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Djezzar, ainsi que les cheyks, ulemas, schérifs et orateurs des mosquées. Il leur adressa une proclamation semblable à celles qu'il avait répandues dans la Palestine, menaçant ses ennemis et promettant assistance et protection à ceux qui seraient bien intentionnés pour l'armée. « Dieu donne la victoire à qui il veut, leur disait-il. Il n'en doit compte à personne; les peuples doivent se soumettre à sa volonté. En entrant avec mon armée dans le pachalic d’Acre, mon intention est de punir Djezzar d'avoir ose me provoquer à la guerre, et de vous délivrer des vexations qu'il exerce envers le peuple. Dieu , qui tôt ou tard punit les tyrans, a décidé que la fin du règne de Djezzar était arrivée. Vous, bons musulmans, habitans, vous ne devez pas prendre l'épouvante, car je suis l'ami de tous ceux qui ne commettent point de mauvaises actions et qui vivent tranquilles '. »

Alors les habitans des villages qui entouraient la plaine de Saint-Jean-d'Acre apportèrent des provisions au camp. Les Druses descendirent de leurs inontagnes et vinrent saluer Bonaparte. Les Druses sont une nation syrienne qui habite le Liban. On ignore leur origine. Ils sont chrétiens, mais non catholiques. Soit haine pour les mahométans qui les opprimaient, soit entraînement naturel pour leurs coréligionnaires, ils montrèrent les dispositions les plus favorables aux Français. Bonaparte les reçut devant sa tente. Ils avaient à leur tête le fils du fameux Omar-Daher, guerrier

Proclamation du 28 ventósc (18 mars).

ambitieux qui, après avoir bravé la Porte, élevé sa fortune par son courage et sa constance, et régné à Saint-Jean-d'Acre, avait fini par succomber à l'âge de go ans; il avait été remplacé par Achmet-Djezzar qui avait contribué à sa chute. Bonaparte flatta les ressentimens du fils de Daher, et lui écrivit qu'en considération de son mérite personnel, et convaincu qu'il serait, coinme son père, ennemi des vexations et bienfaiteur du peuple, il le nommait pour commander dans toute la Tiberiade, en attendant qu'il pût le faire aussi grand que son père. Il ordonna aux grands et au peuple de reconnaitre Abbas - Daher pour leur cheyk. Il le revêtit d'une pelisse, et ordonna au cheyk de Nazareth de lui faire remettre les inaisons, jardins et autres propriétés que son père y avait possédés'.

Il écrivit aussi au cheyk Mustapha-Bekyr, un des chefs de la nation druse , recommandable par ses talens et son crédit, que Djezzar avait persécuté et tenu pendant sept ans dans les fers. En annonçant à ce cheyk les malheurs qui allaient fondre sur le pacha d'Acre : « Ils doivent vous être agréables, lui mandait Bonaparte, car la tyrannie de cet homme féroce a longtemps pesé sur la brave nation druse; mon intention est de la rendre indépendante, d'alléger le tribut qu'elle paie, et de lui rendre le port de Baïrout et autres villes nécessaires pour les débouchés de son commerce. Je désire que vous veniez vous-même le

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plus tôt possible, ou que vous envoyiez quelqu'un pour me voir ici devant Acre, afin de prendre tous les arrangemens nécessaires pour nous délivrer de nos ennemis communs. Vous pourrez faire proclamer dans tous les villages de la nation druse que ceux qui viendront apporter des vivres au camp, et surtout du vin et de l'eau-de-vie, seront exactement payés ? ». Mustapha-Bekir vint trouver Bonaparte qui le revêtit d'une pelisse, lui donna le commandement du fort de Saffet et du pont de Jacoup, sur le Jourdain, et lui recommanda de repousser avec courage tous ceux qui prétendraient entrer dans le pachalie d'Acre avec des vues hostiles contre les Français ?. .

