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dait de faire armer et approvisionner pour cinq ou six mois le fort Julien, avec lequel il serait toujours maître de la bouche du Nil, et il empêcherait l'ennemi d'entreprendre quoique ce fût de grand contre l'Egypte; de mettre le fort d'Abouqyr dans le meilleur état possible; enfin, d'approvisionner Alexandrie pour 15 ou 20 jours de siége, afin qu'elle pût résister à l'ennemi jusqu'à l'arrivée du général en chef, qui n'en serait pas éloigné de 10 jours de marche. Il lui demandait aussi de faire lever exactement la carte des provinces de Bahyreh , Rosette et Alexandrie, et de la lui envoyer dès qu'elle serait faite, pour qu'il pût s'en servir, si ces provinces devenaient le théâtre de plus grands événemens '.

Le général en chef ordonna à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, de presser les travaux des fortifications « de faire embarquer des vivres et des munitions pour l'armée de Syrie j et de les envoyer, par le lac Menzaleh, dans le fort de Tineh, d'où ils devaient être transportés dans les magasins établis à Qatieh.

Bonaparte, voulant emmener le contre-amiral Gantheaume en Syrie, lui avait écrit qu'il avait besoin de ses lumières pour une expédition lointaine; de quitter Suez et de se rendre au Kaire avant le 15 pluviôse; de lui ramener ses 25 guides qu'il avait pris avec lui; de faire compléter son escorte jusqu'à 5o hommes, et de donner ses instructions à l'officier qui commanderait à sa

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place l'expédition maritime projetée sur Cosseïr '.

Le fort de Qatieh, occupé par l'avant-garde de la division Reynier, était le premier rendez-vous indiqué à l'armée : cette station était remarquable, au milieu du désert, par un beau bois de dattiers, des puits et une bonne citerne. Reynier partit de Belbeïs avec le reste de sa division , et y arriva le 16 pluviôse. Kléber, qui avait reçu, à Damiette, l'ordre de s'embarquer avec sa division sur le lac Menzaleh, où l'on avait construit plusieurs barques canonnières, pour se rendre à Tineh, et se trouver à Qatieh le 16, n'y arriva que le 18.

Tandis qu'il faisait mouvoir ses légions pour combattre les forces de la Porte-Ottomane, Bonaparte , fidèle à la politique qu'il avait adoptée, ne perdait pas une occasion de lui montrer des intentions pacifiques. Il avait écrit à Kléber de dire aux gens du pays qu'il pourrait rencontrer, qu'il n'avait ordre d'occuper que El-Arych et Kan-Iounes, et qu'il n'en voulait qu'au seul Ibrahim-Bey; qu'arrivé à Kan-Iounes, frontière de la Syrie, il pouvait écrire à Djezzar - Pacha , que s'il avait été réellement nommé pacha d'Egypte par le grand-seigneur,- comme l'annonçait la renommée, on avait lieu d'être surpris qu'il ne fût pas venu prendre possession de son pachalic; que les Français étant les amis du grand-seigneur, ils n'avaient aucune intention hostile contre lui; que s'il faisait connaître au général en chef l'ordre

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GUERRE D'Égypte. CHAP. XI. 1^5qui le nommait pacha d'Egypte, il le recevrait avec les honneurs dus à son rang, et qu'étant officier de la Sublime-Porte , il n'avait rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim, à la fois ennemi de la République Française et du grandseigneur. En même temps , Bonaparte faisait observer à Kléber qu'il était indispensable que chaque soldat portât sur lui pour trois jours de vivres , et qu'il fût accompagné d'un convoi qui assurât sa subsistance pendant 12 jours

Les autres divisions se mirent successivement en marche. Celle du général Bon était à Salhieh, et devait appuyer les opérations de Kléber, si des événemens pressans lui rendaient un secours nécessaire \

Bonaparte, qui avait annoncé son départ à Kléber pour le 17, le retarda à cause de l'arrivée des citoyens Hamelin et Livron, négocians français , qui avaient apporté des nouvelles d'Europe. Il reçut en même temps un exprès d'Alexandrie, qui lui annonçait que, le l5, la croisière anglaise, renforcée de quelques bâti mens , bombardait le port et la ville. Il jugea aussitôt que ce bombardement ne pouvait avoir d'autre but que de détourner l'armée de l'expédition de Syrie , dont le mouvement commencé avait déjà alarmé les Anglais et le pacha d'Acre. Il laissa donc les Anglais continuer leur attaque , qui n'êut d'autre effet que de couler bas quelques bâtimens de transport. • ■ . *.

'Lettre du ia pluviôse.

• Lettre de Bonaparte a Kléber, du 17 pluviôse. TOME II. — GUERRE D'^gypte. 10

L'administrateur-général des finances, Poussielgue, devait rester au Kaire pendant la campagne de Syrie. Le général en chef lui écrivit, le 20 pluviôse , d'activer et de presser, de tous ses moyens, le recouvrement des contributions arriérées dans le Garbyeh, le Menoufyeh , la province de Gizeh , celles de Damiette et de Charqyeh , pour réunir au Kaire le plus d'argent possible , et de là le faire passer à l'armée, afin de subvenir aux dépenses extraordinaires de l'expédition.

Le 22 pluviôse , il écrivit à Desaix: « Les divisions Kléber et Reynier sont à El-Arych. Je pars à l'instant même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au-delà des confins de l'Égypte, et de dissiper les rassemblemens du pacha qui se font à Gaza. Écrivez-moi par le Kaire , en m'envoyant des Arabes droit à ElArych. »

Bonaparte fit connaître au Directoire l'objet du mouvement qu'il faisait sur la Syrie, lui annonça que les Anglais avaient obtenu, pour DjezzarPacha, le pachalic de Damas, outre celui d'Acre; qu'Ibrahim - Bey , Abdallah et d'autres pachas étaient réunis à Gaza, menaçant l'Egypte d'une invasion. « Je pars dans une heure pour aller les trouver, écrivit-il. Il faut passer neuf jours d'un désert sans eau ni herbes. J'ai réuni une quantité assez considérable de chameaux; j'espère ne manquer de rien. Quand vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les ruines de la ville de Salomon.

Djczzar-Pacha est un vieillard de soixante et dix ans, homme féroce, qui a une haine démesurée contre les Français; il arépondu aveç dédain aux ouvertures amicales que je lui ai fait faire plusieurs fois. J'ai, dans l'opération que j'entreprends , trois buts:

î". Assurer la conquête de l'Egypte en construisant une place forte au-delà du désert, et dès lors éloigner tellement de ce pays les armées de quelque nation que ce soit, qu'elles ne puissent rien combiner avec une armée européenne qui viendrait sur les côtes;

ae. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation que vous avez sans doute entamée, et l'envoi que je fais à Constantinople du citoyen Beauchamp sur la caravelle turque;

3e. Enfin, ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle tire de Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me restent, à me rendre, par la guerre et la diplomatie, toute cette côte amie *. »

Après avoir donné ses instructions à ses lieutenans, prescrit les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité de l'Egypte pendant son absence, et mettre à l'abri des attaques extérieures , et fait défiler sur le désert les colonnes de l'armée expéditionnaire , Bonaparte partit du Kaire, le 22 pluviôse ( 10 février 1799), avec la division Lannes, pour aller se mettre à leur tiête. Il était accompagné du payeur-général Estève, de

■ Lettre du M pluviôse ( 10 février).

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