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mis, à 80 toises de distance. Le combat dura trois heures, et les Turcs perdirent près de la moitié de leur monde. Alors les Français battirent la charge dans les tranchées ; l'ennemi fut poursuivi dans la ville, la baïonnette dans les reins, et on lui prit 18 drapeaux. ,

TROISIÈME PÉRIODE.

Situation intérieure de l'Egypte pendant la campagne de Syrie. — Bonaparte se décide a rentrer en Égypte. — Tentatives de Sidney Smith pour corrompre l'armée française.—Sortie générale des assiégés. — Bonaparte lève le siége d'Acre. — Retraite de l'armée.—Son entrée triomphale au Kaire. — Expédition de Cosseïr.—Ce qu'on pense en Europe de l'expédition d'Egypte.

Bonaparte, avec un corps de 12,000 hommes, combattait en Asie les armées de la Porte-Ottomane, et promenait ses armes triomphantes depuis les ruines de Gaza jusqu'à celles de l'ancienne Tyr, des bords de la Méditerranée aux rives du Jourdain. Desaix, après avoir vaincu Mourad-Bey et ses Mamlouks dans 18 combats, et les avoir expulsés de la Haute-Égypte, posait sous la zone torride les bornes de l'empire français. Du quartier-général de Bonaparte devant Saint-Jean-d'Acre à celui de Desaix dans le Sayd, il y avait 3oo lieues ; le centre de l'armée d'Orient était réparti au Kaire et sur le Delta. Mais l'expédition de Bonaparte dans le nord et celle de Desaix dans le sud, avaient enlevé à l'Egypte plus de la moitié des troupes nécessaires à sa défense, et la tranquillité intérieure de cette contrée se trouva momentanément compromise.

Le général Dugua ayant appris qu'une tribu d'Africains, sortie du désert de Saharâh, se dirigeait sur le Kaire, dans l'intention d'exterminer les Français, fit marcher à sa rencontre le général Lanussequi l'atteignit le 15 ventôse (5 mars) sur les confins de la province de Gizeh, surprit son camp, tua plusieurs centaines d'hommes, et prit une grande quantité de chameaux.

A peine cette expédition était-elle terminée, qu'une révolte éclata dans le village de Bordeïn, dans la province de Charqyeh. Dugua y envoya le chef de bataillon Duranteau qui prit le village le 24 ventôse (i4mars), le brûla, et passa les habitans au fil de l'épée.

Dans le mois de germinal (avril), cette province fut le théâtre d'un événement plus sérieux. Mustapha-Bey, que Bonaparte avait nommé émirhaggi, était parti avec lui du Kaire le 22 pluviôse (10 février) pour l'accompagner en Syrie; mais , arrivé à Belbeïs, il avait demandé et obtenu du général en chef la permission de rester dans le Charqyeh pour y recruter des soldats et compléter l'organisation de sa maison. Il avait déjà 3oo hommes armés ; il lui en fallait environ 1,000 pour escorter la caravane de la Mekke. Il fut fidèle à Bonaparte jusqu'au milieu du mois de germinal; mais des émissaires de Djezzar lui ayant dit que le général en chef et son armée étaient cernés devant Acre par le pacha de Damas et perdus sans ressource, il désespéra de la cause française. D'un caractère faible et irrésolu, cet homme, que le général en chef avait comblé de bienfaits, ne put résister aux offres séduisantes que lai firent le pacha d'Acre et les Anglais. Le faux bruit de la mort de Bonaparte lui étant bientôt parvenu par la même voie, il se crut dégagé de ses sermens, et, pour se réconcilier avec la Porte, il osa, à la tête des militaires de sa maison, de 400 cavaliers arabes et de la population de G villages, lever l'étendard de la révolte. Il répandit une proclamation dans le Charqyeh, annonçant que le sultan Kébir ' avait péri avec toute son armée devant Acre. Il se porta sur Mit-Gamar, y arrêta 2 barques sur le Nil, massacra 20 Français qui les montaient, s'empara de 6 pièces de canon destinées à l'armée de Syrie, et intercepta les communications du Kaire avec Damiette. Il alla ensuite établir son quartier-général dans le camp des Arabes Billys. Le général Lanusse partit de Menouf avec une colonne mobile de 600 hommes, passa le Nil et entra dans le Charqyeh. Après divers petits combats, il parvint à cerner Mustapha, l'attaqua vivement, mit à mort tout ce qui essaya de se défendre, dispersa les Arabes, et brûla, pour faire un exemple, le village le plus coupable. L'émir-haggi perdit en un jour tous les biens que Bonaparte lui avait donnés, ses trésors qui étaient au Kaire, et la réputation d'un

