du Directoire, soit pour priver l'armée d'Orient du général qui la menait à la victoire, et la forcer bientôt d'évacuer l'Égypte, Sidney Smith, par suite d'un arrangement fait après la bataille d'Abouqyr, avait éloigné ses vaisseaux, et laissé un libre passage à Bonaparte. Napoléon a réfuté cette profonde combinaison par ces mots fort simples : « Sidney Smith négligea de couper les communications par mer, ce qu'il aurait pu faire s'il s'était un peu plus occupé de son escadre; par cette négligence, il me laissa échapper * ».

Cependant, ceux qui ont rêvé cet arrangement, en donnent pour preuve que Bonaparte envoya, le 25 thermidor, Desnoyers porter à Alexandrie l'ordre de tout préparer pour son départ, avant d'avoir eu l'avis que les croisières ennemies s'éloignaient, puisque la lettre de Gantheaume qui contenait cet avis ne fut écrite que le 27. Mais elle en rappelait une antérieure qui rendait

'C'est ainsi que s'exprime Miot. Nous nous bornons h opposer le témoignage d'un écrivain qui ne (lutte pas Bonaparte à celui de Martin, qui dit que l'armée se vit avec plaisir délivrée d'un grand poids, et qui met Kléber, comme capitaine, bien au-dessus de Bonaparte. Le jugement honorable et juste, porté à SainteHélène par Napoléon sur Kléber, a un peu plus de poids que celui d'un ingénieur des ponts-el-chaussées.

"O'Méara, tome 11, page 175.

compte des dispositions que faisaient, le 23, ces croisières pour quitter le mouillage. Depuis ce jour, le contre-amiral informait exactement Bonaparte de leurs mouvemens; il pouvait donc, le 25, en avoir reçu la nouvelle. Enfin, avant son départ du Kaire, le 3o, la lettre de Gantheaume, du 27, lui était parvenue. L'exactitude avec laquelle ce contre-amiral rendait compte de l'état des croisières, et les instances qu'il faisait à Bonaparte de profiter de leur éloignement achèvent de réléguer parmi les fables inventées par l'esprit de parti une convention faite entre le commodore anglais et le général de la République. C'est le pendant de cette autre assertion, que Pitt avait suggéré au Directoire l'expédition d'Égvpte. Laquelle des deux le dispute à l'autre en absurdité ? Il est difficile de le dire.

Suivons donc Bonaparte voguant vers la France à travers les escadres ennemies.

Les vents soufflant constamment du nord-ouest forcèrent à courir des bordées au nord-est et sur la côte d'Afrique; telle fut la contrariété du temps qu'on ne fit que 100 lieues en 20 jours. Cependant cette longue navigation laissait l'espoir d'échapper aux croisières ennemies, en se tenant toujours entre les 32e. et 33e. degrés de latitude, et à peu de distance des côtes d'Afrique; on était dans des parages , sinon inconnus, du moins trèspeu fréquentés par les marins, et très-éloignés

'Lettres de Gantheaume, des 27, 5o thermidor, 1, a, 3 fine tidor•

de la route que suivent ordinairement les navires pour se rendre d'Europe en Egypte.

On attendait avec une vive impatience les vents de l'équinoxe; on comptait sur leur violence pour passer le cap Bon et échapper à la croisière anglaise qu'on devait craindre d'y rencontrer. Chaque jour, lorsqu'on faisait le point, on voyait avec une extrême anxiété qu'on ne se trouvait pas plus avancé que la veille, et souvent qu'on avait reculé. « Si, disait-on , Sidney Smith est revenu devant Alexandrie, il se sera porté à notre poursuite sur le cap Bon , et il y arrivera avant nous. »

Bonaparte, comme un simple passager, s'occupait pendant ce temps-là de géométrie, de chimie et quelquefois jouait et riait avec ses compagnons de voyage. Il mit beaucoup de franchise dans ses conversations, s'exprima avec dédain sur le compte du Directoire et parla avec assurance de son avenir.

Le 25 fructidor, le vent d'est commençai souffler ; le3o, on avait doublé le cap d'Ocre, et, le 4*. complémentaire, on était au-delà du golfe de la Sydre. Dans la nuit du 6 complémentaire au i". vendémiaire an Viïi , on passa près de Lampedouse, et, le premier vendémiaire, on découvritla Pantellerie'. Ce jour, anniversaire de la fondation de la République, fut célébré à bord des deux frégates. On chanta des couplets brûlans de patriotisme , composés pour la fête par Bourienne, secrétaire de Bonaparte.

Sur le soir, le calme survint à deux lieues

TOME II. — GUERBB D'Égyptb.

château de Gallipoli; mais, vers onze heures, Je vent d'est commença à souffler hon frais; on doubla le cap Bon dans la nuit, et, le 2 vendémiaire à midi, on était par le travers de Biserte. Le vent continuant à être favorable, on se trouva, Je 4 vendémiaire, par le travers du golfe d'Oristano, en Sardaigne. Le 5, on découvrit le cap Salcon, et, le 7, on dépassa les bouches de Bonifaccio.

Ignorant la suite des événemens militaires depuis le mois de prairial, et craignant que l'ennemi ne fût maître de la Provence et peut-être de la Corse, Bonaparte résolut de faire prendre langue dans cette île. Gantheaume y envoya la Revanche. Le 8 vendémiaire au soir, on entra dans le golfe d'Ajaccio; n'ayant encore aucune nouvelle de la Revanche, et ne voulant pas, la nuit, par un vent grand frais, rester dans le golfe, on vira de bord, et les frégates gagnèrent le large. Le 9 au matin, le vent du nord-ouest ( mistral) souffla avec violence et les força de retourner à Ajaccio ; il était à craindre qu'un accident, s'il en arrivait un à des frégates mal gréées et mal matées, ne les rejetât dans des parages d'où la fortune les avait fait sortir sans rencontrer d'ennemis. : En entrant dans le golfe d'Ajaccio, on retrouva la Revanche, qui pour s'abriter avait jeté l'ancre près de la côte : on lui fit des signaux; elle répondit par les siens que la Corse était toujours française, et vint donner ensuite des nouvelles plus détaillées. Une felouque, envoyée d'Ajaccio pour reconnaître les bâtimens , tira des salves de

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