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Madieh; enfin, de rester quelques jours dans l'isthme pour mettre le fort d'Abouqyr dans l'état de défense dont il était encore susceptible, de tout réorganiser, et d'ordonner à l'adjudant-gé— néral Jullien de s'y rendre lorsque les choses seraient dans un état satisfaisant '.

Le général en chef envoya, le i5, un parlementaire à Sidney Smith pour traiter d'un échange des prisonniers turcs blessés. Pendant ce temps-là, le vice-amiral ottoman dépêchait aussi un parlementaire à Abouqyr. Menou , sans vouloir même l'entendre, le renvoya au général en chef à Alexandrie. Le lendemain, Sidney Smith expédia en parlementaires à Abouqyr son lieutenant et le major Frédéric Bromley, officier au service de la Porte-Ottomane. Menou répondit qu'il n'avait aucune autorisation du général en chef relative aux parlementaires, et qu'il fallait s'adresser au général Marmont; que d'ailleurs les malades et les blessés avaient été transférés à Alexandrie, et que tout ce qui avait rapport à leur échange se traiterait beaucoup plus facilement dans cette place.

Le prétendu Frédéric Bromley était tout simplement l'émigré français Tromelin qui, de concert avec Phélippeaux, avait concouru à l'évasion de Sidney Smith du Temple, et qui depuis s'était attaché à la fortune du commodore anglais.

Bonaparte fit faire par Berthier des reproches à Menou sur ses rapports avec la croisière an.7

'Lettre du i5 thermidor.

glaise et notamment avec des émigrés. Menou se justifia facilement, puisqu'il avait renvoyé les parlementaires sans avoir voulu lesentendre. « Quant aux émigrés , répondit-il à Bonaparte, si j'étais plus connu de vous, mon général, vous sauriez que personne ne les déteste plus que moi; je leur ai voué une haine implacable. Je sais fort bien que, si j'étais entre leurs mains, je n'aurais pas pour un quart-d'heure à vivre; je le leur rends au centuple. Un constituant républicain, et qui a le malheur d'être né dans une caste privilégiée, ëst pour les émigrés l'homme le plus odieux. Du reste, mon général, je n'ai entendu parler d'aucun émigré. Je ne sais s'il en existe sur la flotte ennemie; je ne m'en suis pas même informé. Ma mission a été ici de prendre le fort d'Abouqyr; j'ai eu le bonheur d'y parvenir; je ne me suis pas mêlé d'autre chose. C'est avec la même exactitude que je tâcherai de m'acquitterde tout ce dont vous me chargerez , et par attachement pour la chose publique, et par attachement franc et simple pour vous *. »

Le général Marmont, autorisé par Bonaparte, arrêta à Alexandrie , le 18 thermidor, avec Patrona-Bey, commandant l'escadre turque, un cartel pour l'échange des prisonniers, aux conditions Suivantes:

Les prisonniers seront échangés homme pour homme, et grade pour grade. Les blessés etchi

'Lettre du 17 thermidor.

rurgiens ne sont point censés prisonniers <fo guerre. Les prisonniers français détenus à Constantinople, et dans les différentes places de l'empire de Turquie, seront transportés dans les délais de trois mois, sur des bâtimens, devant le port d'Alexandrie , où il sera réuni à la même épo-* que un même nombre de prisonniers turcs qui seront échangés contre les Français. Toutes les fois que des bâtimens turcs, ayant à bord des prisonniers français, viendront devant Alexandrie , ils feront connaître au commandant de cette place le nombre de prisonniers qu'ils auront à échanger. Le commandant français sera tenu de représenter un même nombre de prisonniers turcs, dans l'espace de 72 heures, afin qu'on puisse procéder sur-le-champ à l'échange.

« Pendant les i5jours qu'a durée cette expédition , écrivit Bonaparte au Directoire , j'ai été très-satisfait de l'esprit des habitans d'Egypte: personne n'a remué, et tout le monde a continué de vivre comme à l'ordinaire '. »

Nous avons rapporté quelques perturbations qui eurent lieu dans certaines localités, après le départ des troupes pour marcher sur Abouqyr, et la suspension subite du paiement des impositions au Kaire comme dans les provinces. Ce n'étaient pas des hostilités graves et éclatantes; mais on y voyait des symptômes d'une mauvaise disposition des esprits qui aurait pu faire explosion , si la

'Lettre du a3 thermidor.

•victoire d'Abouqyr n'était pas venue rassurer les amis des Français, réduire au silence et frapper de terreur leurs ennemis.

Que Bonaparte parût croire et écrivît que la population de l'Égypte était soumise et fidèle, c'était d'une bonne et sage politique. Mais les faits prouvaient qu'elle avait besoin d'être incessamment contenue dans la soumission par un bras de fer et la plus rigoureuse surveillance.

En rentrant dans le Charqyeh, Reynier trouva les habitans dans de mauvaises dispositions; ils ne croyaient pas à la victoire d'Abouqyr et se persuadaient que les Français avaient été battus. En traversant la province de Mansourah, les paysans du village de Deramtour s'armèrent pour lui refuser le passage; il fut obligé de l'attaquer, et de leur tuer une centaine d'hommes '.

Au Kaire, la nouvelle dela victoire d'Abouqyr fut reçue avec enthousiasme par tous les Français. On se félicitait, on s'embrassait, la joie était sincère et unanime. Toutes les passions, tous les intérêts se turent devant l'éclat d'un triomphe qui venait de venger sur cette même plage l'affront que la marine y avait reçu. Mais cette victoire ne fit aucune sensation sur les habitans j le divan en reçut très-froidement la nouvelle et mit beaucoup de tiédeur à la publier. Le i5, il y eut quelque mouvement dans la ville; on ferma des boutiques; un homme criait hautement dans les rues : « Aux armes, Musulmans, le moment est

'Lettre de B.eynierà Bonaparte, du 17 thermidor.

venu de vous débarrasser de ces chiens de Français ; il nous est arrivé du renfort à Abouqyr, et il nous en vient de Syrie ». L'aga des janissaires accourut, arrêta cet homme et une douzaine de mauvais sujets qui excitaient de la fermentation. Le divan envoya chercher l'aga, et lui reprocha publiquement d'arrêter les Turcs sur le moindre prétexte, et de n'être pas un bon Musulman. L'aga fut obligé de se justifier; il fit couper la tête aux deux plus coupables, et, par condescendance pour le divan, mit les autres détenus en liberté. Le divan se mêlait de tout; il écoutait les plaintes des cheyks des villages qui ne voulaient pas payer les impositions ou qui demandaient des dégrèvemens; il plaidait leur cause avec chaleur. Il mandait les Cophtes et exigeait qu'ils missent en liberté tous les cheyks tenus en otages pour le paiement du miry. Il écrivit à Bonaparte pour lui demander de faire retirer de la citadelle et placer chez ses membres i3 otages de Syrie, parmi lesquels était Seïd-Ychieh, muphty de Jaffa. Enfin il mettait beaucoup d'empressement à demander la liberté des prisonniers de toute espèce, beaucoup de lenteur à expédier les affaires administratives les plus importantes , et de l'affectation à se plaindre, dans ses assemblées, des chrétiens et des agens de la police. 600 livres de poudre furent trouvées dans les magasins de Hadji-Mustapha à Boulaq. On intercepta une lettre écrite de Syrie à un schérif, lui annonçant qu'il y avait plus de marchandises que jamais, toutes bien conditionnées, et qu'elles ne tarderaient pas à partir

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