'Bonopartc.

homme d'honneur qu'il avait eue jusqu'alors. Chassé, poursuivi, il gagna le désert, accompagné de i5 de ses gens, et alla se réfugier à Jérusalem '.

Une insurrection d'un caractère plus grave encore que celle de l'émir-haggi, et qui faillit embraser toute l'Égypte, éclata peu de temps après dans la province de Bahyreh. Un homme du désert de Barca, jouissant d'une grande réputation de sainteté dans sa tribu , s'imagina ou voulut faire croire qu'il était l'ange El-Mohdjr que le prophète promet dans le Koran d'envoyer au secours des fidèles, dans les circonstances les plus critiques. Réunissant toutes les qualités propres à exciter le fanatisme du peuple, il n'eut pas de peine à faire croire qu'il était un être surnaturel et qu'il vivait de sa substance. Il était nu comme la main; tous les jours, il trempait ses doigts dans un vase de lait, et les passait sur ses lèvres , disant que c'était là sa seule nourriture. Il se forma une garde de 120 fanatiques de sa tribu, et se rendit dans la grande oasis où il trouva par hasard une caravane de 200 Maugrabins de Fez, qui, fanatisés par ses discours, se rangèrent sous ses ordres. Sa troupe était bien armée et avait une grande quantité de chameaux. L'ange El-Mohdy traversa le désert et se dirigea sur le Bahyreh. Il entra à Damanhour, surprit 60 hommes de la légion nautique , les égorgea, s'empara de leurs fusils et

'Lettre de Bonaparte au Directoire, du 2 meisidor. — ihoires de Napoléon , Gourgaud, tome il, p. 315.

d'une pièce de 4- Fier de ce succès, il se rendit dans les mosquées de Damanhour et des villages environnans, excitant les habitans à la révolte. Un grand nombre de partisans accourut de toutes parts sous son drapeau. Il se disait incombustible et invulnérable ; il assurait que tous ceux qui marcheraient avec lui n'auraient rien à craindre des fusils, baïonnettes et canons des Français '. Il parvint à recruter dans le Bahyreh 3 ou 4,OOO hommes, parmi lesquels 4 ou 5oo étaient bien armés. Il arma les autres de piques et de pelles, et les exerça à lancer de la poussière contre l'ennemi , déclarant que cette poussière bénie rendrait vains tous les efforts des Français.

Le chef de brigade Lefebvre qui commandait à Rahmanieh, laissa 5o hommes dans le fort et partit pour reprendre Damanhour, avec 4oo hommes. L'ange El-Mohdy marcha à sa rencontre avec des forces beaucoup supérieures. Le combat s'engagea. Le feu devint très-vif entre les gens armés de l'ange et la troupe française; alors des colonnes de fellâh débordèrent ses flancs et la tournèrent en soulevant des nuages de poussière. Le chef de brigade Lefebvre sentit l'impossibilité de mettre à la raison une aussi grande quantité d'hommes fanatisés dont le nombre croissait toujours, rangea sa troupe en bataillon carré, les fusilla pendant toute la journée, en tua plus de l,ooo, et fit sa retraite sur Rahmanieh. Les Mu

'On avait vu les mêmes artifices employés dans la Vendée pour exalter le courage des paysans révoltés.

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