Les Druses et les habitans de la Tibériade paraissaient faire des voeux pour le succès des armes françaises; ils donnaient des renseignemens sur ce qui se passait derrière les montagnes, et dans l'intérieur de la Syrie. C'est ainsi que Bonaparte apprit que le pacha de Damas, nommé au commandement d'une nouvelle armée, réunis. sait ses forces derrière le lac de Tabarieh et aux sources du Jourdain et de l'Oronte, appelant à son secours les pachas de l’Asie-Mineure.

Le général en chef envoya des prolestations pacifiques au mollah de Damas, Mourad-Radeh, avec lequel il avait fait connaissance au Kaire. « J'ai traversé le désert pour repousser les aggressions de Djezzar, lui écrivait-il. Dieu qui a décidé que

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r.

Lettre du 28 ventôse. · Lettre du 1°r. germinal.

le règne des tyrans, tant en Égypte qu'en Syrie, devait être terminé, m'a donné la victoire. Je me suis emparé de Gaza , Jaffa et Caïffa , et je suis devant Acre qui, d'ici à peu de jours, sera en mon pouvoir. » Il le priait de faire connaître aux cheyks et aux agas des janissaires de Damas que, loin de porter atteinte à la religion des musulmans, il accorderait sa protection à la caravane de la Mekke, et d'engager les habitans de Damas à se conduire, dans ces circonstances, avec la même prudence et la même sagesse que ceux du Kaire'.

La prise de Jaffa avait donné une grande confiance à l'armée française ; elle se flattait que le siége d’Acre ne serait pas plus long, et qu'il se terminerait d'une manière aussi heureuse. Cependant il y avait une nombreuse garnison dans cette place; sa situation, dans une presqu'île, permettait aux assiégés de réunir tous leurs moyens de défense sur le seul front d'attaque. Mais elle tirait sa principale force de deux hommes , ennemis acharnés de Bonaparte, Sidney Smith et Phélippeaux.

Sidney Smith avait été arrêté au Havre, comme espion, conduit à Paris et emprisonné au Temple. Il en avait été tiré, le 5 floréal an vi, sur un faux ordre du ministre de la police, par Phélippeaux, officier d'artillerie, émigré et vendéen. Dès lors ils ne s'étaient plus quittés. Sidney Smith ayant été nommé par son gouvernement au commande

· Lettre du 7 germinal.

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ment des forces navales anglaises dans le Levant, son ami l'y avait suivi avec le grade de colonel qu'il avait reçu de l’Angleterre. Phélippeaux et Milier, capitaine du Theseus, travaillèrent avec une grande activité à mettre la place en état de défense. La présence des vaisseaux anglais dont Djezzar n'avait désiré l'arrivée que pour évacuer Acre avec ses femmes et ses trésors, l'encouragea à y rester. Tout y prit dès lors un nouvel aspect. La défense allait être dirigée d'après les mêmes principes et les mêmes moyens que l'attaque , tandis que la croisière anglaise fournirait aux besoin des assiégés, inquiéterait les assiégeans, et intercepterait leurs communications par mer. Déjà elle avait pris la flottille de Stanglet qui portait l'artillerie de siége destinée à faire tomber les murs de Saint-Jean-d'Acre.Cette capture eut une grande influence sur le sort de cette place. Les pièces et les munitions françaises furent sur-le-champ débarquées et réparties dans les différens postes de la ville. Les bâtimens de transport furent armés et envoyés en croisières devant les côtes de la Palestine, pour intercepter les convois de l'armée. C'étaient des Européens qui venaient combattre dans une place de l'Asie , pour se disputer une partie de l'Afrique, et ceux qui dirigeaient les efforts opposés étaient de la même nation, à peu près du même âge, de la même école et de la même arme; Phélippeaux avait étudié avec Bonaparte. •

Le général en chef ne pouvait pas connaître encore tous les obstacles qu'il aurait à surmonter.

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